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Publié par BALCHOY

Voici enfin exprimée la grande ambition de Dostoïevski. Jamais elle ne l'abandonnera, car toujours il gardera la certitude plus viscérale qu'intellectuelle qu'il est possible d'apprendre ce que signifie l'homme et la vie. (25)

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré toutes les apparences, « il y a tant de grand et de sacré, de pur… en ce monde » (26) Fédor Mikhaïlovitch refusera toujours de donner son adhésion à une doctrine inconciliable avec son optimisme foncier face à la condition humaine. Mais d'autres influences vont s'exercer sur le jeune homme devenu étudiant à l'école militaire, celle du libéralisme occidental et des milieux slavophiles, deux idéologies violemment antagonistes en Russie à cette époque.

 

 

 

 

Durant ses études, le futur romancier entre en contact avec les milieux libéraux. En cette première moitié du XIX ème siècle, le patrimoine spirituel et religieux de la Russie est contesté. L'Idéalisme allemand jouit d'un crédit considérable dans les milieux intellectuels de St Pétersbourg et de Moscou. Après la Natuurphilosophie de Shelling, qui fut à la mode dans les années « quarante » (27), le système Hégélien connaît un grand succès (28)

 

 

 

 

 

 

 

 

La Russie ne se contenta pas d'une imitation servile. A côté de penseurs tels Redkine (1808-1891) et Kriukov, demeurés fidèles à l'hégélianisme traditionnel, un autre courant plus important, influencé lui aussi par l'idéalisme allemand émergea en Russie, décidé à le réinterpréter en fonction du génie russe lui-même. Au sein de ce courant, il convient de citer tout particulièrement les slavophiles qui, marqués eux aussi par la philosophie de Shelling, puis de Hégel on élaboré leur théologie un peu comme les Pères de l'Eglise avaient élaboré  leur théologie en s'inspirant du Néoplatonisme.

 

 

 

 

Khomiakov, chef de file de ce mouvement slavophile, en refondant les thèmes de l'Idéalisme allemand,  crée une théologie orthodoxe originale.(29)

 

 

 

 

Yvan Kireevski dégagea la tendance naturelle du peuple russe à l'universalité sous toutes ses formes. Les slavophiles se distinguaient de plus par un attachement passionné aux traditions religieuses léguées par leurs ancêtres et réclamaient l'ajustement des lois civiles aux lois morales (30). Ils se sentaient mal à l'aide devant l'Etat russe autocratique de l'époque. Ils étaient défenseurs farouches du peuple des moujiks, idéalisé à leurs yeux, ainsi que de la commune (OBSTCHINA) qu'ils opposaient au droit romain de propriété. Ils rejetaient aussi en général la civilisation bourgeoise occidentale qu'ils considéraient comme un danger majeur pour la culture de leur nation/

 

 

 

 

En tout cela, l'école slavophile différait profondément de la tendance dite « occidentaliste », férie, comme son nom l'indique de tout ce qui venait de l'occident. Biélinsky, qui, nous le verrons joua un rôle important dans la vie de Dostoïevski, Bakounine, le célèbre révolutionnaire considéreront l'hégélianisme,un peu assaisonné à la sauce russe, comme une solution à tous les problèmes humains. Cet engouement pour les idées occidental était loin d'être purement intellectuel ; il imprégnait la vie privée jusqu'au domaine des sentiments (31)

 

 

 

 

En dépit de leur hostilité, ces deux tendances savaient aussi des points de convergence. Herzen, occidentaliste convaincu disait : « Nous sommes partis du dieu Janus, au double visage, nous n'avons qu'un amour pour la Russie, mais cet amour a deux aspects. » (32) Loin de s'ignorer les deux partis se fréquentaient assidûment dans les mêmes salons. Il nos est difficile d'imaginer ce climat passionné qui régnait partout. 

 

 

 

 

Cette fréquentation n'était peut-être pas favorable à la pureté des doctrines mais elle leur donnait une vie et un dynamisme exceptionnel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Conformément aux exigence de son tempérament, Dostoïevski aborde ces différentes doctrines sou l'angle de l'anthropologie. Il est prêt à adhérer à la doctrine qui lui semblera le mieux exprimer la grandeur de l'homme.

 

 

 

 

Il s'enthousiasme d'abord pour les idées romantiques et idéalistes. Goethe, Hugo, Hoffmann le passionnent ainsi que les grands classiques anciens et modernes : Homère, Shakespeare, Corneille, Racine sans oublier le grand Pouchkine. Mais au-dessus de tous, il place le poète allemand Schiller.

 

 

 

 

 

 

 

 

Frère, tu me dis que je ne connais pas Schiller… Tu te trompes, je l'ai lu… Je pense que jamais le sort n'a tant fait pour moi que lorsqu'il m'a donné de connaître le grand

 

 

 

 

Poète à cette époque de ma vie » (33)

 

 

 

 

 

 

 

 

Autour de lui se forme à l'école militaire un petit cercle où il peut exprimer sa ferveur intime : « sa voix intérieure les galvanisait et les attachait à lui. »(34)

 

 

 

 

Si le jeune homme est déduit pas une certaine poésie philosophique, il reste à l'écart de la pure spéculation. (35) Ainsi il ne se passionne pour aucune philosophie (35) pas même celle d'Hegel alors a sommet de sa renommée.

 

 

 

 

Contaminée par l'idéalisme schillérien, sa foi religieuse de désagrège peu à peu au profit d'un vague panthéisme. « Dieu » ou la « Providence » sont à ce point dépersonnalisés sous sa plume qu'on est tenté de les remplacer par le mot « Destin » (36)

 

 

 

 

Intérieurement il reste anxieux devant une force inévitable à laquelle rien ne peut résister.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le cœur s'enchaîne de liens indestructibles et l'homme perd courage, plie devant le hasard, devant les caprices de son cœur comme devant les ordres du destin : et ce cœur considère la moindre toile d'araignée comme le lien terrible auquel nul ne peut échapper, devant lequel tout plie : ceci arrive lorsque le sort est vraiment un ordre de la Providence, c'est à dire qu'il agit sur nous par l'invincible force de notre nature (37)

 

 

 

 

 

 

 

 

La foi au Christ n'échappe pas à cette sécularisation progressive du sentiment religieux. L'attachement à la personne de Jésus n'est pas mis en cause, mais la dimension transcendante de sa personne tend à disparaître. Il reste encore un homme exceptionnel, un exemple et un stimulant sans égal dans la poursuite de la perfection morale, mais ce n'est plus le Christ de la Foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Homère (personnage fabuleux parce que comme le Christ incarné par Dieu et envoyé parmi nous) peut être mis en parallèle seulement avec le Christ et non avec Goethe…Dans l'Iliade, Homère a dressé à tout le monde antique une organisation de vie spirituelle et de vie terrestre tout aussi fortement que le Christ au monde nouveau » (38)

 

 

 

 

 

 

 

 

  A force de se tourner vers l'Idéalisme occidental, Fédor Mikhaïlovitch, ainsi qu'il l'avouera plus tard a bien « perdu le Christ » (39)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net 

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