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Publié par BALCHOY

RIEN NE VA PLUS, TRES BIEN, MERCI

Voici un film que je ne suis pas près d’oublier, les excellents articles publiés dans le supplément culturel du SOIR du 18 juillet m’avaient donné l’eau à la bouche et je n’ai pas été déçu.

C’est sûrement le film le plus « Kafkaïen » que j’ai visionné depuis belle lurette.

L’histoire est simple, un homme bien inséré socialement, bien marié à une femme ravissante par deux fois entre en contradiction avec le pouvoir établi, la première fois en fumant dans le métro ce qui lui vaut une amende qu’il finit difficilement par accepter après un instant de révolte.

La seconde fois beaucoup plus grave parce qu’elle va le briser dans sa vie professionnelle et même en danger son intégrité physique. Assistant à un « banal » contrôle d’identité, d’ailleurs sans violence, il s’obstine à observer les policiers en action en déclenchant rapidement chez eux une fureur qui le mène au bureau de police.  Comme il n’accepte pas cette situation qu’il juge à bon droit injuste, il est vite considéré comme agité et envoyé dans un hôpital psychiatrique grâce à une signature extorquée de mauvaise foi à son épouse par des policiers peu regardant au droit individuel. Il y vit un mois qui peu à peu mine sa confiance en lui et sa certitude d’avoir raison, tandis que sa femme fait d’innombrables démarches pour l’en tirer. Bien entendu, il perd son emploi dans l’affaire, son patron étant semble-t-il en recherche d’éléments à liquider coûte que coûte pour assainir son entreprise.

Plusieurs scènes sont vraiment cauchemardesques, en particulier celle du contrôle d’identité ou plutôt du refus des policiers de se laisser observer dans ce « sale boulot », la grossièreté assortie d’un tutoiement humiliant se tourne vite en brutalité inacceptable. Mais les services de santé qui ont pour but de vérifier si ce « patient » qui proteste de sa bonne santé mentale et qui d’ailleurs veut porter plainte contre a police, sont en dessous de tout et notre homme est embarqué pour un hôpital psychiatrique ou à coup de neuroleptiques et autres médications du genre  on le rend en quelque sorte vraiment malade psychiquement. Médecins et infirmières vrais sosies de l’allumeur de réverbère du petit prince n’ont aucun esprit critique devant les rapports falsifiés des policiers. S’il est arrivé dans cet hôpital, c’est sûrement pour des raisons valables. Les démarches de son épouse pour le tirer de là sont bien entendu aussi si pas plus kafkaïennes que les siennes.

Au bout d’un mois il se retrouve très diminué en confiance de soi et privé d’emploi dans la lente reconquête de sa reconnaissance sociale. Suite à cela il « rate » tous ses entretiens d’ébauche et sombre peu à peu dans l’alcoolisme. De plus en plus il se met en doute et n’est même plus capable de juger lucidement de l’enchaînement d’injustices qui ont brisé sa vie.

Jusqu’au jour où un ancien collègue lui propose de repartir à zéro à l’aide de faux papiers et diplômes capables de séduire un directeur d’entreprise. Comme le dit l’article de Nicolas Crousse « Puisque la vérité ne paie pas pour s’en sortir, il faut tricher et ruser. ». Ainsi le film s’achève sur un éloge « plus désespéré que cynique » du mensonge qui semble marcher puisque notre héros, cadre moyen se fait embaucher à coup de faux comme directeur commercial. Pour reprendre contact avec cette société qui l’a brisé par ses ukases ubuesques, il faut la prendre à revers, la tromper et CA MARCHE apparemment puisque le film s’achève sur la sortie respectée du nouveau directeur au soir de sa première journée de travail.

 

 

 

Emmanuel Cuau, la réalisatrice de ce film a elle-même assisté à un pareil contrôle d’identité. Allant plus loin que son héros littéraire elle a protesté et a déposé plaine contre la police et découvert ce que tant d’innocents découvrent parfois c’est que la police étant assermenté et surtout très solidaire, c’est très souvent elle qui a raison devant la justice même si c’est à tort.

L’auteur du film « en colère » n’hésite pas à mettre en cause la politique policière de Sarkozy autour d’une sorte d’Etat flic qui pipe les relations entre police et simple citoyen. Elle est entre autres scandalisée et séduire à regret par les talents incomparables du Ministre de l’ex-ministre de l’intérieur devenu Président. Il faut dire quand on découvre les ralliements suspects de Kouchner, Eric Besson, Jacques Lang, Doc Gynéco, Claude Lanzman, Max Gallo, André Glucksman qui cautionnent ainsi, qu’ils le veuillent ou non l’état policier mis en place depuis cinq ans, il y a de quoi être inquiet et angoissé de l’avenir de la France démocratique. Vu sous cet angle ce film me semble très lucide. J’ose espérer que son équivoque « happy end » - réussir en trichant même s’il le faut face à un état qui broie subtilement ceux qui ne composent pas avec lui – ne sera pas le dernier mot d’une résistance démocratique qui doit mettre à nu la perversité sociale du Sarkosysme vraie menace à moyen et long terme pour la vie démocratique.

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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