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Publié par BALCHOY

Avec douceur, il lui enleva son baillon avant de la délivrer de tous ses liens à son tour.

 

 

 

 

            Dans l'obscurité ambiante, elle tourna sa tête vers lui puis lui tendit ses mains meurtries en sanglotant doucement.

 

 

 

 

            Ghislain déposa ses lèvres sur les yeux humides de la jeune fille qui l'étreignit alors avec force.

 

 

 

 

            Les yeux gris-vert de la jeune femme  comme la mer du nord, pensa-t-il fugitivement, exprimaient un mélange d'angoisse et d'espérance. Il y lisait une grande soif de tendresse qu'il auarit voulu étancher sur le champ.    

 

 

 

 

Instantanément, il revécut leur première rencontre dans le train ; un bonheur fou l'envahit tout entier et gomma tout le tragique du moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

            Ce qu'il ressentait pour Solange était à cent lieues des sentiments un peu équivoques que lui avaient inspirées dans le passé des filles entrevues ou quelques petits flirts.

 

 

 

 

            Bien sûr il brûlait du désir de se fondre dans cette féminité palpitante qui l'enveloppait, semblait-il, de toute part, mais en même temps un immense respect, un besoin impérieux de protéger celle qui, dans ses bras, était tout à la fois une femme épanouie et une petite fille perdue.

 

 

 

 

Etrange ! Cet instant de bonheur n'avait sans doute duré que quelques secondes et il lui sembla qu'il tenait son amie en ses bras depuis un siècle. Il lui chuchota :

 

 

 

 

            "Courage, amie, il nous faut réfléchir aux moyens d'échapper à ses bandits; vous qui les connaissez si bien, avez-vous une idée de leurs projets à notre égard.

 

 

 

 

            Elle lui répondit sur le même ton.

 

 

 

 

            "Il faut s'attendre au pire ; ce sont des gens terribles, gentil monsieur, ils ne nous laisseront jamais tranquilles même si nous réussissons à nous échapper d'ici.

 

 

 

 

            C'était la première fois que le jeune fille lui parlait aussi ouvertement et il fut frappé par la musicalité de sa voix qui rappelait un peu celle de Cholenka avec son accent slave.

 

 

 

 

            Ghislain se rapprocha de la portesans oser la toucher. Il n'entendit aucun bruit, ni ronflement ni même respiration ; mais ça ne prouvait rien ; leur geolier n'était sûrement pas loin.

 

 

 

 

            Le garçon avait perdu sans doute lors de son agression le porte-clé lumineux. Il interrogea Solange:

 

 

 

 

            "N'auriez-vous pas - il se reprit gêné de la vouvoyer dans de pareilles circonstances - n'aurais-tu pas des allummettes , car on n'y voit goutte ici."

 

 

 

 

            "J'en avais dans mon sac, mais où est-il passé ?"

 

 

 

 

            Elle tendit la main vers le sol au pied du divan et la promena à la recherche de sa sacoche mais elle ne rencontra que de vieux cajots pourris.

 

 

 

 

            "Merde, s'écria Ghislain, en regrettant déjà ce mot grossier et il balança énergiquement son pied au hasard attrapant un objet mou qu'il prit tout d'abord pour un vieux ballon. Propulsé à l'autre bout de la pièce, l'objet heurta le genou de Solange. Celle-ci se baissa aussitôt pour le saisir et s'exclama joyeuse :

 

 

 

 

            "Chic, mon sac !"

 

 

 

 

            Elle l'ouvrit aussitôt, y plongea les doigts et s'écria déçue :

 

 

 

 

            "Les vaches, ils ont tout pris."

 

 

 

 

            Et elle tendit le sac au garçon pour le prendre à témoin de son infortune. Ghislain prit le sac et en palpa le contenu attentivement. Il n'en trouva qu'un vieux peigne et, roulé en boule, un chiffon doux parfumé à la lavande, sans doute un mouchoir qu'il déplia distraitement. Un petit objet cartonné s'en échappa et tomba sur le sol. Et si c'était... Les allumettes ? Il s'accroupit sur le sol et se mit à fouiller dans tous les sens.

