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Publié par BALCHOY

Avalant rapidement son coca, il sortit et quitta le quartier. Il était environ deux heures de l'après-midi. Il n'était pas question de retourner au café avant vingt et une heure. Il décida d'aller pour commencer se mettre au vert.

 

            Il aimait la rue en escalier qui à partir de la gare du Palais ponte vers la Citadelle. Tout là haut, un peu essoufflé, il s'assit sur une vieux banc de pierre et reprit son Maigret. De temps à autre, il se frottait les mains qui peu à peu s'engourdissaient.

 

            Quand, refroidi jusqu'aux os, il en eut marre, Ghislain redescendit vers le centre de la ville à la recherche d'un spectacle qui puisse le réchauffer.

 

            On jouait au Star le dernier film d'Ingmar Bergman qui racontait le duel au Moyen-âge entre un vieux chevalier et la Mort venue pour l'emporter. Le film était superbe, l'action lente mais chaque seconde apportait un élément nouveau, son ou image au grand débat qui le traversait.

 

            Face au duel perdu d'avance entre le vieillard et son adversaire squelettique sur un gigantesque échiquier, un jeune couple d'amoureux incarnait avec bonheur la victoire de la vie sur la mort.

 

            Le visage rayonnant de la fille, souriant à la vie au-delà de la misère de son existence rappelait au garçon celle qu'il était venu chercher et peut-être sauver.

 

            La conclusion du film :la mort emporte le chevalier ainsi que tous les personnages du film à l'exception des jeunes amoureux, lui parut un heureux présage pour la dure soirée qui l'attendait.

 

 

            Se retrouvant dans la rue, il lui fallut un certain temps pour s'échapper de la fictionet reprendre contact avec la réalité. Il commençait à faire bigrement froid. Il apprécia l'écharpe qui faisait partie de son déguisement. Il était un peu plus de dix-huit heures. Il vait juste le temps d'avaler en vitesse un croque avant de retourner au "Fond de bouteille".

 

            Avisant une cabine téléphonique qui, merveille, fonctionnait, il téléphona à Namur pour avertir sa mère, qu'invité par un copin à un metting politique, il ne rentrerait pas ce soir.

 

 

            Sa mère, en plaisantant lui demanda si ce copin ne portait pas une jolie robe et lui recommenda d'être prudent. Ouf, elle n'avait pas élevé les objections qu'il craignait. A présent, le sort en était jeté ; la nuit serait longue !  

 

 

            Etrange comme la nuit repeint à sa façon un décor qu'on croyait bien connaître. La rue du ont-en-isle offrait un air de fête factice sans doute mais communicatif. Les passants y étaient aussi nombreux que ceux qu'il avaient cotoyé l'après-midi, mais ce n'étaient plus les mêmes. Ce public, toujours aussi jeune, était là manifestement pour s'amuser sans arrière pensée.

 

            Il regretta un peu sa tenue si classique, bien adaptée aux heures de bureau mais tout à fait déplacée dans la fièvres du Liège nocturne.

 

            Il revit la petite impasse toujours encombrée par la vieille deux chevaux. La porte blindée était toujours fermée. Il risquà un oeuil à travers la serrrure; une lumière tremblottante éclairait un couloir sâle encombrée de vieilles caisses en carton ; il lui sembla entendre au loin une conversation; mais ileut beau tendre désespérément l'oreille, il ne put rien saisir de ce qui se disait. Tout à coup, un ombre surgit dans son court champ de vision. Preudemment le jeune étudiant abandonna son inconfortable observatoire et regagna la rue principale.

 

            Comme lematin, il alla d'abord boire un pot au triste café des pécheurs peu fréquenté à cet heure du jour. Il n'en n'était pas de m^$eme de la taverne en face qui regorgeait de monde.

 

            Bien plus facilement qu'à midi, il voyait tout ce qui s'y passait. Un barman qu'il voyait pour la première fois dirigeait les opérations à partir du comptoir.

 

            En passant méthodiquement en revue les clients visibles d'en face, il ne reconnutt personne, à moins que, mais oui !, ce grand gaillard en discussion animée avec une fille assez jeune, c'était Richard, le copin de Solange qu'il n'avait plus revu depuis des semaines.A première vue, il ne paraissait pas souffrir outre mesure de l'absence de son amie dun train, il flirtait ouvertement avec sa compagne du moment, une fille plus vulgaire que jolie quiparaîssait apprécier ses propos si loin apparemment de tout idéal révolutionnaire.

 

            Pauvre type, se dit Ghislain ; comment est-ce possible que cette chiffe molle ait réussi à s'imposer devant une fille comme Solange ?

 

            Relevant les yeux de ce couple quile dégoûtait, il s'aperçut que la fameuse porte de gauche était à présent grande ouverte.

 

            Qui pouvait ^petre passé par là ou peut-être allait en sortir ? Le barman était toujours à son poste. Ghislazin avait beau se pencher, il ne voyait rien de ce qui se passait derrière l'apparente respectabilité du "Fond de bouteille".

 

            Comment y voir sans se faire repérer ? Mais oui ! Il n'y avait qu'à se rendre aux toilettes. Ainsi il pourrait passer devant la mystérieuse porte, y voir peut-être plus clair ; dans le lavatory, il aviserait.

 

            Jouant à l'homme perdu - à vrai dire, il ne devait pas se forcer outre mesure pour ce rôle - il fit un long détour pour passer à proximité du comptoir. A sa grande déception, il ne vitopersonne dans l'ébauche de couloir aux murs verdâtre qui faisait contraste avec l'élégance du bar.

 

            Pourtzant, sans nul doute, cela discutait ferme là derrière. On aurait dit une dispute. Mais, cette fois-ci, il lui sembla qu'une femme intervenait dans la conversation.

 

            Il ne pouvait s'attarder ; déjà le garçon lui indiquait avec un sourire professionnel la direction des toilettes. Il s'exécuta à regret.

 

            Heureusement il; n'y avait personne pour l'instant ni dans les w.c. Ni dans le couloir. La porte qui donnait accès au reste de la maison était toujours fedrmée maisil en viendrait facilement à bout.

 

            Il fallait faire vite ; au cadran de sa montre, il était un peu plus de vingt-deux heures. Dans une heure et demi, maximum, on fermerait la taverne. S'il réussissait à passer inaperçu jusquà la fermeture, il visiterait  discrètement la maison pour tenter de retrouver Solange.

 

            Il avisa le débarras avec son énorme cireusxe. Peu probable que le ménage se fasse en plein milieu de la nuit.

 

            Il entra résolumentdans le petit local, referma laporte et en tatonnant alla s'asslir tout replié sur un tat de linge derrière l'appareil. Il fut tout de suite frappé par le mélande d'odeurs qui rendait l'atmosphère presqu'irrespirable : poussières enfumées, encaustiques, désodorisants, ammoniaque sans parler des relants désagréables qui venant des toilettes se glissaient sous la porte . Décidément le chemin qui menait à Solange n'était pas de tout repos !

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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