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Publié par BALCHOY

Mais notre locataire n’est pas d’accord. Pas plus que l’action, la raison pure ou scientifique, ou ce que l’on appelle l’intérêt bien compris, ne peut assouvir les aspirations de celui qui entend assumer sa condition humaine. Quoi qu’on dise jamais,  la raison ne répondra aux ambitions secrètes de notre nature.

 

 

 

 

 

 

« Oh, dites-moi, qui est celui qui le premier a déclaré… que l’homme ne commet des  vilénies que parce qu’il ne se rend pas compte de ses propres intérêts et que si on l’éclairait, si on lui ouvrait les yeux sur ses véritables intérêts, sur ses intérêts normaux, il cesserait aussitôt de commettre des vilénies et deviendrait sur le champs bon et honnête, car, éclairé par la science et comprenant ses véritables intérêts, il trouverait dans le bien ses propres avantages. Comme il est entendu que personne ne peut agir sciemment contre ses propres intérêts, l’homme serait pour ainsi dire placé dans la nécessité de faire le bien. Oh enfant, pur et naïf » (1)

 

 

 

(1)                            Le Sous-sol page 701. Après s’être livré à la critique de l’optimisme naturalisme de Rousseau et de l’idéalisme, Dostoïevski fait ici allusion à la morale utilitaire très à la mode dans les années « 60 ». Sans doute vise-t-il ici surtout Tchernikhovsky et son roman « QUE FAIRE ? » Cet ouvrage faisait notamment l’apologie de la philosophie du « milieu ». Son auteur pensait qu’il suffisait de modifier le conditionnement social pour transformer automatiquement la conduite morale d’un individu et faire des mauvais des bons, parce que leur intérêt serait d’être bons. On retrouve chez cet auteur l’idée socratique du mal, ignorance intellectuelle du bien. »

 

 

 

 

 

 

L’histoire démontre que jamais l’intérêt n’a pu rendre compte de la totalité de l’agir humain. Bien au contraire ! D’ailleurs comment définir concrètement une notion si floue et si relative. L’expérience ne prouve-t-elle pas que l’homme recherche parfois ce qui lui fait du tort en toute connaissance de cause. La science a bien essayé de déterminer, statistiques à l’appui, ce qui est vraiment utile au genre humain. Selon elle, les formules economico-scientifiques, les facteurs régissant le comportement humain seraient tout d’abord la richesse, ensuite la tranquillité, enfin la liberté. Mais il y a toujours un élément que les savants laissent de côté parce que justement il représente l’intérêt  suprême et absolu, pour lequel l’homme est prêt à abandonner tout le reste :

 

 

 

 

 

 

« L’homme quel qu’il soit, aspire partout à agir selon sa volonté et non d’après les prescriptions de la raison et de l’intérêt : or cette volonté peut et doit m^même parfois (cette idée m’appartient en propre) s’opposer à vos intérêts. Mon vouloir (KHOTENIE) propre, volontaire et libre, mon caprice propre, si fou qu’il soit, ma fantaisie surexcitée jusque la démence, voilà précisément la chose qu’on écarte, l’intérêt le plus précieux qui ne peut trouver place dans aucune de vos classifications et qui brise en mille pièces tous les systèmes et toutes les théories. Où ont-ils pris nos sages que l’homme a besoin de je ne sais quelle volonté indépendante, quel qu’en soit le prix et quels qu’en soient les résultats. Mais le diable sait ce que vaut cette volonté. »

 

 

 

(1)   Le sous-sol, p. 705-706.

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à suivre

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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