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Publié par BALCHOY

Il devait y avoir une explication. S'agissait-il d'une simple ressemblance ? Mais rien qu'en formulant cette hypothèse, tout e lu la rejetait en son fors intérieur. Mais oui, il s'agissait sans doute d'une photo ancienne et donc d'une autre Solange n'ayant rien à faire avec  jeune idéaliste qu'il venait de rencontrer ?

 

 

Mais comment expliquer alors ce pot de yoghourt, dernier produit de la firme Dunone en ses mains ? Plus il réfléchissait, plus le mystère de Solange lui paraissait compliqué pour ne pas dire insoluble. Il eut envie un instant, de tout laisser tomber, mais vite il se reprit.

 

            L'affiche était signée de l'Agence Gurinvi, 116 boulevard du Lambermont à Bruxelles. Et bien, il allait téléphoner - non, on refuserait sûrement de lui répondre - demain il prendrait le train de Bruxelles pour en avoir le cœur net.

 

            Qui était la vraie Solange ? La merveilleuse inconnue du train ou l'équivoque mannequin de l'affiche ? Comment relier ces deux personnalités apparemment si inconciliables ?

 

            A vrai dire étaient-elles si opposées ces deux visages de femme ? D'abord que connaissait-il d'elles ? Un regard attendri entrevu dans un train, une affiche ? Autant dire pas grand chose, sinon quelques sensations troubles probablement idéalisées d'une part et pour cette raison scandalisées par ailleurs.

 

            La piste de Solange à travers ses amis « révolutionnaires » n'avait pas donné grand chose jusqu'à présent. Peut-être aurait-il plus de succès en recherchant l'Agence de publicité responsable de cette affiche qui ne l'aurait sans doute pas choquée si le modèle n'avait rien eu à voir avec la belle inconnue du train. Demain il ferait une fois de plus l'école buissonnière et irait discrètement voir de plus près cette agence bruxelloise.

 

            Le lendemain, Ghislain tout excité gagna la gare à grand pas saccadés. Un de ses copains étudiants le hâla en route pour l'accompagner à l'université et il eut bien de la peine à s'en débarrasser. Parvenu au train semi-direct pour la capitale, il se laissa lourdement chuter sur un des rares sièges vacants, section fumeurs, car le reste de la voiture était bondé ; autour de lui, toujours de même navetteurs bruyants et bavards sortaient leur jeu de cartes ou leurs dés quand ils ne discutaient pas avec passion  des matchs de foot de la veille.

 

            Ottignies déjà ! Encore Une petite demi-heure et il serait arrivé. Il consulta attentivement le plan urbain et les trajets de tram qui le conduiraient boulevard du Lambermont. Assez facile apparemment. Une fois sur place, il lui resterait le plus difficile. Comment s'assurer de l'identité de Solange, voire de son adresse sans éveiller aucune suspicion chez ses interlocuteurs. Ses avatars liégeois l'incitaient à la prudence. Comment allait-il procéder ?

 

            Trois quarts d'heures plus tard, longeant le Parc Josafat, il descendait un boulevard boisé tentant de déchiffrer les numéros sur les façades des maisons de maître. Un restaurant, semble-t-il Italien avec un énorme 126 à côté de son enseigne lui apprit qu'il était arrivé. Sur le trottoir, il n'eut qu'à remonter quelques mètres pour se trouver en face d'un édifice ultramoderne, précédé d'une pelouse impeccable au milieu de laquelle cloué méchamment sur un bouleau assez imposant un écriteau  indiquait « Agence Gurinvi » Modèles et stylistes en rouge vif.

 

            L'entrée toute vitrée était assez imposante comme le gardien élégant qui semblait là autant pour accueillir que pour filtrer les visiteurs. Pour s'en débarrasser Ghislain se présenta comme un assistant en communication de l'université de Liège devant présenter un mémoire sur la  communication sur la voie publique. Manifestement ses propos dépassaient le niveau intellectuel du cerbère qui s'empressa de le faire entrer dans le vaste hall luxueux et de l'adresser à la secrétaire du hall d'accueil. Derrière un vaste bureau circulaire, entouré d'une petite centrale téléphonique, une jeune femme brune vêtue d'un petit chapeau sur lequel était gravé en jaune cette fois le mot GURINI. Elle était pour l'instant en conversation animée avec un jeune homme d'une vingtaine d'années qui semblait bien davantage la draguer gentiment que de lui demander un rendez-vous ou d'offrir ses services à l'entreprise. Un fauteuil confortable, en face d'une petite table couverte de revues à la mode lui sembla le meilleur moyen de cacher son impatience tandis qu'il peaufinait ses arguments pour arriver à ses fins. Au bout d'un bon quart d'heures, un coup de fil interrompit le dialogue amical, le jeune homme quitta la secrétaire avec un grand geste d'adieu. Curieux Ghislain tenta de suivre la conversation de la jeune femme, il fut d'abord question de l'envoi du courrier avant une heure déterminée, de photocopies à faire pour le lendemain puis manifestement son interlocuteur, qu'elle appelait avec déférence, Monsieur Bernard, dut s'enquérir de la présence ou non de personnes en attente et elle répondit non sans jeter un coup d'œil curieux en sa direction : « Pour le moment, il n'y a qu'un jeune homme, genre étudiant, et je n'ai pu encore lui demander la raison de sa visite. Après un bref échange dont il ne saisit rien, elle raccrocha et lui fit signe de s'approcher.

