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Publié par BALCHOY

Il faisait un temps épouvantable. La lueur d’un lampadaire grincheux ne laissait percevoir qu’une neige poudreuse qui tombait à gros flocons sur le sol déjà givré.

L’homme bien emmitouflé sortit d’une maison bourgeoise, regarda d’un air dégoûté la rue à droite puis à gauche : puis en maugréant, une grosse clé à la main, se rendit au garage contigu dont il ouvrit la porte qui grinça sinistrement.

Bientôt le belle Toyota rouge vif sortit sagement et se gara face à la maison.

L’automobiliste referma avec force le portail, fit quelques pas en claquant les pieds sur le sol gelé, puis, jetant un regard impatient sur sa montre, pressa deux fois la sonnette de la maison.

 

 

 

Quelques instants plus tard, deux enfants, un garçon et une fille, encore plus chaudement vêtus, sortirent en criant joyeusement, suivi par une dame d’une bonne trentaine d’années, en robe de chambre, qui leur fit mille et une recommandations pour se préserver du froid.

Les deux gosses, âgés d’environ douze et dix ans, n’avaient rien à faire de ces bons conseils. Déposant leur lourd cartable sur le seuil, ils se précipitèrent joyeusement sur le trottoir, ramassant à pleines mains la neige qui s’accumulait dans le caniveau et commencèrent une bataille qui fit hurler conjointement les deux adultes.

 

 

 

            -« Arrêtez, les enfants,  nous allons encore arriver en retard à l’école ce matin. Essuyez vos mains et montez vite.

A regret, les enfants reprirent leur sac, embrassèrent rapidement leur mère et rentrèrent dans la voiture qui démarra aussitôt en klaxonnant bruyamment.

 

 

 

Sur le tapis gris blanc qui tapissait la route, la voiture par moments zigzaguait légèrement. Le visage du conducteur était ferme et tendu et il supportait avec peine les babillages des gosses à l’arrière qui lui demandaient de leur acheter un traineau.

Il lui fallut un bon quart d’heure – d’habitude le trajet prenait cinq bonnes minutes – pour déposer les déposer devant l’Institut Saint Eustache, collège libre essentiellement fréquenté par la bourgeoisie locale.

Reprenant la route, il quitta bientôt la ville et par une Nationale glissante malgré l’ensablage, gagna l’institut National d’agronomie où il travaillait dans un laboratoire spécialisé sur les insectes nuisibles à l’agriculture. Il y arriva avec une bonne demi-heure de retard.

Se débarrassant de son lourd pardessus au vestiaire, l’homme se dirigea sans hâte vers son labo. Son visage déjà largement dégarni, porteur d’un petit bouc, semblait un peu désabusé, mais son regard brillant, démentait cette première impression.

Approchant doucement de la quarantaine, il avait résisté, tant bien que mal, aux pressions de son milieu social. Ainsi y restait-il une sorte d’original, plutôt sympa mais pas très bien intégré : ses prises de position, souvent en dissonance des opinions dominantes en son Institut lui valaient une image de marque plutôt sympathique mais un peu ridicule.

Bientôt il entra dans son laboratoire où il travaillait la plupart du temps seul entouré de ses chers insectes, comme le prétendaient ses collègues avec une pointe d’humour. Là où tout visiteur non prévenu découvrait un désordre quelque peu anarchique, notre homme se sentait tout à fait à l’aise, sachant à peu près la place de chaque insecte, de chaque rapport dans cet apparent caravansérail.

Cette journée, il la consacra aux différentes expériences destinées à remplacer des insecticides dangereux pour la santé humaine par des insectes inoffensifs pour l’homme mais mortels pour les parasites des plants de pommes de terre. Cette recherche le passionna au point qu’il laissa dans sa mallette les quelques tartines que sa femme lui avait préparées pour midi.

Il fut tout de même étonné quand un collègue qu’il ramenait souvent à Namur vint lui demander à quelle heure il quitterait ce soir.

C’est vrai qu’il commençait à faire nuit, il n’y avait prêté aucune attention.

Il avait pourtant promis de rentrer tôt à la maison pour aller faire ses courses au G.B.

Cela faisait trois jours qu’il remettait cette sortie de jour en jour.

      -"Cinq minutes, Paul et on y va. Avec ce fichu gel, nous risquons de mettre plus de temps que d’habitude".

Cinq minutes plus tard, le biologiste, accompagné de son copain, monta dans sa voiture et, à petite allure, regagna prudemment son domicile. Sur le trajet tous deux n’échangèrent que peu de paroles sur la pluie et le beau temps.

Trois quarts d’heure plus tard, la voiture avec cette fois une seule personne à bord, s’arrêtait devant la maison confortable qu’elle avait quittée au petit matin.

Il  n’eut pas besoin de sonner, les deux enfants se précipitèrent à sa rencontre en poussant des cris de joie et lui sautèrent au cou.

 

 

 

            -« Dis, papa, on va au G.B. voir les jouets ? Il paraît qu’il y en a de formidables. »

 

 

 

            -« Oui, calmez-vous, Gisèle et Nicolas, je vous l’avais promis, allez dire à Maman qu’elle se prépare, nous partirons dès qu’elle sera prête.

Vêtue d’un manteau élégant la maman apparut à son tour sur le seuil ; s’avançant vers son mari, elle lui entoura la tête de ses bras et l’embrassa affectueusement.

            «-« Salut Ghislain, comment s’est passé ta journée, j’espère que ce temps épouvantable ne t’a pas trop perturbé ? »

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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