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Publié par BALCHOY

L'esprit raisonneur ne sait que ce qu'il a appris et saisi du réel, tandis que la nature (natoura) humaine en sa totalité agit  consciemment et inconsciemment sous l'emprise du désir et rend compte de la plénitude du "moi".

 

Non enfin à la muraille le plus épaisse qui fasse obstacle au libre agrément de la liberté, la vérité même du réel. Ce dernier refus, scruté attentivement a une portée métaphysique : c'est à Dieu lui-même qu'il s'adresse en tant qu'Il représente une atteinte inacceptable à une liberté qui se voudrait pleinement créatrice. Ce mur des nécessités matérielles ou mathématiques notre révolté le symbolise par le deux et deux font quatre, pour lui, formule de mort et non principe de vie, comme on le prétend habituellement.

 

"Quoi qu'il en soit, deux et deux font quatre, à mon avis respire l'impudence, nous dévisage insolemment. Les poings sur les hanches, il se plante au travers de notre route et nous crache au visage. J'admets que "deux et deux font quatre" est une chose excellente, mais, s'il faut tout louer, je vous dirai que "deux et deux font cinq" est aussi parfois une chose bien charmante (2)

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(2) Le sous-sol pg. 713

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Nous retrouvons ici le tragique où avait déjà abouti l'étude de la conscience. Aucun facteur indépendant du "moi" ne peut déterminer un sujet personnel, puisque précisément la conscience de soi ne nait que de la rencontre et de l'opposition avec les réalités extrinsèques. Restent donc les domaines de la volonté et de la liberté.

Le caractère irrationnel du libre-arbitre semble au locataire souterrain la clé qui lui ouvre le coeur même du "moi" en jetant une certaine lueur sur sa vie intime. Comme un sujet ne s'appréhende comme tel, qu'en se distinguant de tout ce qui peut faire l'objet d'un consentement ou d'un refus de sa volonté, il est nécessaire qu’il puisse contredire réellement les conclusions les plus saines de sa faculté raisonnante; celle-ci n'est en effet pour notre "héros" que la résonnance ou perception passive de la réalité extérieure en nous ainsi que de la mise en ordre nécessaire des différents éléments saisis. Loin d'être une déficience, le caractère arbitraire de notre libre-arbitre est une richesse irremplaçable, car il nous conserve "le principal", ce qui en nous est le plus cher, c'est à dire notre personnalité." (3)

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(3) Le sous-sol pg 708

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Sur le réel, il projette l'idéal ou le rêve et ce conflit l'éveille à la conscience du soi. Le "moi" ne se crée donc qu'en se "niant" en quelque sorte et en affirmant que le réel et le rationnel qui l'entourent et le conditionnent ne s'identifient pas à lui. (4)

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(4) Cette loi de type psychologique entraîne des conséquences importantes, on le verra dans la sphère de l'ordre moral. Voir cette étude pg.

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Le désir est un effort et une tension vers un but qu'une fois atteint et réalisé, il faudra bien nier, puisque, dès qu'il devient quelque chose il appartient à l'ordre des "deux et deux font quatre". (5) Pour atteindre ce but l'homme n'hésitera pas à risquer le sacrifice de sa vie, mais s'il réussit à atteindre l'objet matériel ou terrestre auquel il aspirait, il n'y trouve pas la satisfaction recherchée, toujours située au-delà de ce monde ; aussi se met-il aussitôt en quête d'un autre but. (6)

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(5) L'homme souterrain ne semble connaître positivement que la réalité terrestre soumis à l’objectivité des lois naturelles. Seul le libre-arbitre fait exception, mais il est dynamisme pur et n’existe que dans sa mouvance et son intentionnalité, il n’est qu’en devenant. La liberté tend vers un autre monde qui, sans le concours de la Révélation, apparaît comme celui du rêve.

(6) « Il est vrai que l’homme ne s’occupe que de la recherche de ces « deux et deux font quatre » ; il traverse des océans, il risque sa vie à leur poursuite ; mais quant à les trouver, quant à les saisir réellement , je vous jure qu’il en a peur … L’homme tend à se rapprocher du but, mais lorsqu’il l’atteint, il n’est plus très satisfait. » Le sous-sol pg. 713

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Le désir poursuit bien plus l’effort que sa fin elle-même car celle-ci, une fois réalisée, lui est nécessairement extrinsèque et risque de s’imposer à lui. Il savoure la lutte bien plus que la victoire.

Convient-il de pousser à bout ce conflit inévitable : conscience-réel, libre-volonté, mur des réalités terrestres ? Notre héros n’ose pas répondre affirmativement : « L’accord est possible et si on n’en n’abuse ; souvent même il est utile, mais fréquemment également la volonté se refuse énergiquement à s’accorder avec la raison. (1)

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Le sous-sol pg. 708

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à suivre

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net 

 

 

 

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