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Publié par BALCHOY

Le moment était venu de se jeter à l’eau ! Il se tourna discrètement vers elle. Quel charme, quelle distinction, quelle présence !

De ses yeux mi-clos, on devinait la brillance du regard, sa bouche bien dessinée semblait faite uniquement pour embrasser, sa mini-poitrine l’émut délicieusement.

Elle portait un splendide pull ficelle tout scintillant de lumière et rehaussé par un bijou peu commun : une mini palette de peintre très élégante sur laquelle il put lire le mot, « PRAHA », Prague. Etrange ce rappel des pays de l’Est !

Il n’eut pas envie d’engager la conversation par une allusion facile et tellement banale sur le temps ; ça lui paraissait indigne du type de relation qu’il rêvait d’établir avec cette femme qu’il considérait déjà comme une personne d’exception.

Il lui adressa la parole en bredouillant d’émotion et à voix basse pour ne pas se faire entendre par son voisin de gauche qui, curieux, tendait l’oreille.

 

            -« Bonjour, excusez-moi. Figurez-moi que vous me rappelez étrangement une amie d’enfance : peut-être s’agit-il d’une simple ressemblance. En fait, je vous ai déjà aperçu dans le train il y a quelques semaines et, plus je vous regarde, plus je suis persuadé, à tort ou à raison, de vous avoir déjà connue, il y a très longtemps. »

 

 

            -« C’est étrange, Monsieur, moi-aussi, il me semble que je vous ai déjà rencontré mais sûrement pas récemment, peut-être en ma jeunesse ? C’est tellement loin et tellement flou dans ma mémoire. »

 

 

            -« Puis-je vous demander comment vous vous appelez ; votre nom me permettra peut-être de retrouver des souvenirs qui nous sont communs »

 

 

            -« Pardonnez-moi,  pour des raisons qu’il m’est impossible de vous expliquer, j’ai tiré une grande croix sur mon passé, aujourd’hui je m’appelle Marthe. Peut-être un jour aurai-je la force de regarder en face ce que je fus autrefois, mais pour le moment cela m’est tout à fait impossible. Et vous, quel est votre nom ? »

 

 

-« Oh moi, ma vie, à une exception près, a été plus calme, plus monotone aussi. Si vous êtes celle que j’espère, peut-être mon nom vous rappellera-t-il quelques bons souvenirs d’un passé riche de tragique et de tendresse : je m’appelle Ghislain Mignolet et je suis biologiste de profession. »

 

 

La jeune fille rougit brusquement, comme si elle éprouvait une vive émotion ; très vite, elle se reprit et après une assez longue réflexion lui répondit à voix basse et hésitante :

 

 

            -« Pour être sincère, votre nom ne m’est pas tout à fait inconnu, mais je ne me rappelle aucun Ghislain, pardonnez-moi, si je vous déçois. Mais en discutant de notre passé à tous deux, peut-être arriverons-nous à démêler de vrai du fond dans nos souvenirs. Un long silence ponctua la réponse de Marthe. Ils se regardaient avec un vague sourire, un peu gênés d’étaler leurs sentiments intimes devant la curiosité vorace et déplacée de leur voisin qui n’avait rien perdu de leur conversation.

 

 

Et puis ils sentaient bien tous deux qu’aucun mot n’aurait pu, ce jour là, combler le fossé qui les séparait.

En revanche le dialogue muet qui se nouait, à l’abri de toute oreille indiscrète, entre leur deux regards, sans rien dévoiler d’un passé encore prisonnier de forces occultes et peut-être dangereuses, créait en eux une complicité qui leur donnait envie d’aller plus loin.

Ghislain ne savait plus s’il reconnaissait Solange ou si, simplement, il avait une envie folle que Marthe soit Solange.

Il désirait embrasser cette femme, qui n’était en somme qu’une inconnue rencontrée dans un train, mais que son cœur s’obstinait à rapprocher de son amie de jeunesse.

Les chaos du train les poussaient souvent l’un vers l’autre ; au début, Ghislain se raidissait par respect pour sa voisine, mais lorsque le train entra doucement dans la gare du Midi, il se laisse aller sans retenue tandis que la jeune femme souriante ne faisait rien pour éviter ces contacts de plus en plus sensibles pour tous deux.

Dès que le convoi stoppa en gare, elle rassemble ses menus bagages, endossa un anorak vert et lui tendit la main.

 

 

            -« Excusez-moi, Monsieur Mignolet, je dois vous quitter ici ; j’ai été très heureux de faire votre connaissance ; c’est vrai que j’ai éprouvé dans ce trajet l’impression d’un déjà vécu sans pouvoir le relier à un évènement précis de mon passé. Peut-être nous reverrons-nous sur cette même ligne que je prends de temps à autre. »

 

 

Ghislain saisit la balle au bond :

 

 

            « Madame, faites-moi, un grand plaisir, venez prendre un verre avec moi à la buvette, nous verrons comment nous revoir car, pardonnez-moi de ma franchise, je crois que durant ce long moment de silence entre Ottignies et Bruxelles où rien ne s’est dit entre nous sinon avec les yeux, j’ai eu l’impression qu’entre nous un grand courant de sympathie est passé. »

 

 

            -« Eh là, vous vous enflammez vite, on dirait que la vie ne vous a pas assez mordu. J’ai été heureuse moi-aussi de vous rencontrer, mais j’ai appris à tenir mon cœur en laisse. Si vous me promettez de ne pas me retenir plus de dis minutes, je suis d’accord pour un petit verre d’autant plus que l’atmosphère surchauffée du train m’a donné soif. »

 

 

Quelques instants plus tard, elle, devant une eau plate, lui devant une blonde « Stella » se donnèrent chacun un numéro de téléphone ; pour Marthe, c’était celui d’une copine à qui on pouvait laisser un message, lui son numéro de téléphone au bureau. Quand Ghislain lui demanda de quoi elle vivait, elle lui répondit évasivement qu’elle travaillait occasionnellement dans une galerie d’art.

 

 

(à suivre)

 Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

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