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Publié par BALCHOY

Il trouva enfin le numéro de l'ambassade qui, au dire de monsieur Bernard, couvrait en quelque sorte la jeune mannequin. Il appela et on le renvoya à un autre organisme de coordination des artistes, puis à un troisième numéro qui en fin de compte voulut le renvoyer à son point de départ, l'ambassade. Bref, beaucoup d'appels pour un résultat nul. Deux fois pourtant, on lui avait demandé ses coordonnées, pour pouvoir le rappeler ultérieurement. Devenu méfiant, Ghislain s'empressa de leur communiquer une identité bidon.

 

 

 

 

            En quittant, relativement optimistes les R.T.T., Ghislain retourna chez lui pour y attendre le coup de fil hypothétique de Solange ou ; il allait devoir expliquer son retour anticipé à la maison et chercha tout au long du voyage une excuse plausible capable d'apaiiser les inquiétudes de sa mère toujours sur le qui-vive lorsqu'il s'agissait de ses études. Il était presque dix heures. Il dirait qu'un copain l'avait averti à la gare qu'une grève venait d'éclater en sa faculté à cause de la sévérité excessive d'un professeur.

 

 

            Chez lui, il n'y avait personne, son père était au bureau  et sa mère, sans doute, à une de ses innombrables réunions de femmes chrétiennes de Saint Paul ou de Saint Jacques qui l'agaçaient au plus haut point.

 

 

            Il se réfugia en sa chambre, tout en laissant la porte ouverte pour entendre le téléphone. Chaque fois que ce qu'il appelait comme son père l le « moulin à café » se faisait entendre, il descendait quatre à quatre les escaliers pour se faire entendre que le steak commandé par Madame Mignolet serait livré dans le courant de l'après-midi ou que la baronne de Durempain serait heureuse de recevoir Monsieur et Madame Mignolet pour une partie de Bridge samedi soir.

 

 

Le repas de midi pris avec sa mère fut sans histoire. Elle lui raconta au long et en détail sa réunion ; il regagna ensuite sa chambre, prit un Maigret dans sa bibliothèque ; se laissant tomber sur son lit, il se plongea dans une enquête qui, bien que située à Paris, lui semblait sortir toute droite de la Cité ardente. Au bout de quelques minutes, le roman roula sur le sol et le garçon s'endormit.

 

 

      Brusquement le garçon fut réveillé par la voie aiguë de sa mère.

 

 

« Ghislain, le téléphone, c'est urgent ! »

 

 

 

 

Il ne lui fallut qu'une seconde pour bondir de son lit et descendre vers le téléphone situé dans un coin du bureau paternel. Madame Mignolet lui tendit le cornet :

 

 

 

 

      « C'est, je crois une de tes amies étudiantes »

 

 

Prenant fermement le combiné :

 

 

 

 

            « Laisse-moi, maman, je me débrouillerai bien tout seul. »

 

 

            Tandis que Madame Mignolet s'en allait à regret, Ghislain interrogea :

 

 

 

 

            « Allô, qui est à l'appareil ? »

 

 

            Il frissonna en entendant la voix de son interlocutrice tant elle lui rappelait celle de Solange en un sens, tant aussi elle s'en différenciait par son accent slave mis en évidence.

 

 

 

 

-Excusez-moi, monsieur de vous déranger, mais il paraît que vous me cherchez. Je serais ravie de vous rencontrer, car vous m'êtes très sympathique et je pense que vous pourriez  peut-être m'aider. »

 

 

 

 

-« Oui, je serais heureux de vous rencontrer le plus vite possible, donnez-moi, s'il vous plait, un lei de rendez-vous. »

 

 

 

 

--« Ecoutez, aujourd'hui, c'est un peu difficile, vous connaissez Middelkerque près d'Ostende. J'y serai ce soir et nous pourrions nous rencontrer pour un moment, disons à 19H30 devant le Kursaaal. Je sais que c'est un trajet important pour vous mais.. Je dois m'absenter pendant plusieurs jours sinon plusieurs semaines…. Mais tais-toi, Igor, laisse moi téléphoner en paix.. J'appelle seulement un vieil ami, excusez-moi, Monsieur Mignolet. »

 

 

 

 

-« Je serai à votre rendez-vous, merci, vous être une chic fille, vous ne regretterez pas de m'avoir fait confiance »

 

 

 

 

-« Si jamais vous ne me trouviez pas devant le Kursaal, vous pourriez me retrouver à la pension de … Arrête, Igor, tu me fais mal… Excusez-moi à la pension de AK… »

 

 

 

 

La communication fut brutalement coupée. Manifestement Cholenka avait des problèmes sérieux.

 

 

 

 

 

 

Plus tard, au guichet on lui dit que le prochain train pour Ostende partait dans vingt minutes, il fallait changer à Bruxelles où il avait une correspondance difficile : juste trois minutes. S'il l'obtenait, il serait à Ostende vers 18h, il devait alors prendre le tram du littoral pour atteindre Middelkerque.

 

 

            Jamais voyage ne lui parut aussi long ; il n'avait ni livre ni journal pour échapper à l'emprise et à la nervosité de l'attente. A Bruxelles, son tain avait, bien entendu, cinq minutes de retard et il rata sa correspondance. En retard au rendez-vous, verrait-il encore la jeune fille ? Qui était ce mystérieux compagnon dont elle semblait avoir si peur ?

 

 

            La matinée avait été ensoleillée mais le ciel était devenu peu à peu gris en même temps qu'un vent violent se levait.

 

 

            Il était  sept heures deux lorsque le train s'arrêta en gare d'Ostende. Sans perdre une seconde, il se pressa vers l'arrêt du célèbre tramway qui relie Knokke à La Panne en passant par toutes les stations balnéaires de la côte belge. Le tram venait d'y arriver : il eut juste le temps de s'y hisser.

 

 

            D'Ostende à Middelkerke, il y a environ huit kilomètres ; dès que le tramway eut quitté la ville et ses faubourgs, il longea la mer tandis que sur sa gauche des dunes sablonneuses s'étendaient à perdre de vue. Le spectacle en valait la peine. Le ciel était gris, le vent soufflant en rafale projetait du sable sur la route et les rails.

 

 

            Bientôt des silhouettes d'immeubles importants barrèrent l'horizon ; le tramway longea un horrible mastodonte, le Carlton et s'engagea dans les rues animées de Middelkerke.

 

 

           

Yan Balchoy

balchoy@belgacom.netv

 

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