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Publié par BALCHOY

 

            -« Vous êtes donc une artiste » lui dit-il d’un air admiratif.

 

 

 

            -« Si on veut, en amateur, lui répondit-elle en éclatant de rire.

 

 

 

Il fut de nouveau abasourdi par son sourire qui, lui sembla-t-il, le rajeunissait de vingt ans. A ce moment, la ressemblance avec la Solange d’autrefois devenait saisissante.

Ghislain parla brièvement de sa famille, de son métier, des déceptions qu’il y avait trouvées, de sa passion pour la littérature russe et de son attachement à Amnesty International qui lui prenait beaucoup de temps.

Marthe l’écoutait avec attention, ne l’interrompant que rarement pour lui poser une question précise qui témoignait de la qualité de son attention.

 

 

 

Quand ils se séparèrent au bout de cinquante minutes qui leur avaient parues plus courtes que les dix minutes que la jeune femme lui avait données au départ, ils se promirent de se téléphoner et de se revoir « dès que ce sera possible » ajouta Marthe.

Cette remarque rappela à Ghislain les derniers propos de Solange vingt ans auparavant et elle lui laissa un arrière goût d’amertume même si ce rapprochement entre l’énigmatique Marthe et la jeune fille idéaliste de son passé lui sembla prometteur d’une nouvelle phase de sa vie.

 

 

 

Il sentit qu’il ne devait pas cette fois insister et tendit une main énergique à la jeune femme qui aussitôt s’éloigna sans un regard en arrière.

 

 

 

Arrivé à plus de dix heures du matin à son Labo, il prétexta une démarche  familiale urgente à Bruxelles pour justifier son retard.

Au bureau, pendant le temps de midi il alla chercher son journal intime et se mit à y narrer les évènements de la matinée.

 

 

 

Brusquement, sans qu’il ait décidé quoi que ce soit, il se mit à aligner des mots sur sa feuille de  papier qui ne racontaient rien même si sa rencontre avec Marthe était comme sous-jacente à chacun des mots qu’il jetait sur le papier.

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

-« T’en souvient tu, amie

Du feu brûlant

Qui réchauffait nos cœurs

Dans le silence de nos bouches

Et le charivari de nos yeux

Où tu me chantais

Sans me le dire*ce que je voulais te crier

Sans oser te le chuchoter. »

 

 

 

Ces quelques lignes avaient jailli de lui comme l’eau d’une source, presque sans effort ; en les relisant calmement après cette tornade intérieure, il découvrit qu’il venait d’écrire, sans en avoir pris conscience le moins du monde, son premier poème.

Il n’en revenait pas, relisant ce texte issu de lui comme si c’était un autre qui le lui avait composé.

Un autre que lui, pas vraiment peut-être mais un nouveau Ghislain Mignolet sans doute venait de naître ; plus il réfléchissait, plus il se persuadait que la rencontre de Marthe, greffée en quelque sorte sur celle de Solange, vingt ans auparavant, n’était pas étrangère à cette forme nouvelle d’expression qui venait de surgir en lui.

Il recopia sur un bout de papier ces quelques vers dans l’espoir de la montrer à Solange, pardon à Marthe, il ne sait plus décidément où il en était, lors de leur prochaine rencontre et l’enfouit ans la masse de documents en désordre qui remplissait son portefeuille.

 

 

 

Il reprit ensuite avec énergie et enthousiasme ses expériences sur une nouvelle variété de phasme qui en plus de son hermaphrodisme avait pour caractéristique de manger quelque part en Afrique des plantes nuisibles au manioc.

Le soir, il fut tellement gai et rayonnant à la maison, tout attentionné à son épouse, d’une patience inlassable avec Nicolas et Gisèle, que Ria lui demanda s’il venait d’être augmenté.

 

 

 

 

 (à suivre)

 

 

Yvan Balchoy

 

 

balchoy@belgacom.net

 

 

 

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