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Publié par BALCHOY

 Au niveau proprement psychologique, Dostoïevski distingue la SOZNANE (conscience de soi et du monde) et le JELANE (désir) qui aiguillonne le coeur dans sa poursuite des valeurs morales et esthétiques.

De ces deux facteurs essentiels découlent les deux ordres où vont se ranger en s'écartant toujours davantage leurs homologues subordonnés.

Le plan de la conscience est dominé par la faculté qui perçoit et organise le réel terrestre : l'intelligence (oum). Elle scrute la vérité de l'être statique (ISTINA) pour vivre dan la vérité morale (PRAVDA).
En revanche, grâce à la conscience morale (SOVEST), les facultés affectives sont aptes à percevoir les valeurs morales et à s'y attacher.

Au-delà de ces centres "récepteurs" du réel et des valeurs, se nichent les deux facultés les plus irréductibles, le RASSOUDOK(raison raisonnante) et le KHOTENE (vouloir) qui représentent à l'état pur, pourrait-on dire, les ordres distingués plus haut.

Le RASSOUDOK évoque la raison objectivante, qui risque de traiter l'être humain comme un objet en en faisant un faisceau de déterminismes qu'on pourrait soumettre tout entier à l'emprise de la nature physique (PRIRODA).

 A une telle réduction s'oppose précisément le KHOTENE (vouloir) et la VOLIA (volonté) désireux de s'affirmer, au besoin à n'importe quel prix.

Envisagé à partir du RASSOUDOK, l'homme est un être purement "donné", tout fait ; son intelligence (OUM) est simple appréhension de la réalité extérieure ou de celle qui le conditionne intrinsèquement, ainsi que des liens nécessaires qui y existent.
Considéré sous l'angle du KHOTENE, il apparaît au contraire comme éminemment actif, "à faire", créateur en quelque sorte de soi, indépendant du réel, du rationnel et de ses lois, avec l'avantage, mais aussi les risques que nous avons vus lors de l'analyse de la "descente en enfer".

Le premier correspond plus spécialement à la nature abstraite (PRIRODA) ; il est inamissible et nécessaire.

 Le second (vouloir) est responsable en dernier ressort de la personnalité et en assure l'originalité. Nul doute qu'il soit un facteur anthropologique essentiel pour Fédor Mikhaïlovitch.

     -"Peu importe, si le palais de cristal existe dans les désirs ou pour mieux dire s'il existe tant qu'existent mes désirs" (1)

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(1) Le Sous-sol, éd. russe, page 399-400
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Il s'exprime d'une façon plus nette encore dans ses "Notes d'Hiver sur des impressions d'été" :

     -"A quoi sert l'intelligence (OUM) sinon pour obtenir ce qu'on veut" (2)

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(2) "Notes d'hiver sur des impression d'été", éd. russe, page 319 ; dans "LES DEMONS", l'écrivain signale que l'incroyance est généralement due à un manque de volonté bien plus qu'à une absence de foi. "On a la foi (au succès) et ce qui manque c'est le KHOTENE. (Les démons, éd. russe, tome I, page 409, ed. franc. page 408
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En prônant résolument le primat de la volonté sur l'intelligence, de la liberté sur la nature (priroda) qu'il ne nie pas, Dostoïevski prend rang parmi les existentialistes personnalistes (3) Toutefois il ne faudrait pas

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(3) Ici encore, il se montre en accord profond avec les slavophiles. "Selon Khomiakov, c'est dans le principe spirituel, la volonté qu'il faut chercher le dernier mot des choses." A Gratieux, ouv. cité, tome II page 232.
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opposer trop brutalement ces différentes facultés.

La personne est un tout organique et dans le concret de la vie tous ces différents plans agissent de concert. Pour mieux saisir la convergence des différents éléments de base du "moi" réfléchi, on pourrait dire en schématisant quelque peu que l'intelligence, en relation directe avec la raison raisonnante diffère de celle-ci par sa soumission à l'influence des facteurs affectifs (volonté, conscience morale, coeur) tandis que la conscience morale se nourrit du réel que lui fournissent les facultés intellectuelles (OUM) pour en appréhender les valeurs.
 
La conscience morale perçoit en effet au travers des données que lui fournit le "RASSOUDOK" et le "OUM", l'aspect valorisable de l'être total (statique et dynamique) (1)

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(1) Dostoïevski prend ainsi rang parmi les partisans de la primauté de l'affectif sur l'intellectuel. Il serait intéressant de rapprocher ici sa pensée de celle d'un Max Sheler. Comme le penseur allemand en effet, l'écrivain russe ne cesse de scruter le réel et de proclamer sa fidélité à le "vie vivante" non pour en déduire une connaissance pratique mais plutôt pour spiritualiser ou valoriser cette réalité qui ne cesse de l'interpeller.
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Concluons en signalant que l'ensemble des processus vitaux dépend de la "NATOURA", c'est à dire de notre condition humaine intégrale tout à la fois nature (priroda) et volonté (volia, khotene).

C'est à ce niveau qu'intervient cette fameuse "SVOBODA" (liberté) sujet essentiel de notre étude.

Elle transcende, comme nous allons le voir, la distinction entre intelligence et volonté. Sans elle, tout ce qui précède serait amputé de sa dynamique.



(à suivre)

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com



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