 

 

 

 

            Ouille ! Ilcommença par se blesser légèrement au doigt au contact d'un clou perdu, dispersa de vieux journaux pourris d'humidité avant de refermer la main sur un petit objet cartonné, sans nul doute les famauses allumettes qui avaient échappé à la fouille du sac par les truands.

 

 

 

 

            Je les ai, copine, tes allumettes. On va y voir un peu plus clair.

 

 

 

 

            Heureusement, la boîte était presque pleine. Ils allaient enfin pouvoir inspecter leur prison.

 

 

 

 

            Il se rapprocha de Solange et craqua la première allumette à hauteur de son visage ; il voulait avant tout revoir ces traits qui le hantaient jour et nuit depuis le tragique déraillement.

 

 

 

 

            La jeune fille cligna d'abord les yeux, plongés depuis si longtemps dans l'obscurité puis lui sourit joyeusement en lui tendant les bras.

 

 

 

 

            Ils s'embrassèrent longuement.

 

 

 

 

            Les lèvres de Ghislain partirent en exploratrices éblouis à la rencontre de ses yeux gris vert, vivants reflets de cette mer du nord, sa préférée ; il y lut une tendresse que l'angoisse heureusement ne réussissait pas à déformer ; elles effleurèrent ensuite les lobes si délicats de ses orielles, son nez charmant pour atteindre enfin sa bouche tendre et sensuelle, ses lèvres si bien dessinées qui s'ouvrirent et, pour la premère fois le garçon connut l'ivresse d'un vrai baiser amoureux.

 

 

 

 

            Entretemps, bien entendu, l'allumette s'était éteinte les replongeant dans une obscurité complice de leurs audaces.

 

 

 

 

            Ce fut elle qui le rappela à l'ordre :

 

 

 

 

            -"Arrête, Ghislain - ainsi elle connaîssait son prénom - ce n'est pas le moment !"

 

 

 

 

 

 

 

 

            Elle avait raison. Ils se séparèrent à regret. Le garçon craqua une nouvelle allumette. Tous deux examinèrent soigneusement la remise , elle ne comportait aucune fenêtre ni ouverture à part la porte qu'il n'était pas question de forcer. Alors ? Il ne leur restait qu'un seul espoir : se préparerà surprendre plus tard ceux qui viendraient les chercher.

 

 

 

 

            Ce fut la jeune fille qui reprit les choses en main.

 

 

 

 

 

 

 

 

            -"Dis, nous devons absolument refaire sommairement nos liens pour leur donner le change. Nous pourrons ainsi agir si l'occasion s'en présente.

 

 

 

 

            -"Génial, mon petit coeur, s'écria Ghislain ravi et tout étonné de son audace verbale.

 

 

 

 

            Ce ne fut pas une mince affaire pour eux de se ligoter mutuellement mains et pieds avec pour seul éclairage la petite et si fragile flamme d'une allumette. Les deux jeunes gens, malgré le tragique de la situation,connurent un fou-rireà la limite du douloureux car il n'était pas question de se faire entendre du dehors. Bien entendu, les nouveaux noeuds étaient si lâches qu'ils ne résisteraient pas à un effort sérieux pour s'en débarasser.

 

 

 

 

            De même, le nouveau baillon de Solange fut conçu pour lui permettre de continuer à converser avec Ghislain. La nuit était fort avancée , dans deux heures, trois au plus le jour poindrait. Si les bandits voulaient se débarasser d'eux avant  l'aube, ils n'allaient pas tardé à apparaître.

 

 

 

 

            Cette attente leur était plus pénible qi'ils ne voulaient bien se l'avouer. Malgré le danger de mort qu'il représentait, ils en virent à préférer un dénouement rapide à cette incertitude interminable.

 

 

 

 

            La conversation entre le garçon et la fille, d'abord fort animée se fit de plus en plus discrète. Au-delà des questions et réponses souvent anodines qu'échangeaient les jeunes gens, naissait entre eux un autre dialogue pétri d'angoisse et d'espoir,à travers des regards des hésitations, des instants de silence plus parlants peut-être que ces mots qu'ils se lançaient pour étouffer leur peur.

 

 

 

 

            Tout à coup, un brouhabas se fit entendre du côté de la porte de leur réduit qui s'ouvrit lentement, tandis que leur coeur à tous deux battait à tout rompre. Une ampoule dissimulée dans un coin éclaira violemment leur réduit.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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