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Publié par BALCHOY

Il se trouvait dans une vieille place sombre éclairée timidement par un réverbère à gaz. Cholenka, appuyée contre un e gigantesque affiche lui tendait en souriant un pot de yaourt. Elle portait une robe ultra courte qui révélait plutôt ce qu'elle était censée cacher. Elle tira de son corsage une cuillère, l'enfonça dans la crème onctueuse et la tendit vers sa bouche. Ce simple geste suffit à faire tomber son si mince vêtement et elle se trouva nue devant lui. Mange, lui dit-elle, c'est excellent pour la forme. Ghislain ouvrit la bouche et elle le nourrit comme un petit enfant ; le yaourt avait un goût de framboise qui le ravit. Il admirait le merveilleux délié de ce corps qu'il avait si souvent imaginé ; la jeune femme avait à présent laissé tomber pot et cuillère, elle se lova dans ses bras et lui tendit amoureusement les lèvres. Comment résister à une telle séduction ?

 

            Le garçon tendit à son tout maladroitement sa bouche vers les lèvres vermeilles de sa compagne.

 

            Brusquement un flot de lumière les éblouit de toutes parts, une foule de passants les regardait d'un air sévère en silence tandis qu'un carillon de cloches au son disgracieux lui cassait les oreilles.

 

            Furieux l'étudiant ouvrit les yeux et envoya à l'autre bout de la pièce le réveil qui venait de mettre fin à son beau rêve tout en le ramenant à la dire réalité. Il était sept heures.

 

            Ce matin-là, il n'avait pas de cours à Liège avant 10 heures trente. Il prit donc le temps de savourer ses grillées au fromage blanc. Son père déjeunait en même temps  ; il lui posa quelques questions sur ses études ; Ghislainlui répondit sommairement, juste le strict minimum, tout en continuant son monologue intérieur que rien ni personne ne pouvait vraiment briser.

 

 

            A la fin du repas, la servante apporta à Monsieur Mignet le courrier du jour, un journal sous bande, quelques factures ainsi que deux lettres : « tiens, peux-tu remettre cette lettre à ta sœur, et celle-ci est pour toi.

 

Qui pouvait bien lui écrire ? Monsieur Bernard de l'Agence, non, l'enveloppe utilisée n'avait rien de commercial. L'écriture de l'adresse rédigée à l'encre violette semblait féminine. Elle était curieusement rédigée

 

            « Pour MIGNOLET Gh

 

        en ville »

 

et ne comportait ni timbre ni cachet postal.

 

            Faisant l'indifférent, le jeune universitaire glissa la lettre dans la poche de sa veste et posément regagna sa chambre. Il s'y enferma à double tout avant d'ouvrir, de déchirer plutôt l'enveloppe : à l'intérieur quelques lignes d'une petite écriture, différente de celle de l'enveloppe, mais féminine sûrement également.

 

 

                        « Monsieur et ami,

 

                    Nous nous sommes rencontrés, il y a peu, lors d'évènements tragiques ; je ne puis vous

 

                    Cacher que ce qui s'est passé entre nous me laisse au cœur un souvenir ému.

 

                     Je sais que vous cherchez à me revoir, je vous en prie, pour l'amour de Dieu, renoncez

 

                     A votre projet ; un grand danger pèserait sur vous, sur moi et sans doute sur une

 

                     Multitude d'innocents. Je ne puis malheureusement vous en dire plus.

 

                     C'EST UNE QUESTION DE VIE ET DE MORT !

 

                     Pardonnez-moi, j'aurais tant aimé vous revoir,

 

                     Adieu, ami de mon cœur

 

 

                                                                                                      Solange

 

 

 

Ghislain relisait pour la vingtième fois peut-être la petite feuille de papier, il la porta à ses lèvres. Loin de le pousser à l'abandon, comme le lui suggérait la jeune fille, il était plus décidé que jamais à poursuivre ses recherches certes pour retrouver Solange mais surtout pour la sauver.

 

Il avait autre chose à faire aujourd'hui que d'écouter un quasi-vieillard lui exposer des théories sur l'économie libérale.

 

Il nota sur un bout de papier les démarches qu'il se proposait de faire ce jour-là.

 

 

-Téléphoner à Liège avec prudence et discrétion.

 

-Téléphoner à l'agence : demander à M. Bernard s'il est possible de contacter les « employeurs » de Solange dans les pays de l'Est.

 

 

Dégoûté des cabines de téléphone qui marchaient correctement une fois sur trois., il irait au R.T.T.. Le bureau principal était à un pas de la gare, non loin de la rue Léopold.

 

            L'après-midi, il retournerait peut-être à Bruxelles, au quartier de la Porte de Namur pour y continuer ses recherches à  partir de l'endroit où Solange avait disparu. Après il verrait …

 

 

            Pour gagner les R.T.T., il reprit le chemin de la Station ; une légère brume flottait dans l'air, égayée par les pépiements joyeux des oiseaux ; il avait envie de les imiter et son sourire était si vif que des passants se retournaient à son passage, l'air amusé. La place de la gare qu'il devait traverser était noire d'une foule hétéroclite où étudiants, chargés de mallettes de toutes formes, matières et couleurs, de ménagères affublées de paniers à provision aussi divers que leurs propriétaires, de militants bruyants en permission, se croisaient en tous sens.

