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Publié par BALCHOY

Il était question des audiences au Palais, d'un scandale immobilier qui mettait en position instable un ministre bruxellois très populaire et des problèmes linguistiques qui venaient de surgir dans quelques petits villages du nord de la province de Liège où l'on parlait entre soi un vague dialectique germanique… bref du très ordinaire.

 

 

            Tournant la page pour trouver les faits divers ainsi que les principales affaires judiciaires du moment, il tomba sur une photo qui fit « tilt » en lui. Pas de doute, ce visage oblong aux traits durs et basanés, c'était son « Igor » de Bruxelles et Middelkerke. Qu'avait-il donc fait pour avoir les honneurs de ce journal pourtant assez avare et discret sur les petites affaires de crapulerie.

 

            La légende sous la photo disait seulement :

 

 

            « Arrestation d'un trafiquant de drogue après la fusillade de Westende qui a fait trois blessés parmi les forces de l'ordre.

 

 

            L'article était plus explicite. Il était question d'une bande de trafiquants de drogues dures dont les ramifications s'étendaient dans le monde entier. Depuis un certain temps un café louche de Westende était activement surveillé par la B.S.R. Celle-ci avait appris qu'un important arrivage en provenance d'Anvers devait transiter par cet établissement.

 

            Elle se manifesta au moment où la drogue pénétra dans le café. Plusieurs personnes tentèrent de s'enfuir par l'arrière dans les dunes. La police ouvrit le feu, les bandits ripostèrent blessant deux inspecteurs tandis qu'Igor Baryshev citoyen français, d'origine soviétique, était arrêté.

 

            Etrange, en dépit de son prénom russe, il n'avait jamais pensé que son agresseur était originaire de l'Est tant son physique faisait « méditerranéen ». Enfin, ça n'avait pas tellement d'importance.

 

            Il ne pouvait pas s'empêcher de rapprocher le joli visage de Cholenka et la sale greule de cet Igor en se demandant bien ce qui avait bien pu les rapprocher même involontairement. A priori il devait être question de drogue même si cette seule idée lui répugnait au plus haut point.

 

            Il n'arrivait pas à chasser de son esprit les mots de Solange qui évoquaient les graves dangers qui la menaçaient ainsi que des innocents. Etait-elle mêlée aussi à cette navrante histoire ? Impossible !

 

            Il entendait encore les paroles de la jeune fille sur la justice et la révolution des faibles. Tout son discours revenait sans la mentionner à une condamnation totale te tout ce qui avilissait le peuple et l'empêchait de prendre en main son destin.

 

            Il se reprocha tout d'un coup son immobilisme depuis un mois ; c'est vrai que Solange lui avait demandé de « laisser tomber », car « il courrait de grands risques à continuer à chercher à la racontrer. » Attendait-elle vraiment de lui ce renoncement ou bien s'était-elle sacrifiée pour ne pas le compromettre ?

 

            Plus il réfléchissait à la lettre de Solange, plus il y décelait comme un second message sous-jacent au premier, un pathétique S.O.S. qu'il n'avait pas compris. Le silence de Cholenka l'étonnait moins, elle lui avait bien dit qu'elle devait s'absenter pendant plusieurs semaines.

 

            De toute façon, toutes deux connaissaient son adresse et pouvaient le contacter ; lui en revanche,  à part l'agence de publicité bruxelloise et peuit-être à travers la taverne lLiégeoise n'avait pas beaucoup d'atouts en son jeu.

 

            Mais l'article de la libre Belgique avait ranimé en lui un feu qui ne s'était jamais éteint. Il n'avait vraiment plus peur de la bande à Igor et de ses menaces d'abord voilées puis explicites.

 

 

            En arrivant à Liège, regonflé à bloc, il se détourna du chemin de l'université. Il avait mieux à faire : tout d'abord téléphoner boulevard Lambermont pour prendre des nouvelles de Cholenka. La jeune secrétaire toujours aussi rapide à décrocher le combiné lui répondit que mademoiselle Cholenka n'avait pas renouvelé son contrat avec l'agence.

 

       « Mais vous avez bien une adresse », s'écria Ghislain.

 

 « Et  bien, pas du tout, monsieur, nous n'avons jamais eu comme lien avec elle   

 

qu'une boîte postale à Bruxelles X, à laquelle elle a renoncé depuis lors. Je ne puuis donc vous aider, excusez-moi. »

 

 

Ghislain n'avait plus qu'à raccrocher.

 

            Restait la piste de la fameuse taverne où Richard s'était rendu. Il se rappela brusquement qu'il aurait du rappeler la direction à 16 heures le jour où il s'était rendu à la mer. Dans le feu de l'action il  l'avait complètement oublié. Aujourd'hui il lui fallait réparer cet oubli.

 

 

           

 

            Il marchait à présent d'un pas décidé ; une pluie fine, la pire de toutes, n'arrivait pas à affaiblir sa détermination de tirer au clair la vraie nature de ce mystérieux cercle auquel Richard participait et peut-être aussi Solange.

 

                               

 

Le café était bondé à son arrivée ; il décida de se mêler en observateur aux simples clients.

 

            Les garçons virevoltaient autour de lui emportant des commandes ou apportant des plateaux remplis de verres et bouteilles de toutes couleurs et grandeurs. Il avait beau faire des signes désespérés, manifestement on l'ignorait superbement.

 

            Au bout d'une bonne demi-heure, il en eut marre et accrocha un garçon par le revers de la veste, mais ce dernier se dégagea d'un coup sec sans lui dire un mot.

 

            Vexé, Ghislain se rendit au comptoir et, tout en se plaignant de la lenteur du service, réclama une limonade.

 

      « Vous n'avez pas encore compris, monsieur, vous n'êtres pas le bienvenu ici.  Nous nous connaissons, n'est-ce pas ! Vous n'êtes qu'un sale fouineur. Nous n'avons rien à vous dire, encore moins à vous montrer, à moins que vous ne vouliez renouveler une expérience récente que vous avez vécue à l'autre bout de la Belgique. »

 

 

      « Savez-vous, Monsieur, que je pourrais me plaindre devant la justice, d'abord

 

parce que vous refusez de ma servir, ce qui est illégal, ensuite parce que vous me menacez. Je sais ce qui s'est passé à Westende et j'en connais qui seraient heureux de mettre leur nez dans vos misérables combines… »

 

 

            Ghislain n'eut pas le temps de conclure. Le barman le prit violemment par les épaules et devant les regards médusés des clients le traîna dehors sans ménagement. En même temps il cria d'une voix forte pour se justifier sans doute.

 

« Dehors, il n'y a pas de place ici pour les ivrognes dans ton genre. »

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

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