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Publié par BALCHOY

Décidément la piste liégeoise était solide, mais il était piégé et compte-tenu des menaces qu'on lui avait proférées, il devait se méfier. Il regarda autour de lui avant de reprendre à toute allure la route des Guillemin.

 

            Il n'avait pas fait dix pas qu'il remarqua un individu, plutôt interlope,  qui le prenait en filature. Oh, il ne se cachait nullement et comme Ghislain se retournait dans sa direction, il sortit de sa poche un coup de poing américain qu'il tendit vers lui avec un sourire menaçant. Tout à fait inquiet, cette fois,  le jeune étudiant se mit à courir vers un super marché tout proche et se mêla à la clientèle très nombreuse à cette heure. Il y erra sans but précis et se retrouva soudain en plein milieu du rayon des sous-vêtement féminins où sa présence manifestement gênait la clientèle.

 

            Un quart d'heures plus tard, il ressortait par l'arrière du magasin qui donnait sur une petite rue discrète. Plus de traces de son poursuivant ! Dis minutes plus tard, il prenait avec soulagement le train vers Namur.

 

            Il avait eu peur, mais sa résolution de retrouver Solange et de percer de sa relation avec Cholenka n'était en rien atteinte.

 

            Il savait seulement que ce serait plus difficile et sans doute plus dangereux qu'il ne l'avait pensé, mais le seul souvenir du corps souple et chaud de la jeune fille dans le train et le sourire un peu navré de la jeune mannequin à la porte de Namur, le rendaient sourd et aveugle à toutes ces forces hostiles qui voulaient le décourager de poursuivre ses recherches.

 

            Dans le train à peu près vide, après s'être assuré qu'il n'était pas suivi, il tenta une fois de plus de faire le point.

 

            Il y avait deux affaires :

 

- La première, un groupe d'activistes à mi-chemin entre l'idéalisme et le fanatisme révolutionnaire. Solange et Richard en faisaient partie et le débit de boissons liégeois leur servait sans doute de centre de réflexion et d'action.

 

 

- La seconde, un réseau international de drogue sévissant sur la Côte belge. L'agence de publicité de Bruxelles semblait y être totalement étrangère. En revanche Cholenka au moins les connaissait, il en aurait mis la main au feu ; elle paraîssait pour des raisons encore obscures être lleur otage ; elle avait peut-être compté sur lui pour retrouver sa liberté.

 

 

            Autant les deux filles se ressemblaient physiquement autant elles étaient différentes au plan moral mais les connaissait-il assez pour prononcer un jugement aussi péremptoire ?

 

 

            Et Richard ? Depuis ses tentatives infructueuses pour le retrouver Solange par son entremise, il avait quelque peu négligé la piste de ce garçon un peu mou et qui sans doute ne lui dirait rien. Il ne l'avait plus vu depuis un bon mois. Il vivait sans doute à Namur, mais faute de connaître son nom de famille le rechercher serait aussi hasardeux que de chercher une aiguille dans une meule de foin.

 

 

            Brusquement le voisin de Ghislain se leva et retire sa mallette du filet juste au-dessus de sa tête, que le temps passait vite, on était déjà à Namur.

 

 

            A la maison, il perçut tout de suite que quelque chose ne tournait pas rond rien qu'à l'accueil un peu froid et gêné de sa mère.

 

 

« D'où viens-tu, Ghislain ? »

 

« Mais… de Liège naturellement, pourquoi cette question ? »

 

« Pour rien enfin tu vois, ton père et moi sommes un peu inquiets. Depuis quelque temps tu as bien changé, tu rentres à des heures impossibles, tu te fais attaquer, il y a peu dans un cabaret. Nous avons l'impression à tort ou à raison que tu délaisses tes études. »

 

 

« Mais vous m'énervez à la fin ! Foutez-moi la paix ! Est-ce que je vous demande, moi,si vous faites bien votre boulot. Vous me fatiguez, je vais dans ma chambre. Inutile de m'attendre pour souper, je n'ai pas faim. »

 

 

« Calme-toi, mon fils, comprends un peu notre inquiétude, d'autant plus que tout à l'heure l'agent de quartier est venu t'apporter une convocation de la police judiciaire. Tu dois te présenter à leur bureau demain à 10 heures »

 

 

            Et elle lui présenta une petite enveloppe grise ouverte maladroitement. A l'intérieur quelques lignes sèches dignes de l'administration

 

 

                                                                                  Namur,  3 novembre

 

 

            Vous êtres priés de vous présenter pour affaires vous concernant au :bureau 5 bis du tribunal de première instance, rue Jules Bovesses n° 18.

 

            Si vous aviez un empêchement grave, prière d'en avertir le greffier au 51 43 67 dès que possible.

