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Publié par BALCHOY

-     Alors, expliques-moi, mon beau monsieur,  répondit le magistrat sur un ton énervé, comment se fait-il que votre nom figure dans ce carnet d'adresses retrouvé sur Igor Rabyshev à Westende et en plus une flèche sur le document relie directement votre nom à celui de Cholenka ou Cholonka, c'est si mal écrit.

 

 

Et le magistrat  de lui ouvrir un petit carnet sur lequel il vit son nom, prénom et adresse ainsi qu'une sorte de flèche qui rejoignait un nom souligné CHOL KA. La voyelle centrale était illisible.

 

 

-     Bon, greffier, notez que monsieur Mignolet affirme ne pas connaître monsieur Igor Rabyshev ni Madame Cholachka. J'espère, jeune homme,  que vous dites vrai. Sinon je serai obligé de vous considérer comme un suspect potentiel. Vous pouvez retourner chez vous, je vous demanderai de ne pas quitter le pays pour l'instant. Et si jamais vous changiez d'avis ou retrouviez la mémoire, téléphonez-moi.

 

 

Ghislain acquiesça d'un signe de la terre et tendit la main à son interlocuteur qui la serra avec force. Il comprit à ce moment que monsieur de Méus ne le croyait pas. Ils allaient sûrement le faire suivre. Il lui faudrait être prudent.

 

      Il était un peu tard pour rejoindre Liège. Les cours du matin ? C'était foutu ; il y avait bien une leçon sur les protozoaires à 15h30. Bah, le mieux était de rentrer tranquillement à la maison.

 

      Il aviserait après le bon dîner familial. Au fond de lui, il savait déjà qu'il ne pourrait résister à la tentation de s'étendre quelques instants pour faire une courte sieste qui en fait allait lui prendre une grande partie de l'après-midi.

 

      Chez lui, il passa par la cuisine pour boire un verre de grenadine, sa mère s'affairait aux préparatifs du repas ; elle pelait des patates tandis qu'un rôti attendait sagement de passer à la casserole ; la savoureuse soupe aux tomates mijotait sur un feu tandis que les bons croûtons qui tout à l'heure allaient la rejoindre cuisaient à feu doux sur l'autre flamme. Tout cela sentait bon, il en oublia les petite rancœurs quotidiennes et alla tendrement embrasser sa mère. Contente, celle-ci osa lui poser la question qui  lui brûlait les lèvres.

 

 

      -Comment ça s'est passé, mon fils ? Et pourquoi as-tu été convoqué ? J'espère qu'on a rien à te reprocher !

 

 

-     Mais non, maman, ne t'inquiète pas, ils m'ont interrogé comme simple témoin à propos de cette bagarre dont je vous ai parlé.

 

 

Le garçon ne ressentait aucune gêne à mentir ainsi à sa mère. Comment aurait-il pu lui expliquer la situation sans l'effrayer inutilement.

 

 

-     Je te reparlerai de tout cela à midi, mam.  Je vais travailler dans ma chambre.

 

 

Une fois retiré dans son « château-foret », Ghislain ouvrit un bouquin de chimie pour préparer l'interro que le prof leur avait promis avant la fin de la semaine. Au bout de cinq minutes, le monoazote de carbone et le natrium cédèrent la place dans sa tête à Solange et Cholenka aux prises avec Igor, la barman du Fond de bouteille.

 

      Il avait l'impression d'être impliqué dans une gigantesque partie d'échecs dont les pions obéissaient à des règles inconnues, sans cesse changeantes et dérangeantes. A mi-chemin entre rêve et réalité, il attendit sa mère l'appeler au bas de l'escalier.

 

 

      Ils étaient trois à table, son père qui rentrait à l'instant du bureau - il bougonna un bonjour quasi inaudible en nouant se serviette autour du cou, sa mère qui apportait la lourde soupière et la déposait fumante et odorante sur la table. Une fois - à tout Seigneur tout honneur - son mari servi Ghislain tendit à sa mère son assiette, puis il se gava généreusement des petits croûtons qui donnaient si bon goût au potage.

 

 

      C'est alors que Monsieur Mignolet éleva le ton :

 

      -Dis, qu'est-ce que c'est cette affaire de drogue à laquelle, paraît-il, tu es mêlé . Je n'aurais jamais cru qu'un Mignolet puisse tomber si bas ! N'as-tu pas honte, dis-moi !

 

 

      -Mais qui t'a raconté ces inepties, lui répliqua son fils devenu rouge comme une pivoine, s'il y a une chose que je déteste particulièrement c'est cette saleté de came et tous ceux qui y traficotent.

 

 

      -Mais, Jules, qui t'a parlé de drogue ? intervint madame Mignolet plus qu'inquiète de la tournure que prenait la conversation.

