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Publié par BALCHOY

Les hommes inférieurs,  qui forment la quasi-totalité de notre humanité ont pour seule fonction de reproduire des êtres semblables à eux ; ils se reconnaissent généralement pas le droit moral que les surhommes s’arrogent> ; ils cherchent même à s’en débarrasser en les mettant périodiquement à mort. Mais comme ils ne peuvent que se répéter, tout progrès n’est possible que par le triomphe momentané  des hommes supérieurs, seuls capables de prendre en main la direction de l’humanité et de la mener à son but. Lorsque l’élite triomphe de la masse = phénomène relativement rare – elle se met à son tour à exécuter ; elle n’éprouve à agir ainsi aucun scrupule de conscience puisque son état la place au dessus de la morale commune. Ayant la passion du pouvoir, les surhommes ne reconnaissent d’autre autorité que la leur ; aussi refusent-ils le plus souvent le monde tel qu’il est.

 

-« Je veux que tout ce que je volis soit autrement, je veux agir, je ne veux pas me soumettre. »  (1)

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(1)   Carnets de Crime et Châtiment, page 622-623

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Leur volonté de puissance les pousse à usurper la place même de Dieu, en reconstruisant la création sur de nouvelles bases. Le troupeau, lui, n’aura qu’à suivre ; s’il est hostile où même inutile, on le liquidera.

 

N’est-ce pas précisément par exemple le cas de cette « vieillarde sourde », bête, méchante et malade que connaît Raskolnikov ? Elle n’a aucune idée de ce pour quoi elle vit. Elle prête à un taux usurier, ronge le monde et martyrise sa sœur cadette. Décidément elle ne sert à rien. (2) Demain elle mourra de mort naturelle. La tuer, s’emparer de son argent pour en faire profiter l’humanité, serait-ce encore vraiment un crime ? La légitimité du sacrifice d’un être au profit de milliers, du troc d’un mort contre cent vies, n’est-ce pas une vérité et une utilité d’évidence mathématique ? D’ailleurs cette femme ne se contente pas d’être inutile, elle joue un rôle nuisible dans la société et sape la vie de ses semblables. Ce n’est qu’un pou indigne de vivre.

 

 

                                   AVANT LE CRIME

 

Telle est l’idée qui hante l’esprit du jeune homme. Longtemps elle ne fut pour lui qu’un rêve plus ou moins tenace. Quelle n’est pas sa stupeur de la retrouver un jour sous une forme tout à fait nouvelle, aussi mystérieuse que menaçante !  C’en est fini de bâtir des châteaux en Espagne. L’alternative se pose cette fois sans équivoque : ou bien renoncer à la vie, accepter le destin en résigné et étouffer toutes ses aspirations en abdiquant définitivement tout droit de vivre la tête haute, ou bien …. Agir ! (3)  Ce ne sera qu’après bien des hésitations que le jeune homme optera pour la seconde solution, c'est-à-dire concrètement assassiner la vieille usurière.

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(3)  Crime et Châtiment, page 86-87

 

 

 

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Usurière. Il n’est poussé ni par le gain, ni par le désir de venir en aide à son prochain, comme il l’imaginait parfois, mais par la nécessité impérieuse de se prouver qu’il fait bien partie de ces surhommes qui n’ont de compte à rendre à personne et sont appeler à prendre la tête de l’humanité.

 

            -« Je voulais savoir si j’étais une vermine ou un homme, si je pouvais franchir l’obstacle … Je voulais être Napoléon … Etais-je une créature tremblante ou avais-je le droit ? (4)

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 (4) Crime et Châtiment  page 475

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Le dessein secret de Rakolnikov est de passer le mur qui le sépare du pouvoir absolu et de commencer ainsi une nouvelle vie placée sous le seul signe de l’indépendance : vouloir oser, tel est son vrai mobile et le moyen d’éprouver la puissance de sa volonté. (5)

 

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(5) Crime et Châtiment, page 477

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Mais il se rend compte que ce n’est pas là une tâche facile. Est-il si sûr de ne pas se tromper ? Il lui arrive d’hésiter, de se demander s’il est vraiment à la hauteur.

 

-« Seigneur, s’exclama-t-il, se peut-il, mais se peut-il vraiment que je prenne une hache pour la frapper et lui fracasser la crâne ? Se peut-il que je glisse sur le sang tiède et gluant, que j’aille forcer la serrure, voler, trembler de me cacher tout ensanglanté …avec ma hache… Seigneur, cela est-il possible ? …

Pourquoi me tourmenter ainsi ? … Car enfin, hier encore quand je suis allé faire cette …. Répétition, j’ai parfaitement compris que c’était au-dessus de mes forces… Non, je n’en n’aurai pas le courage, jamais … jamais. (1)

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(1)   Crime et châtiment, page 102

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 ( à suivre)

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

                        

 

 

 

 

 

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