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Publié par BALCHOY

"Cela va-t-il mieux à présent, vous avez mal ?". Ce second réveil dans la même journée ne ressemblait guère au précédent ; une douleur sourde imprégnait tout son corps. Ses yeux contemplaient tout étonnés la chambre et le lit où il était étendu. Manifestement une chambre de clinique ; l'uniforme de l'infirmière qui lui faisait face en souriant ne permettait aucun doute.

 

"Qu'est-ce qui m'est arrivé ? J'ai tellement mal." et Ghislain d'indiquer maladroitement son crâne, sa nuque toute raide et endolorie, sa jambe droite qui semblait toute tordue.

 

-"Il y a eu un accident de chemin de fer, vous ne vous en souvenez-pas ?"

 

- "Ah oui", ce fut comme une illumination et tout lui revenait en saccade…

 

Jean-Pierre le casse-pieds, Nadine - il en oublia son propre mal - pour ne plus se rappeler que le choc et la rencontre brutale et pourtant si douce avec le corps de la jeune fille. Au fond où était-elle ? Il regarda autour de lui d'un air inquiet à la recherche de sa voisine de train mais non ! Il était seul avec cette infirmière dans cette chambre minuscule toute verte. Tiens, en face de lui le papier sous l'action de l'humidité s'était détaché et on voyait en dessous le gris sale du plâtre écaillé sous un miroir  qui lui renvoyait le visage usé de son infirmière, un évier impeccable brillait en revanche dans la coin à droite juste à côté de la vitre mate à travers laquelle on devinait de la végétation ; dans une petite armoire entrouverte, il reconnut son pantalon bien chiffonné et son veston si fripé que lui-même négligé en son habillement en fut surpris.

 

Mais comment était-il vêtu ? Il dut faire effort, tant cela lui faisait mal, pour tourner la tête pour distinguer cette veste de pyjama jaune qui n'était pas à lui, sa main se glissa sous les couvertures et n'y découvrit qu'un caleçon. Ca alors !

 

Mais donc où était Nadine ? Mademoiselle ne savez-vous pas où est passé ma compagne de voyage, Nadine. Il se rendit compte en parlant qu'il ne connaissait pour ainsi dire rien de la jeune fille pas même son nom de famille. - "Nadine, qui, monsieur ?" - "Bien une très jolie jeune fille qui était dans le train en face de moi."

 

Ghislain voulut répondre mais brusquement le visage de l'infirmière sombra dans une sorte de brouillard. En sombrant dans l'inconscient il eut juste le temps d'entendre la voix inquiète de l'infirmière : "Dormez, monsieur, dormez, ce ne sera rien...."

 

 

Depuis plus de trois heures déjà, Ghislain dormait d'un sommeil lourd et agité ;  à l'écouter se débattre sous les couvertures on devinait toute une fermentation intérieure en cette tête maussade couverte de sparadraps et illuminé de mercurochrome. De sa bouche pâteuse et zezeyante  s'échappaient des mots sans suite."

 

 

"Attention, ça va brûler.... Quelle poitrine...Fous-moi la paix... T'as vu la grosse dame, comique, Hein! ... A quoi ça lui sert de lire son bréviaire..."

 

Mais ce qu'il répétait le plus souvent c'était le prénom de Nadine et chaque fois qu'il le prononçait le visage de Ghislain devenait presqu'angélique pour retourner presqu'aussitôt à son incohérence verbale.

 

 

"Mon petit Ghislain, mon petit Ghislain, tu es vivant ... Vivant, que je suis heureuse ! Tout de noir vêtue, Madame Mignolet, suivie gauchement par son mari et Chantal pour une fois sérieuse envahissait la chambre. Un baiser tout humide vint humecter ses joues. - "Comment te sens-tu ?"

 

 

Le garçon ne répondit rien à ce flot de questions ou plutôt d'interjections ; sa mère n'attendait pas d'ailleurs une réponse précise, elle voulait simplement manifester ainsi sa joie. Monsieur Mignolet dut faire le tour du lit pour embrasser à son tour son fils en lui murmurant de sa voix sourde presqu'incompréhensible pour un non initié : "T'as eu de la chance, fiston, content de te revoir. Chantal, un peu gênée,  se contenta d'un rapide "Comment ça va Ghislain ?"

 

A présent tous trois parlaient en même temps, se parlaient d'ailleurs plutôt qu'ils lui parlaient. La tête de Ghislain redevint douloureuse, il eut envie de les renvoyer mais une sorte de pudeur le retint. Il se contenta de fermer les yeux et peu à peu la conversation bruyante s'estompa en sa tête comme un transistor dont on diminue le volume; finalement il n'y eut plus qu'un murmure de plus en plus lointain puis le silence.

 

"Tiens, mais il a perdu connaissance, c'est terrible !  Madame Mignolet cherchait nerveusement la sonnette mais Chantal l'interrompit avec force : "Mais non, Maman,  tu te fais de la bile pour rien, il s'est endormi tout simplement. Avec son pessimisme habituel, le père de Ghislain sortit et se précipita sur une infirmière qui calmement portait une PANE ? quelque part. "Mademoiselle, venez vite, mon fils ne va pas bien". Sans s'énerver la bonne dame vint jeter un coup d'oeuil..."Mais non, il vaut mieux le laisser dormir, revenez plus tard, cela ira sûrement mieux.

 

 

La tête de Ghislain tournoyait un peu dans la deux-chevaux qui le ramenait à la maison. "C'est drôle", cette vallée qu'il connaissait si bien, il avait l'impression de la découvrir, tant il était heureux de la retrouver aussi intacte que lui. Le voisin ne disait rien. C'était un homme assez grand à la chevelure abondante coiffée en brosse, les épaules un peu voûtées. A l'avant, à la place "du mort" Monsieur Mignolet signalait ça et là une fabrique, un point de vue qui lui rappelait son enfance.

 

Ghislain, malgré sa soif de profiter désormais à fond de la vie ne réussissait pas à échapper à l'engourdissement qui lui rappelait sans  esse les jours passés ; la voiture s'engageait déjà dans les faubourgs de la ville, il pleuvait doucement, les gens se hâtaient pour rentrer chez eux et au fur et à mesure qu'il se rapprochait de sa demeure Ghislain se sentait de mieux en mieux dans sa peau.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

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