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Publié par BALCHOY

 

 

 

            -« D’accord, copine, mais as-tu vu le paysage, un arbre tous les quarante mètres, des marécages où l’on s’enfonce jusqu’aux cuisses, nous n’aurons

pas parcouru dix mètres qu’ils nous auront repris. »

 

 

 

            -« Ce serait fort étonnant qu’ils tentent de nous liquider en un endroit exposé. N’oublie pas qu’ils doivent veiller à la crédibilité de leur scénario de suicide. Si nous avions envie de mettre fin à nos jours par amour, nous choisirions sûrement un endroit abrité du froid et des regards curieux pour vivre plus intensément nos dernières minutes ensemble. »

 

 

 

            -« Tu as raison, mon cœur, nous n’avons plus qu’à espérer que ces bandits soient aussi psychologues que toi. »

 

 

 

Ils se prirent doucement dans les bras en silence. Mais le bonheur d’être unis ne suffisait pas à leur rendre la liberté. Leur angoisse : attendre, encore attendre avec peut-être au bout de la route leur perte à eux deux. Cette mort menaçante les révoltait signifiait la fin de cette tendresse encore toute balbutiante mais déjà tellement conquérante.

 

 

 

            Au bout de quelques minutes, le camion s’arrêta quelques instants puis repartit en quête d’un lieu propice. Solange et Ghislain s’accroupirent de part et d’autre de l’ouverture prêts à bondir en bousculant leurs geôliers.

            Ce n’est qu’au bout d’un long, très long quart d’heure, entrecoupé de trois arrêts plus ou moins longs qu’ils entendirent le chauffeur et ses acolytes sortir de la cabine.

Ils se trouvaient par chance à l’orée d’une sapinière vite noyée dans le brouillard. Combien de personnes allaient-ils devoir affronter ? Sans doute les trois qui étaient venus les inspecter dans la remise du « Fond de Bouteille » pour autant que le chef ait accepté de se mouiller dans une tâche de si basse intendance.

            Quand ils entendirent des pas se diriger vers l’arrière du véhicule, puis entrevirent deux silhouettes manifestement sans inquiétude, comme deux athlètes au départ d’un cent mètres, repliés sur eux-mêmes, Ghislain et Solange se préparèrent à la course de leur vie.

 

 

 

            Ce qui suivit ne dura sans doute que deux ou trois secondes au cadran d’une montre mais jamais secondes ne leur parurent plus longues et si tendues que celles-là !

            Dès que la poignée de la portière arrière pivota sous la main du barman manifestement sûr de lui et sans inquiétude, le garçon et la fille repoussèrent violemment les deux battants de l’ouverture : le complice d’Igor voulut s’interposer, Ghislain lui décocha un violent coup de poing qui le fit reculer un instant. Ce court répit suffit au jeune étudiant pour se précipiter dans la sapinière ; tournant la tête vers la droite, il aperçut Solange à quelques pas de lui pénétrer elle aussi sous les arbres, suivie à quelque distance du barman qui lui sembla armé.

 

 

 

            -« A gauche, Solange, fonce on va les semer, ces salauds ! »

 

 

 

            La jeune fille obtempéra et tous deux, côte à côte plongèrent dans un bois si touffu qu’ils eurent l’impression de se retrouver au cœur même de la nuit.

            Se tenant la main, autant qu’ils le pouvaient, bravant les écorchures et zébrures qui les blessaient au visage, aux mains et aux jambes ils s’enfoncèrent au cœur de la sapinière.

Vie, ils se rendirent compte qu’ils n’avaient que peu de chance de semer les bandits qui les poursuivaient guidés par le bruit des branches cassées, il leur fallait au plus vite trouver une cachette. Elle leur vint presqu’aussitôt sous la forme d’un taillis touffu où ils se glissèrent silencieusement.

            Moins d’une minute plus tard, le halo d’une lampe de poche commença à danser entre les arbres qui surplombaient leur abri. Puis des pas bruyants s’avancèrent.

 

 

 

            -« C’est curieux, Igor, on ne les entend plus, ça m’étonnerait que dans une pareille mélasse ils aient réussi à nous semer. Passe-moi la torche, ils sont peut-être à deux pas de nous.

            Ils ne croyaient pas si bien dire car moins de cinq mètres les séparaient de Solange et de Ghislain serrés l’un contre l’autre et retenant leur respiration.

Le faisceau de la lampe des truands se promena tout autour d’eux, les survola même un instant, frôla de quelques centimètres une chaussure de Solange puis un des mains de son ami.

            Ce dernier se collait le plus étroitement qu’il le pouvait contre le corps de sa compagne. Leurs visages se rencontrèrent et ils s’embrassèrent fougueusement comme s’ils voulaient ainsi éteindre l’angoisse qui les tenaillait.

            Au bout d’une minute, qui leur parut une éternité,  les truands reprirent leur recherche et s’enfoncèrent dans le bois.

 

 

 

.

 

 

 

            Ghislain et Solange attendirent cinq bonnes minutes avant de repartir dans la direction opposée. Leur marche était pénible : ils avançaient la plupart du temps accroupis une main devant les yeux pour les préserver des branches qui les fouettaient sans répit.

Peu à peu, les vociférations de leurs poursuivants s’atténuèrent, s’espacèrent… et finirent par se perdre au loin.

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

            -

 

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