Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY

J’en avais eu un écho à la radio, dans le « Monde » du jeudi 31 mai un article intéressant ou inquiétant, c’est selon, sur la téléréalité aux Pays-Bas. Il s’agit d’une émission diffusée par une chaîne publique, BNN très populaire auprès de la jeunesse.

 En fait cette chaine a été fondée il y a une dizaine d’année par un jeune homme mort depuis des suites d’une infection rénale. Le principe de cette nouvelle émission « Grand Show de donneur » est simple : permettre à une malade incurable de choisir parmi trois personnes en attente d’une greffe de rein celle qui bénéficiera d’un de ses reins.

 BNN justifie cette émission par la cruelle absence de donneurs aux Pays-Bas. Le rôle des téléspectateurs et l’essence même de ce « jeu » télévisuel est la faculté des téléspectateurs de conseiller Lisa, la condamnée, par des sms en raison, je suppose, du caractère supposé et des propos de chacun des candidats durant l’émission.

La plupart des partis politiques émet les plus sérieuses réserves vis-à-vis de cette émission mais il semble que dans le contexte de la liberté journalistique dans le pays il n’est guère possible de l’interdire. En faveur de sa proposition, BNN fait valoir que chacun des trois candidats aura ainsi une chance sur trois d’être greffé, taux bien plus élevé que celui que lui garantit la médecine officielle à partir des listes d’attente.

Le but de l’émission : augmenter le don d’organes est louable ; les moyens le sont beaucoup moins. Il n’a jamais été prévu qu’un malade puisse choisir celui qui bénéficiera d’un don d’organes sauf peut-être dans le cas où un lien familial tel que père-fils ou mère-fille est un facteur augmentant considérablement les chances de succès. Rien de tel ici.

 Le jeu ne semble pas prévoir que le malade ayant le plus rapidement besoin de la greffe sera nécessairement choisi. En fait si le donneur reste, je suppose maître de son choix, ce qui est déjà une innovation très dangereuse si elle était généralisée (comment ne pas imaginer qu’on en vienne à choisir celui qui « en dessous de table » ou en toute clarté offre le plus d’avantages y compris pécuniers en contrepartie de ce don.

Il n’en n’est pas officiellement question ici mais à mon avis cette émission a tout de même comme motivation essentielle sans être unique l’audience c'est-à-dire sa rentabilité et on peut donc penser que le gagnant risque d’être celle ou celui qui directement ou indirectement engendrera un plus grand bénéfice pour la chaîne.

Le plus grave, me semble-t-il, c’est qu’ainsi on introduit dans une offre qui se traduit qu’on le veuille ou non par le choix de ceux qui peuvent vivre et de ceux qui ne le peuvent pas des facteurs non rationnels, non purement médicaux ou tout simplement justes (respecter à conditions égales l’ordre des demandes par ex.) Jusqu’à présent la chaîne BNN s’était illustré par la qualité de ses émission médicales mais ici, me semble-t-il il y a dérapage.

Même si on ne peut l’accuser de chercher uniquement un succès d’audience derrière une campagne nécessaire pour accroître les dons d’organes, la brèche ainsi constituée au traitement exclusivement médical des greffes d’organes pourrait assez rapidement, je pense, entraîner des dérives beaucoup plus importantes, beaucoup plus vénales pour tout à la fois introduire un aspect financier dans ce qui jusqu’à présent officiellement tout au moins en a été dépourvu et donner la préférence demain aux malades les plus éloquents, les plus fortunés, les plus sains (gare à un nouveau type d’Eugénisme) en oubliant pas que celui qui est évincé du droit à l’organes pour des raisons financières ou sentimentales est par le fait même condamné à mort.

Je n’ose penser à une autre dérive possible. Puisqu’il s’agit d’une personne incurable ne sera-t-on pas tenter parfois d’hâter de quelques heures, de quelques jours, de quelques semaines sa mort, avec ou sans son accord pour éviter à ce que l’organe promis ne soit altéré par la maladie qui conduit ce patient inéluctablement à la mort.

Bien sûr, une certaine dérive financière existe peut-être déjà mais avec des conditions défendables objectivement et qui garantisse une certaine justice à chaque malade. Demain, si des émissions comme celle de BNN ont lieu de plus en plus, le domaine de la greffe médicale deviendra le règne de l’arbitraire et du jeu. Il faudra dès lors changer la législation car j’imagine que certains malades évincés pour de mauvaises raisons pourraient poursuivre des médecins ou des chaînes de TV pour non assistance à personne en danger.

 Dès qu’on introduit le droit de priorité à l’argent dans les soins de santé, on ne crée pas seulement le système funeste de médecine à deux vitesses ( existant déjà sous une forme minoritaire en France pays pourtant moins touché que d’autres) d’autant plus important qu’on « privatise » sous une forme franche ou déguisée les soins de santé.

 Demain ne trouvera-t-on pas sur EBay des offres de reins au plus offrant entre une signature de "de Gaulle" à 400 euros et un vase de nuit ayant peut-être été utilisé par Napoléon. Certes l’argent est indispensable à toute politique de santé mais il doit rester au service d’une plus grande efficacité d’une médecine pour tous sinon on en retournera à une forme de barbarie dont le troisième Reich nous a donné plus qu’une petite idée.

Qu’on invente des jeux pour favoriser les dons d’organe, bravo mais que deux personnes sur trois risquent leur vie parce qu’un troisième a mieux trouvé les mots qui persuadent (et croyez-moi il y aura comme pour les élections présidentielles des sondages pas toujours contrôlés qui influenceront peut-être volontairement le public ou en l’occurrence le « condamné » en fonction de ceux qui les organise)

Tant que nous resterons dans la mouvance du capitalisme sauvage qui gouverne les média toutes les dérives, sont hélas imaginables, mêmes les plus immorales car l’argent, on le sait n’a pas d’odeur sinon celle du profit maximum partout et toujours quand on le laisse faire. J’ose espérer que même aux Pays-Bas des forces sociales saines réussiront à empêcher cette mauvaise émission.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article