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Publié par BALCHOY

)  A l’idéal détruit, il ne substitue que la « plate réalité ». Loin de concourir à l’épanouissement de la personne humaine, il l’individualise au point de la réduire à une simple unité ethnographique. La liberté, si célébrée dans les milieux socialistes s’y révèle aussi illusoire en fin de compte que dans le courrant idéaliste. Faute de valeurs supérieures, elle devient une force vaine qui ne peut se manifester que par la négation et la destruction. (55) En outre  si les Bielinsky, Petrachevsky, Dourov…

 

s’accordent à réclamer une liberté qu’ils identifient à la suppression de tous les privilèges de la société aristocratique, ils sont incapables de la définir positivement. Ne reconnaissant d’autre critère que la raison ou la science, ils se trouvent acculés à nier la réalité du libre-choix. La loi naturelle de la conservation universelle, appliquée indûment à ma totalité du comportement personnel, entraîne au plan social le rejet de toute responsabilité au nom de la philosophie du milieu et, au plan éthique, l’affirmation de la loi d’égoïsme en lieu et place de la loi d’amour du Christ. Dès lors la personne humaine n’est plus qu’un numéro sans importance au service de l’organisme social.(56)

 

 

         L’Idéalisme était incapable de renverser « la muraille de pierre » d’une réalité qui en contredit les données (57) Quant au socialisme, il ne pourrait donner naissance qu’à l’ inhumain « Palais de cristal » dominé par la raison impersonnelle ou à la gigantesque « fourmilière » dans laquelle l’individu serait écrasé. (58)Ainsi aussi bien l’idéalisme que le socialisme rationaliste ou scientifique aboutissent à la négation de la liberté.

 

 

         Si Dostoïevski, comme il le reconnaît lui-même dans le « Journal d’un écrivain », fut initié par Bielinsky à l’immoralité des institutions les plus saintes de la société moderne, la religion, la famille et le droit de propriété,(59) ce fut sûrement à contre cœur (60) En particulier il ne put jamais se faire à la sévère mise en accusation de la personne du Christ qui était le fait de Bielinsky. Plus tard, il rappelle la souffrance et l’indignation que lui causaient les blasphèmes du célèbre critique :

 

 

         « Je ne considère pas Dostoïevski avec étonnement, dit tout à coup      Bielinsky, Chaque fois que je fais allusion au Christ, sa physionomie change, comme s’il avait envie de pleurer. »

 

 

TT               Trente ans après les évènements, Dostoïevski n’a rien oublié de son  ancien ressentiment : « Bielinsky, je l’ai connu de près. Cet homme a injurié le Christ en ma présence avec des mots orduriers, sans avoir jamais été capable de se confronter avec lui. En insultant le Christ, jamais il ne s’est demandé « Qui mettrons-nous à sa place ? »(61)

 

         Jésus reste toujours à ses yeux l’idéal merveilleux et inimitable.       En             revanche Dieu ne semble jamais relever d’une évidence aussi immédiate. Il demeure celui que nous a révélé Jésus. L’incroyance du romancier à son époque « socialiste », s’explique plus particulièrement par ses difficultés à reconnaître la divinité du Christ. La théologie dostoïevskienne est toujours en dépendance directe de sa Christologie ; elle ne redeviendra vivante que le jour où le romancier redécouvrira dans la personne de Jésus le Verbe de Dieu fait chair. Un certain temps il demeura paralysé entre le refus d’un athéisme qui lui fait peur et l’incapacité à accepter pleinement la foi chrétienne. Ce dualisme intérieur se transcrit curieusement dans son agir. Un ami intime de l’écrivain, le docteur Yanouvski note qu’au cours des deux années (1848-1849) qui précédèrent sa future arrestation, Dostoïevski, sans rompre avec les révolutionnaires Petrachevskiens, proclame hautement son amour pour le Christ ; il reprend la pratique religieuse, on le voit communier en toute liberté ; mais ca ne l’empêche pas de lire lors d’une réunion, la célèbre lettre de Bielinsky à Gogol, violemment anticléricale et antigouvernementale. (62)Cette lecture lui est fatale. Quelques semaines plus tard, le 22 avril 1849, Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, ingénieur en retraite, est arrêté. Le 22 décembre de la même année a lieu sur la place Semeïnovski la fameuse parodie d’exécution racontée par le prince Mychkine dans « L’Idiot » (62) Devant la mort, l’attitude du jeune « conspirateur » socialiste semble s’inspirer d’un certain panthéiste, assez éloigné de la foi chrétienne. (63)

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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