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Publié par BALCHOY

 Leur nuit fut plus qu’agitée et Ghislain n’eut aucune difficulté cette fois à prouver charnellement son attachement à son épouse, encore qu’au fond de lui-même il ne savait si l’hommage de son corps ne s’adressait pas à la Vie, à la Femme et, dans un coin secret de son cœur, à cette Solange jamais oubliée, peut-être retrouvée.

Le lendemain, au bureau,  il attendit passionnément un appel que sa raison refusait pourtant à croire vraisemblable ou même raisonnable.

Qu’était-il vraiment pour cette charmante personne, rencontrée dans un train et revêtue par lui des fastes d’un passé révolu ? Un homme marié,  père de famille qui n’avait rien d’un play-boy.

Comment pouvait-il s’imaginer séduire une femme de cette qualité, de cette trempe avec si peu d’atouts en son jeu. Ah, oui ; si Marthe était, avait été Solange, tout aurait été différent, car, il le savait, ce qui s’était passé entre eux, il y a si longtemps, était porteur d’éternité. ?

Il se décida d’attendre au moins cinq jours avant d’appeler la copine de Marthe. Mais dès le surlendemain, le cœur battant à tout rompre, il formait sur le cadran de son téléphone le numéro de la copine, non sans s’être assuré au préalable qu’il était seul dans son labo.

Il comptait nerveusement les sonneries, six, sept …  - et si, par bonheur, Marthe était justement chez cette amie, non ce serait trop beau ! -  au douzième coup, enfin, quelqu’un décrocha, une voix féminine fatiguée et peu avenante.

 

 

 

            -« Allo, qui est là ? »

Ghislain, un peu déçu, sans se l’avouer franchement, de l’amie de Marthe se contenta de répondre un peu sèchement :

 

 

 

            -« Est-ce que Marthe est là, s’il vous plait ? »

            -« C’est de la part de qui ? »

Cette question, posée de façon directe et abrupte lui déplut profondément.

Il eut envie de tout laisser tomber et de raccrocher.

Mais ne risquait-il pas ainsi de perdre définitivement Sol… pardon Marthe.

 

 

 

            -Je suis, Ghislain Mignolet, un ami de Marthe, pouvez-vous me dire quand et comment je puis le contacter ?

 

 

 

            -« Je n’en sais rien, je ne l’ai plus vue depuis deux semaines. Essayez le « Clarc » à Liège, c’est là que vous avez le plus de chance de la rencontrer. Si je la voix avant vous, je transmets le message. »

 

 

 

Et elle raccrocha sans attendre la réponse.

Pas commode, pensa Ghislain, en se grattant instinctivement le menton, il faudra que je me renseigne sur ce « Clarc » Ce pourrait-être un café, peut-être même voisin du « Fond de bouteille. » Ce serait marrant.

Il reprit son travail de biologiste, mais à chaque instant, la pensée de la jeune femme s’interposait entre ses analyses statistiques et ses souvenirs brûlants dans tous les sens du mot liés au « Fond de bouteille. »

Il étouffait dans ce Labo où pourtant d’habitude il se sentait si bien. Tout se passait comme si cet échec apparent de communiquer avec Marthe avait déréglé la machine bien réglée qui, chaque jour, traitait de façon presqu’automatique un certain nombre de démarches et de procédures répétitives.

Brusquement, il prit conscience de ce que tout ce qui le passionnait jusqu’ici, si important soit-il,  était une sorte de fuite en avant, qui lui avait permis d’atteindre ses quarante ans sans être devenu vraiment adulte.

Autrefois, une fenêtre s’était ouverte quelques semaines sur un autre univers dont ni les chiffres ni l’argent n’étaient pas la valeur suprême, mais, en se dérobant après leur courte idylle, Solange avait refermé Ghislain sur son univers étriqué.

Son mariage avait plus été un effort d’adaptation sociale qu’un coup de foudre. Ria était pourtant une femme accomplie, très amoureuse de lui ; le foyer qu’ils avaient fondé ensemble était loin d’être un échec. Le couple était très apprécié par ses nombreux amis, collègues de Ghislain, membres d’Amnesty international et d’associations féminines dont Ria était membre assidue.

Aujourd’hui, tout ce bonheur risquait d’éclater comme un joli ballon fragile face à une frêle femme, sosie d’une amie de jeunesse. Marthe, par son seul sourire, lui avait révélé les carences d’une vie à l’avenir tout tracé comme si elle roulait sur des rails vers une destination qui ne dépendait pas d’elle.

Pourtant, la jeune femme ne lui avait rien proposé ni demandé ; elle l’avait seulement regardé au fond des yeux avec une tendresse si éclatante qu’elle l’avait transpercé moralement de part en part. Il n’osait même pas rêver à rencontrer l’amour de Marthe, mais il avait une envie folle de consacrer tout le meilleur de sa personne à mieux la connaître, à la protéger, à réaliser avec elle des projets durables et ambitieux.

 

 

 

 

(à suivre)

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

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