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Publié par BALCHOY

Avant même qu’ils n’essayent de lui expliquer le désordre de leur tenue, il les interpella :

 

 

 

            « Ne seriez-vous pas les neveux de ce monsieur qui vous recherche partout avec un ami ?  Si vous vous dépêchez dans cette direction, vous aurez une petite chance de les rattraper, ils sont partis, il y a une petite heure, pour récupérer leur voiture ; s’ils repassent, que dois-je leur dire ? »

 

 

 

Ce fut Solange qui d’autorité lui répondit :

            « Surtout rien, Monsieur, nous en avons assez de cet oncle qui, sous prétexte que nos parents sont décédés,  s’est mis en tête de tout régenter dans notre vie. Dites-nous où nous pourrons trouver un arrêt de bus sans risquer de le retrouver sur notre chemin ? »

 

 

 

-« Ah bon, vous savez, je parlais seulement pour vous aider. A cent mètres d’ici, vous trouverez un petit sentier à travers champs qui vous conduira en vingt minutes à la grande route de Liège. Vous devrez passer par-dessus un barbelé ; il y a là quelques génisses en général paisibles, mais évitez tout de même les gestes brusques, on ne sait jamais. Bonne chance, Messieurs-Dames. »

 

 

 

            Et sans plus les regarder, il reprit sa fourche.

            Les vingt minutes du fermier lui prirent près de trois quarts d’heure. A la  route, ils virent de suite le petit abribus. Ghislain consulta les horaires.

            « Chic, le prochain pour Liège est dans dix minutes. A propos, est-ce qu’il me reste un peu d’argent. Zut, les vaches m’ont piqué mon portefeuille. J’espère qu’il te reste un peu de picaille.

 

 

 

            Solange fouilla les poches de son jean et en retira une flopée de piécettes qu’elle se mit à compter en sa main.

 

 

 

            « Voilà, il me reste environ cent vint six francs. Je crois que cela suffira, nous ne sommes pas si éloignés de Liège.

 

 

 

            Dans le bus qui les ramenait sagement dans la cite ardente, Ghislain posa une foule de questions à sa compagne sur sa famille, ses études, ses amis hippies ou pacifistes, sur ses projets aussi.

            Mais elle sans jamais refuser aucune de ses questions les éludait les unes après les autres en restant dans un vague plus que prudent.

            Solange était née à l’étranger dans une famille modeste. Elle suivait de vagues cours d’économie par correspondance, ses amis pacifistes, dont Richard… une des plus grandes déceptions de sa vie, ses projets enfin : gagner l’Amérique du Sud pour rejoindre les desperados de « Che Guevara ».

            « Tu sais, ajouta-t-elle, ce n’est pas pour demain. D’abord, je n’ai pas un sous devant moi ni aucun contact sérieux avec les companeros de là-bas. Je n’ai pas envie d’aller faire du tourisme ou de la tapisserie à l’autre de bout de la planète. Je veux être efficace. »

            La Solange qui peu à peu émargeait de leur conversation redevenait peu à peu l’idéaliste du train tragique. Cette transformation renforça Ghislain dans sa conviction qu’il avait enfin trouvé la femme qu’il attendait depuis toujours.

       

 

   Yvan Balchoy

 

 

balchoy@belgacom.net

 

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