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Publié par BALCHOY

Je vous ai déjà dit qu'elle était jolie ; pour le reste elle portait un imper rouge, c'est tout ce que je peux vous dire et oui aussi, sa voiture était rouge.

 

 

-Y avait-il quelqu'un d'autre dans la voiture ?

 

 

Je n'ai pas regardé, mais sûrement oui car elle s'est assise à la place du passager avant.

 

 

Le gosse s'en alla en courant.

 

 

 

 

Ghislain tournait et retournait la mystérieuse lettre entre ses mains ; il la porta à ses narines ; le parfum qui s'en dégageait le troublait ; il y porta ses lèvres puis avec maladresse, il ouvrit l'enveloppe. Allait-il enfin savoir le secret de Solange ou de Cholenka ? Son cœur battait à tout rompre et il était si ému que les lettres dansèrent tout un temps, sans qu'il réussisse à déchiffrer quoi que ce soit.        

 

 

Petit à petit ce brouillard se dissipa et il put lire le court message écrit sur un feuillet arraché à un bloc-notes.

 

 

 

 

Si vous vous intéressez toujours à Solange, vous devriez aller regarder de plus près ce qui se passe au « Tessons de bouteille », car elle court un grave danger,

 

 

Un ami

 

 

 

 

Ghislain eut beau manipuler le feuillet sous tous les angles il ne trouva aucune autre mention qui puisse l'éclairer sur l'origine de cette missive. Il lui fallait bien s'en contenter.

 

 

 

 

            Ainsi il avait eu raison de s'intéresser à la taverne liégeoise. Elle représentait sûrement une des clés de l'énigme. Mais comment s'en rapprocher sans risquer de se faire repérer ? Il lui fallait se méfier. Et si on cherchait à  l'attirer dans un guet-apens ? Tant pis, c'était un risque à courir puisqu'il s'agissait de porter aide à Solange.

 

 

            Et qui était la jolie fille décrite ainsi par son petit messager ? Cholenka ?

 

 

 

 

            Le billet n'était sans doute pas de sa main, car l'écriture était de facture nettement masculine.

 

 

           

 

 

                        Il lui fallait se rendre à Liège, de pénétrer au Tesson de bouteilles pour chercher des traces de la présence éventuelle de Solange.

 

 

 

 

                        Il se leva du banc et reprit le chemin de sa maison, en route il eut la désagréable impression d'être suivi. Plus d'une fois il se retourna brusquement. Cette jeune femme qui, une dizaine de mètres derrière lui, regardait les vitrines, il lui sembla qu'il l'avait vue près du pont. Mais non, elle ressemblait seulement  avec son imper rouge à la description du jeune garçon.

 

 

 

 

            A deux pas de chez lui, il profita d'un miroir de carrefour pour regarder derrière lui ; Cette fois, il en était sûr, le barbu distingué, qui nonchalamment lisait son journal appuyé contre un appui de fenêtre, il l'avait vu tout à l'heure, il en mettrait la main au feu,  lisant le même journal le long des balustrades du pont. Une simple coïncidence ? Il décida de jouer-le tout pour le tout !

 

 

                        Se retournant, il se dirigea hardiment vers le mystérieux promeneur :

 

 

 

 

-     Pardon, monsieur, pouvez-vous me donner l'heure ?

 

 

-     Mais, je me promène seulement, monsieur !

 

 

-     D'accord, mais pourquoi vous inquiétez-vous, je vous demande seulement l'heure.

 

 

-     Ah ! bon, je croyais que… Excusez-moi, monsieur, je n'ai pas de montre.

 

 

 

 

Et faisant demi-tour, il s'éloigna rapidement. 54

 

 

Décidément, l'attitude de ce barbu était bien équivoque. Peut-être s'agissait-il simplement  d'un agent de la  B.S.R., chargé par monsieur de Méus de le surveiller. Mais dans ce cas, n'aurait-il pas réagi à sa question avec sang-froid, ce qui manifestement n'avait pas été le cas.

 

 

                        Au souper, plus personne ne fit allusion à son entrevue au tribunal. Il se força même à plaisanter avec Chantal à propos d'une émission de variétés qu'elle appréciait et que lui par contre trouvait ridicule. Chacun resta bien entendu sur ses positions tout en admettant la sincérité de l'autre.

 

 

                        Le soir, il envisagea un plan d'action pour aller au secours de Solange ; Un instant, il pensa avertir la police, mais  cette suggestion fut aussitôt écartée ; il risquait d'être poursuivi pour faux témoignage par le substitut. Certes il pouvait s'adresser à un autre commissariat à Liège par exemple d'une façon anonyme ; il le ferait en cas de nécessité vitale, mais il préférait pour l'instant agir seul, quels qu'en soient les risques, pour retrouver Solange.

 

 

 

 

                        Demain à Liège, il allait commencer par l'inspection de la taverne de la façon la plus discrète possible. Brûlé comme il l'était par le barman du café, il se demanda comment passer inaperçu : utiliser un copain, observer le « Tesson de bouteilles » à partir d'un café voisin, non c'était trop risqué ! Brusquement, il éclata de rire. Mais oui, comment n'y avait-il pas pensé plus tôt. Il se frottait les mains joyeusement en marchant au long et au large de sa chambre tout agité. Il ne pensait plus du tout aux dangers potentiels mais à la joie de revoir sa belle. Demain il ferait beau !

 

 

A six heures du matin, il était debout ! Un regard à la fenêtre, brr ! Les toits des maisons et des voitures étaient tout blancs. Une brume épaisse noyait les rues voisines. Si elle arrivait à se dissiper, il ferait beau et sec, un temps qu'il affectionnait particulièrement.

 

 

            Pour une fois, il fut en bas avant sa mère ; heureusement le déjeuner était servi et le café bouillant dans le gros thermos noir qu'il avait offert à sa maman pour le fête des mères.

 

 

            -Déjà debout, Ghislain, tu es bien courageux ce matin !

 

 

En robe de chambre, Madame Mignolet s'installa à ses côtés.

 

 

            -Dis, est-ce que tu dois encore te rendre au commissariat ?

 

 

            Je n'en sais rien, maman ; ils m'emmerdent pour des affaires qui ne me concernent en rien. S'ils exagèrent encore, j'irai voir le syndicat étudiant et nous déclencherons une campagne dans les médias sur les "bavures" policières.

 

 

            -Sois prudent, fiston,  tu sais que ce sera la lutte des pots de terre contre les pots de fer.

 

 

            Une fois de plus Ghislain nota combien sa mère, en l'absence de son père, savait se démarquer des idées réactionnaires qu'elle se sentait obligée de défendre en sa présence par solidarité conjugale.

 

 

            Tu sais, Maman,  quoi qu'il arrive, fais-moi confiance ; je ne sais pas exactement ce que demain me réserve, mais, je te le promets, tu n'auras pas à rougir de moi.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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