 

           

 

            Ghislain se leva en rassemblant intérieurement toutes ses idées : « Bonjour Mademoiselle, Je fais pour l'instant une étude sur la communication par affiches, en ville ou sur routes et j'ai été très   impressionné par votre dernière production sur le yoghourt Dunone.     

 

 J'aimerais rencontrer tout à la fois le concepteur ou la conceptrice de l'affiche et puis évidemment la jeune personne qui y figure ainsi que l'une ou l'autre de ses collègues modèles. »

 

-Bonjour Monsieur, qui dois-je annoncer à Monsieur Bernard qui, je crois, est la personne a plu à même de répondre à votre attente. Patientez quelques minute, il vous recevra ans un petit quart d'heure. »

 

 

            Sur ce, Ghislain souriant à la jeune femme retourna à son fauteuil et se plongea  dans le dernier Paris Match qui s'ouvrait sur de dramatiques photos de la guerre du Vietnam. Tout en s'indignant intérieurement sur le malheur des populations civiles bombardées à outrance par les bombardiers Us, Le jeune étudiant ne pouvait s'empêcher d'anticiper sa conversation à venir pour la rendre la plus convaincante possible   

 

Il ne fallait pas que son interlocuteur se doute de son vrai dessein, contacter à titre personnel la jeune styliste. Il lui fallait donc argumenter correctement un intérêt pour la communication par affiches dont il n'avait que faire.

 

            Comme le temps passe lentement quand on attend. Le quart d'heure annoncé durait déjà depuis plus de vingt cinq minutes, quand la sonnerie du téléphone de la secrétaire vint rompre le silence un peu pesant de cette fin de matinée. Souriante la jeune fille lui fit signe : « Monsieur Bernard vous attend à l'instant, je vais vous conduire à son bureau. »

 

 

Soudain un joyeux charivari  rompit le silence un peu pesant du hall. Un groupe de jeune fille, joliment bigarrées venait de franchir la grande porte intérieure ; elles se regroupèrent à l'autre extrémité du hall non sans faire de nombreux gestes d'amitié à la secrétaire. Au milieu d'elle, Solange habillée très sages d'un tee-shirt blanc et d'un pantalon vert pâle babillait avec ses compagnes quand soudain elle s'arrête et fixa des yeux Ghislain qui se levait de son fauteuil. Manifestement  elle était très étonnée, pour ne pas dire plus de le trouver en ces lieux ce jeune homme qui manifestement ne lui était pas inconnu. Elle lui adressa un petit sourire mi-attristé, mi-complice et d'un geste de la main lui fit comprendre qu'elle ne pouvait pour l'instant lui parler. Ghislain brûlait d'envie de s'approcher d'elle, mais déjà la secrétaire l'invitait fermement à la suivre pour rencontrer le responsable de la publicité. La mort dans l'âme et décidé à abréger au maximum un entretien devenu presque inutile, il  suivit la jeune fille  avec qui  il traversa toute une série de couloirs, monta un escalier de marbre, pour se retrouver finalement en un couloir luxueux et aboutir devant une porte lambrissée sur laquelle était gravé en grosses lettres dorées : « Direction de la Publicité : LUC BERNARD. »

 

Le bureau correspondait exactement à l'image qu'il se faisait de ce type de personnage. Posters et graphiques  tenaient lieu de papier peint sur les murs. Le rangement du bureau frisait la maniaquerie.

 

Lui désignant un fauteuil en cuir raffiné, le publiciste lui tendit un paquet de « Gauloises ».

 

-« Vous fumez ?, Non, vous avez raison, mais, voyez, c'est pour moi un besoin incoercible qui me donne de l'inspiration et des idées neuves. »

 

Tout de suite, Ghislain ressentit une antipathie profonde pour son interlocuteur sans savoir si ce sentiment venait de son rôle involontaire de « casse pied » ou bien du ton emphatique

 

 et sûr de lui de sa conversation.

 

-« Vous êtes étudiant à l'université de Liège, paraît-il, vous connaissez sûrement le professeur Matongrin avec qui j'ai autrefois préparé un mémoire qui m'a valu la plus grande distinction. »

 

Ghislain avait horreur de ce Matongrin, un vieil hibou déplumé raseur et soporifique comme pas un

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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