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Publié par BALCHOY


A l'excellent cinéma Vendôme à Bruxelles, un film chinois dont le sujet principal apparent est la construction d'un giga-barrage et de la déconstruction de tout ce qui précédait le dit barrage.
Après vision du film, il me semble que son vrai sujet ce sont les hommes et le bouleversement que leur apporte l'irruption de cette retenue d'eau dans leur vie.
L'histoire est centrée sur un certain nombre de quêtes, un mari qui cherche son ex-femme et sa vie dont il est séparé depuis 16 ans, une femme qui cherche son mari qui l'a quitté il y a deux ans pour lui demander le divorce.
Le premier part d'une adresse qu'après beaucoup d'avatars il retrouve sous la forme d'un îlot ridicule en plein milieu du lac.

Dans ces quêtes d'une personne disparue,  on n'est pas loin parfois de l'histoire de celui qui a vu l'homme qui a vu l'homme, qui a vu l'homme... qui a vu l'ours. A travers ces travailleurs qui préparent une nouvelle phase de la construction du lac à une hauteur cette fois de 156 mètres en détruisant avec des moyens ridicules, marteau, masse des bâtiments imposants et même parfois une gigantesque usine d'acier attaquée au marteau manuel et on se demande à quoi rime cette destruction ne pouvant s'achever qu'au bout de plusieurs années sans savoir si le barrage pourra attendre cette lointaine échéance.
Ces hommes en majorité et ces femmes qui se rencontrent à travers ces quêtes s'appellent souvent frères Ce qui me frappe surtout c'est que pour ainsi dire tous sont des "personnes déplacées" un peu dans le sens qu'on donnait à ce mot, le Père Pire en particulier, au terme de la deuxième guerre mondiale.
S'ils ne sont pas riches, ce ne sont pas pour la plupart des miséreux, soumis ou insoumis à une administration très présente mais d'une façon latente. Si beaucoup sont relativement passifs face à cette autorité aussi impérative que discrète (ainsi certains découvrent un matin sur leur maison l'injonction "à détruire" sans doute sans  aucun avertissement et sans doute également sans toutes les fausses enquêtes qui se font chez nous dans des cas semblables.
Le film nous donne incidemment des indications intéressantes sur le coût de la vie; par exemple la location d'une chambre certes sans confort revient à 2 à 3 yuan alors que les démolisseurs en touchent 50 par jour et les mineurs, qui, c'est vrai, encourent des risques plus grand jusqu'à 200 yuan. A l'échelle de la Belgique pour un salaire minimum de  1 000 euros par mois, le logement pour une journée coûterait environ 1€.
Très peu de politique intervient directement dans le film, je n'ai pour ma part entendu le mot "communiste" qu'une seule fois et si le gouvernement de la Chine populaire n'est en rien directement concerné, il n'apparaît en rien comme l'idéal révolutionnaire des femmes et des hommes dont la vie est narrée sur l'écran. Ils n'ont que le temps de lutter simplement pour vivre, se nourrir, se loger très sommairement et pas grand chose d'autre.
Ce qui est manifeste en un plan qui est plutôt écologique, je dirais a-cologique, c'est le ciel éternellement brumeux, presque jamais fortement ensoleillé de la vallée du barrage et on ne peut s'empêcher d'imaginer des conséquences sanitaires désastreuses de cette pollution permanente.
Film, humain, très humain que ce portrait des dégâts qu'apporte à une société qui avait sûrement ses équilibres un barrage qui en bouleversant l'habitat, la vie sociale, les relations familiales fragilise une population qui reste généralement non violente malgré ses difficultés structurelles pour vivre (il y a tout de même une allusion directe à des expéditions vengeresses de bandes rivales qui semblent très proches des comportements de la grande banlieue en France).
Si le pouvoir communiste ne réussit pas mieux à faire profiter l'ensemble de sa population de l'industrialisation de masse des grandes villes, j'ai peur que le petit peuple un jour ne résiste pas aux forces capitalisantes souvent issues et financées par l'étranger qui voudraient rééditer le kidnapping de l'URSS par un Eltsine beaucoup plus soucieux de brader les richesses nationales au profit d'un tout petit nombre de néocapitalistes souvent vérolés par les mafias.

Le petit peuple, déraciné par le barrage et qui pourtant en vit, fait encore partie  sans grande conviction sans doute du socialisme mais il est temps qu'une solidarité plus grande avec la hausse du niveau de vie de la Chine des grandes villes viennent consolider l'enracinement socialiste du plus grand peuple de notre humanité avec l'Inde qui  développe une tout autre mutation capitaliste quji présente elle aussi ses lumière et ses ombres.

 

Sans doute certains voudront faire de ce film assez triste un brûlot anticommuniste. C'est vite dit. Je doute que des constructions d'autres barrages gigantesques n'aient pas eu aussi parfois des conséquences négatives pour les populations locales. Pour la Chine comme pour l'Egypte il fallait bien sûr mettre en balance l'avantage pour des millions de gens face aux inconvénients voit au naufrage social pour une population restreinte. Qui peut affirmer que l'idéal était de renoncer et donc de sacrifier peut-être des centaines de milliers de vie. Je crois que le vrai sujet de ce beau film est la condition humaine avec ses roses, rares c'est vrai cette fois et ces épines, très développées  ici pour ces populations déplacées et déracinées.Cet humain est universel, il se réjouit et se lamente sous le capitalisme et sous le socialisme. Peut-être est-il légitime de comparer les réponses de chaque idéologie face aux meurtrissures nécessaires de la vie. Je ne suis pas sûr que pour un esprit sans passion la version anticommuniste de ce film soit la bonne. Il y a tellement plus dans ce combat humain pour survivre et se retrouver malgré tout.


Yvan Balchoy
www.poesie-action.com

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