 

            Le bâtiment des télécommunications ne brillait pas par son élégance. Ghislain dut d'y reprendre à deux fois pour pousser la lourde porte grillagée qui le conduisit à une grande salle sombre aux murs tapissés de cabines téléphoniques. Derrière des guichets aussi gris que leurs uniformes, deux employés compulsaient de lourds registres tandis qu'un troisième répondait calmement aux demandes des nombreux usagers qui faisaient la file devant son guichet.

 

            Heureusement, il lui suffisait d'aller consulter la pile des bottins qui l'attendait, joliment rangée sur un bureau le long d'une fenêtre.

 

            Le bottin de Liège portait le numéro six ; il dut consulter les pages d'or qui n'avaient de précieux que leur nom tant la recherche d'un renseignement y était compliquée.

 

            Relisant pour la troisième fois la liste des cafés de Liège, il allait renoncer découragé quand enfin il découvrit sa taverne entre deux publicités qui la masquaient : il nota vote l'adresse sur le petit carnet qu'il avait emporté et se dirigea vers une cabine vide, quelques pièces de cinq francs à la main.

 

            Il était si nerveux qu'il dut se reprendre à quatre fois pour composer correctement le numéro ; la sonnerie à l'autre bout du fil se fit entendre une fois, deux fois… sept fois ; allaient-ils enfin décrocher ? C'était énervant à la fin !

 

            Ce ne fut qu'au douzième coup qu'un déclic se produisit et une voix fatiguée s'écria : « Allo, vous désirez ? »

 

            -« Pouvez-vous me passer la Direction, s'il vous plait ? »

 

-« Il n'y a personne à présent, pouvez-vous rappeler après 16 heures. »

 

 

            -« J'ai appris par un copain qu'un cercle de pacifistes se réunissait régulièrement chez vous et je voudrais les contacter. »

 

            -« Première nouvelle, je ne connais chez nous qu'un club de basket étudiant et un autre de manille. On vous a sans doute mal renseigné, monsieur. Donnez-moi quand-même votre adresse à tout hasard, peut-être le gérant pourra-t-il vous aider. Il a beaucoup de relations,vous savez. »

 

            -« Je préfère rappeler tout à l'heure, si vous voulez bien. »

 

            -Comme vous voudrez, Monsieur,  mais pouvez-vous me dire qui vous a parlé de ce cercle ? »

 

 

            Ghislain hésita à répondre, à tout hasard il risqua :

 

            -« un camarade d'unif, il s'appelle Richard. »

 

            -« Merci, Monsieur, vous pouvez rappeler à partir de 16 heures. »

 

 

            Ghislain raccrocha le combiné à regret, ce coup de fil ne lui avait pas rapporté grand chose. Restait la piste bruxelloise, la plus sérieuse certainement.

 

            A l'Agence de Publicité, la sonnerie ne se fit entendre qu'une seule fois et la voix énergique de la jeune standardiste l'interpella :

 

 

            -« Allô !, Agence de publicité Gévisdi, que désirez-vous ? »

 

            -« Bonjour Mademoiselle,, nous nous sommes vus hier, je m'appelle Ghislain Mignolet, j'ai été reçu hier par monsieur Bernard et, en vous quittant, je vous ai parlé d'une amie d'enfance que je croyais avoir rencontrée parmi vos mannequins, mais je n'ai pas réussi à la joindre. Je me demande aujourd'hui si elle ne va pas revenir chez vous prochainement ; je serais heureux de l'avoir au téléphone, si elle accepte bien entendu.

 

 

            -« C'est un peu délicat, monsieur, ce que vous me demandez. Nous n'aimons pas, vous devez bien le comprendre, servir d'intermédiaires entre nos jeunes filles et de possibles amoureux. Vous m'avez parus sympa, si vous me promettez de ne pas l'importuner, je lui dirai un mot à son prochain passage, si je ne me trompe pas, elle doit passer vers midi pour toucher un cachet. »

 

 

            -« Je vous remercie, mademoiselle, dites-lui simplement que son vis à vis du train voudrait lui parler. Je crois qu'elle comprendra parfaitement mon allusion. »

 

 

            -« Entendu, rappelez-moi, je vous prie, le nom de votre amie, car je ne me souviens pas que vous me l'ayez désignée. »

 

            -« Son prénom est Sholenka »

 

 

            -« Tiens, vous l'auriez connue jeune, c'est étrange, car le la croyais étrangère. Enfin, à son prochain passage je ne manquerai pas de lui passer la commission. Je crois que nous avons votre numéro de téléphone. »

 

 

            -« Je l'ai transmis à monsieur Bernard, vous n'avez qu'à lui demander. »

 

 

            -« Entendu, monsieur Mignolet, je ferai tout mon possible, bonne chance ! »

 

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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