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Publié par BALCHOY

Quelle leçon tirer de cet étrange récit, un des plus importants sans conteste de toute l’œuvre de Dostoïevski ? L’homme souterrain illustre bien l’option de l’auto-affirmation du « moi » par le biais de la conscience et du libre arbitre le plus irrationnel. Loin d’être un monstre, il reste accessible par moments aux plus nobles sentiments, à l’idéal et au Bien ; on le voit sincèrement désireux de rejoindre ses semblables dans l’amitié et l’amour, mais son éthique est impuissante. Souvent d’ailleurs il l’écarte en convertissant en sensations esthétiques malsaines et égocentriques les impératifs moraux auquels sa volonté refuse de se soumettre. Une sorte de dédoublement intérieur, assez timide, il est vrai,  mais déjà destructeur de l’unité de sa personne se manifeste en lui. En ne voulant compter que sur lui, le locataire du triste Sous-sol ne prouve que l’impossibilité de réaliser un bien et un amour en ne comptant que sur les seules forces de la nature. En prétendant surmonter la distinction intangible du bien et du mal, il court à sa perte. Mais il a au moins le mérite de dénoncer impitoyablement et sans recours plusieurs fausses routes indignes de l’homme. Le Salut doit bien exister quelque part insinue-t-il à la fin de son récit en se hasardant même à en esquisser la voie (1) Revenir volontairement bien sûr au réel, à la vie vivante  au profit du « nous » de la solidarité interpersonnelle. En un mot, il faut abandonner l’idée abstraite, cet état morbide d’omnitude pour revenir à la vie concrète d’où seule pourra jaillir le salit inséparable d’un idéal moral reposant sur la Vérité de la Vie.

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(1)   « Nous sommes tous déshabitués de vivre au point que nous ressentons pour la vie réelle, pour la vie vivante presque du dégoût… Nous ne savons plus où se niche la vie, où aller, comment nous diriger, ce qu’il faut aimer, ce qu’il faut haïr, ce qu’il nous faut respecter, ce qu’il faut mépriser…Il nous est pénible d’être des hommes possédant un corps bien à eux et du sang … Nous rêvons s de devenir des êtres abstraits et universels, des êtres mort-nés. »  

Le Sous-sol, page 799

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2        RODION RASKOLNIKOV

 

 

 

 

   

 

 

Rodion Raskolnikov, héros principal de « Crime et châtiment » semble prédestiné en quelque sorte à son destin. Son nom, dérivé du mot « RASKOL » (fente, scission, schisme) exprime bien le conflit intérieur qui va le disloquer. Lui aussi appartient à la race des révoltés. (2)

 

 

 

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(2)   Primitivement Dostoïevski avait d’ailleurs pensé à présenter le drame de Raskolnikov dans le cadre d’une confession. Les carnets (brouillon)  sont souvent rédigés à la première personne si bien qu’on a pu reconstituer les grandes lignes de cette confession.

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Le drame part d’une Idée qui mobilise tout son être intérieur. A ses yeux, l’humanité est composée de deux catégories de personnes bien distinctes.

D’une part il y a la petite minorité des hommes forts : « Mahomet » ou « Napoléon »

De l’autre le troupeau bien plus nombreux des faibles destinés à vivre dans l’obéissance. Une loi naturelle, encore inconnue, semble présider à la répartition de ces deux groupes :

 

 

 

            « L’énorme masse des individus du troupeau, comme nous disons, ne vit sur terre que pour mettre au monde, à la suite de longs efforts et de mystérieux croisements de peuples et de races un homme qui entre mille possède quelqu'indépendance et un sur dix mille, sur cent mille… à mesure que le degré d’indépendance s’élève. On compte un homme de génie sur des millions, et des millions de millions d’hommes passent sur terre avant de fournir une de ces intelligences qui changent la face du monde. » (3)

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Crime et châtiment, page 316

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Ces hommes extraordinaires ont le droit moral, pense-t-il de passer outre à la notion commune du bien  et du mal, pourvu que ce soit nécessaire à la réalisation de leur idée. Il leur est donc permis en conscience – et de fait ils ne s’en privent pas l’histoire en fait foi – de faire couler le sang « à flots ». Eux seuls peuvent se prévaloir du titre d’hommes véritables  et sont capables de faire du neuf. Toute personne d’envergure est donc un criminel en puissance et son degré d’humanité détermine son potentiel de criminalité.

 

 

(à suivre)

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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