 

 

            Le substitut du procureur du roi

 

            M. Emmanuel de Méüs

 

 

« Qui vous a permis d'ouvrir cette lettre personnelle, gronda le garçon, surtout pour dissimuler  l'angoisse qui le tenaillait au cœur. C'est sans doute une conséquence de la bagarre au cabaret l'autre soir. Peut-être vont-ils me demander d'être témoin »

 

 

            -« Tu vois, Ghislain, que nous avons raison, papa et moi de trouver inquiétante ton attitude, ces jours-ci : nous n'allons pas te redire notre mécontentement de te voir fréquenter des cafés de bas étage ; il est grand temps que tu te reprennes avant qu'il ne soit trop tard ! »

 

 

            Enfouissant la convocation au fond d'une poche, Ghislain haussa les épaules et , claquant la porte se retira furieux dans sa chambre. Ni les appels énergiques de Madame Mignolet et de son mari du bas de l'escalier, ni l'intervention ennuyée de Chantal qui vint le relancer jusque dans sa  piaule ne purent le faire revenir sur sa résolution. A onze heures du soir cependant, affâmé, il redescendit discrètement à la cuisine, y englouti quatre grillées au fromage blanc bien salées puis deux œufs sur le plat avant de se mettre au lit.

 

 

            Le lendemain, il se réveilla inquiet sans raison connue. Ce ne fut qu'au bout de trois minutes qu'il se rappela la convocation de la police et tous les ennuis qui pouvaient en résulter. Ghislain n'aimait pas ceux qu'il appelait avec mépris les « flics » et plus souvent encore « les poulets ».

 

 

            Au petit déjeuner, son père lui rappela non sans humour nson souper clandestin avant de lui conseiller d'être poli et coopérant avec les autorités judiciaires « qui protègent la société. » Le jeune étudiant se contenta d'hausser les épaules d'un air méprisant visant soit sa propre famille, soit les flics qu'il allait visiter soit sans doute les deux à la fois.

 

 

            Il pleuvait ce matin-là, une de ces petites averses fines qui vous glacent la peau. Les gens se pressaient pour échapper à cette humidité oppressante.  Arrivé au Palais de Justice, il montra sa convocation et on l'envoya au deuxième étage, à la « section spéciale ». Cette dénomination l'inquiéta.

 

            La secrétaire de Monsieur de Méus lui indiqua d'un vague geste un grossier banc de bois.

 

            A côté de lui, un jeune, vêtu d'un  blue jeans aux cheveux longs était déjà assis ; mal rasé il fumait cigarettes sur cigarettes et semblait à bout de nerfs. Ghislain tenta d'aborder la conversation :

 

            -« On attend longtemps ici ? »

 

            -« Bah, je n'en sais fichtrement rien !

 

            -« A quelle heure, votre rendez-vous ? »

 

            -« 9h 30, il me semble, je m'en fous. »

 

 

            Et le jeune de se retourner ostensiblement pour faire comprendre qu'il ne lui dirait rien de plus.

 

            Au bout d'un temps interminable, une  employée, une vieille demoiselle aussi sèche que ses documents administratifs lui fit signe de le suivre       . Ils traversèrent une antichambre dont les murs et les bureaux étaient couverts de dossiers défraîchis ; arrivés devant une porte matelassée, elle frappa énergiquement à la porte qui s'ouvrit.

 

            Le substitut de Méus était un bel homme d'une trentaine d'années. Son visage sportif et basané, son regard droit et volontaire firent une bonne impression à Ghislain. Il lui tendit la main et l'invita à s'asseoir dans un fauteuil bien plus confortable qu'il l'avait imaginé. Il est vrai qu'ii y avait un abîme entre l'antichambre poussiéreuse et le bureau design du magistrat.

 

 

            -« Vous vous demandez, sans doute, pourquoi je vous ai convoqué ; à vrai dire ce n'est pour l'instant qu'un simple contrôle de routine dont vous ne devez pas vous inquiéter outre mesure. D'abord j'ai une question à vous poser : Connaissez-vous un certain Igor ?

 

 

-     Non - il lui fallait absolument demeurer imperturbable - du moins ce nom ne me dit rien ; Pourquoi devrais-je le connaître.

 

 

-     Monsieur Mign olet, ici c'est moi qui pose les questions. Vous en saurez plus tout à l'heure. Mais n'oubliez pas que si vous mentez, vous serez automatiquement considérés comme suspect.

 

 

-     Suspect de quoi ?

 

 

-     Je vous le redis, vous le saurez en temps en heure ! En attendant, connaissez-vous une certaine Cholenka ou peut-être Cholonka ?

 

 

-     Pas plus, monsieur le substitut, vous savez, je ne suis qu'un simple étudiant en biologie. Je ne m'intéresse  pas spécialement aux pays de l'est et je vous le répète, je ne connais aucun Igor ni Cho… Comment dites-vous encore ?

 

 

-     Cholenka ! Vous m'étonnez beaucoup, monsieur Mignolet et j'espère que ce que vous me dites est vrai. A propos avez-vous entendu parler de la fusillade de Westende ?

 

 

-     Il s'agit de cette affaire de drogue à la Côte, j'ai lu un entrefilet à ce propos dans un journal, mais ne m'en demandez pas plus.

 

 

-     Je ne suis pas sûr que vous soyez si ignorant en la matière. J'ai ici un document qui vous met directement en cause.

 

 

-     - Je ne sais pas du tout de quoi vous parlez, s'écria Ghislain qui se croyait à l'abri de toute surprise désagréable.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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