 

 

      Ghislain ne répondit rien, il jeta rageusement sa serviette sur la table et s'en alla d'autant plus furieux qu'il appréciait le repas préparé par sa mère. Tout en grimpant quatre à quatre les escaliers, insensible aux rappels indignés de sa maman, il se demandait qui avait pu renseigner ainsi son père sur le contenu de son entretien avec le substitut. du Procureur du roi.

 

 

      Sa piaule lui apparut à l'image de son humeur, grise et sinistre ; il en avait marre de cette vie qui alternativement lui soufflait le chaud puis le froid. Son désordre, dont il s'accommodait si aisément d'habitude lui devint soudain intolérable. Il tapa rageusement du pied une pile de bouquins en équilibre instable au pied de son lit ; les livres en rejoignirent d'autres éparpillés un peu partout à travers la pièce. Son regard remonta à hauteur de la table couverte de plusieurs boîtes en carton regorgeant de documents chiffonnés. Demain, oui demain il mettrait un peu d'ordre, aujourd'hui il n'avait aucun courage.

 

      Vautré sur son lit, il happa de la main droite un Simenon sur sa table de nuit. C'était une enquête de l'inspecteur Maigret se déroulant dans le milieu humide et sombre des mariniers. Il adorait l'atmosphère intime de l'écrivain liégeois réussissait à insuffler à son œuvre. Au bout de deux, trois pages, il allait perdre tout contact avec le réel pour entrer pieds joints dans l'énigme si bien ficelée, se mêlant, s'identifiant même aux personnages si vivants qu'il avait l'impression de la connaître depuis toujours.

 

      Il s'imaginant tapant la belote avec deux trois copains le soir dans une taverne enfumée,

 

chauffée par un de ces vieux poêles à charbon qu'affectionnait le commissaire.

 

      Il en oubliait l'univers bourgeois de son enfance, l'hypocrisie dédaigneuse des siens pour les valeurs populaires, ses interdits et tabous qui lui faisaient horreur, pour se croire un instant, un instant seulement un homme libre parmi des hommes libres.

 

      Immergé dans l'enquête du tenace policier, Ghislain ne se vit pas peu à peu s'enfoncer dans un sommeil agité de cauchemars :

 

 

      Monsieur de Méus lui tendit un doigt accusateur en lui criant : ce n'est pas bien,  monsieur Mignolet, de mentir à la justice. Cholenka ou bien Solange apparaissait alors aux bras d'Igor qu'elle embrassait goulûment, tout en le narguant d'un petit air moqueur. Il voulut alors se lever pour repousser le métèque, mais celui-ci lui décocha un terrible direct de la mâchoire.

 

      Et Ghislain se retrouva tout endolori sur la carpette. Il devait être assez tard, car le soleil déclinait sur l'horizon.

 

      Se sentant à l'étroit dans sa petite mansarde, il eut envie d'aller faire un tour de Meuse. Il  aimait déambuler le long des quais, lire le nom des péniches en rêvant à ce que serait sa vie à bord : chaque jour de nouveaux horizons, de nouveaux voisins.

 

      Et puis il y avait ce banc, au bord du fleuve où il restait des heures durant à dévorer un bouquin. Cette fois, il emporta son Maigret et se couvrit chaudement, car on était au cœur de l'automne. Heureusement le soleil  avait fini par crever le plafond des nuages et l'air relativement doux. Les dames se risquaient une dernière fois peut-être cette année une tenue estivale courte et légère. Il avait envie de se défouler pour se débarrasser de l'angoisse qui le minait de l'intérieur.

 

      Chic, le banc était libre. Il s'y assit en soupirant d'aise ; quelques mouettes virevoltaient autour de lui ; deux enfants, frère et sœur sans doute,  jouaient aux billes. Leur maman, une jolie brunette tricotait un pull sur un banc voisin. La vie était belle !

 

      Tout à coup un petit garçon, d'une douzaine d'années, l'air plutôt dégourdi surgit devant lui :

 

 

-     Bonjour, est-ce que c'est vous, Monsieur Mignolet ?

 

-     Comment connais-tu ce nom, gamin et que veux-tu à ce Mignolet ?

 

            L'angoisse, un instant vaincue, le reprit subitement.

 

 

            Vous ne m'avez pas répondu, monsieur, êtes vous, monsieur Mignolet ?

 

 

            Mais oui, dis-moi vite ce que tu as à ma dire, je n'ai pas de temps à perdre, tu sais !

 

 

            Et bien voilà, j'ai une lettre à vous remettre.

 

 

       Et Le gosse de lui tendre une petite enveloppe bleue. L'étudiant s'en empara et fut tout de suite séduit par le parfum qui s'en dégageait.

 

-     Qui te l'a donnée ?

 

-     Une dame, très jolie, elle m'a abordé à la descente du pont et m'a demandé si je voulais bien gagner cent francs. Vous devinez si j'ai dit, Oui. Elle vous a alors désignée du doigt e me disant de vous apporter cette enveloppe au bout de cinq minutes, puis elle est montée dans une voiture qui est partie vers Jambes.

 

-Dis-moi comment était la jeune fille ?

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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