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Publié par BALCHOY


Ghislain se tourna d'un air interrogatif vers Marthe qui acquiesça d'une ombre de sourire. Une jeune Coréenne se joignit à eux et ils décidèrent d'aller faire leur petite échange sur un banc du parc.

En route, il se rapprocha tout naturellement de son amie, l'embrassa et, la main dans la main, accompagnée de la jeune asiatique, ils gagnèrent la gloriette.

Bien vite l'échange tourna autour de la manière dont les trois participants vivaient leur vie communautaire.

Ghislain, bien entendu, se contenta d'affirmer une première impression plutôt positive, tout en reconnaissant son incapacité totale de porter un jugement de valeur sur une institution qu'il ne connaissait que depuis quelques heures.

Marthe, pour sa part, se déclara enchantée du climat "amical et spirituel" - ce sont deux mots sur lesquels elle insista beaucoup - de ce groupe même si elle n'en faisait partie elle-même aussi que depuis un temps limité.

Bien entendu, Marthe et Ghislain, tout en reconnnaissant qu'ils se connaîssaient depuis longtemps, ne firent aucune mention directe ou indirecte à leur passage à la "FLEUR DE LOTUS".

C'est donc la jeune femme Coréenne, sur place depuis près de trois ans,  qui parla le plus de tout ce que lui avait apporté ce groupe d'hommes et de femmes qui "luttaient par des moyens pacifiques à l'édification d'un monde plus humain sans racisme ni domination des plus faibles par les plus forts."

Marthe et Ghislain l'écoutèrent avec grande attention. De temps en temps il jetait un regard sur sa compagne comme s'il voulait surprendre dans son regard une complicité secrète.

Même s'ils ne connaissaient pas le contenu exact ni les conséquences de leur mission, ils étaient l'un et l'autre suffisamment avertis pour y voir une menace directe et importante pour la vie de ceux qui les hébergeaient.

Si la communauté méridionale leur était apparue conforme à l'image franchement négative qu'on leur avait inculquée lors des nombreuses scéances de formation ou plutôt d'endoctrinement, ils auraient sans doute affronté avec plus de détermination ce qu'ils avaient à faire.

Mais à leur première impression, somme toute positive, la Coréenne ajoutait une chaleur et un enthousiasme qui les laissait mal à l'aise à la limite de la culpabilité.

Au bout d'une demi-heure, surtout remplie du témoignage  de la femme asiatique, ils retournèrent pour assister à la mise en commun qui eut lieu au même endroit que le début de la rencontre.

Chacun des trois groupes constitués se fit représenter par un porte-parole qui fut Marthe pour leur groupe.

Ce qui frappa Ghislain, c'est que les avis critiques - il y en eut pas mal - vinrent surtout des nouveaux arrivés, confrontés sans doute au conflit entre leur rêve et la réalité vécue, tandis que les plus âgés se sentaient tout simplement bien et "utiles" en ce milieu qui était devenu pour eux une vraie famille.

A la fin de la mise en commun, un homme d'une trentaine d'années, vétu d'une toge jaune, fit son entrée accompagné de deux assistants grisonnants,  vêtus eux d'une longue robe blanche.

Celui qui jusqu'alors avait présidé la rencontre s'inclina légèrement vers les nouveaux venus :

     -"Je suis heureux, frères et soeurs, mesdames, mesdemoiselles, messieurs,  de vous présenter son excellence l'archimandrite de notre communauté : il vient vous souhaiter la bienvenue autant que pour receuillir vos premières impressions."

Tout souriant, l'archimandrite prit sa place à la tribune et d'un air aussi déterminé que souriant, il prit la parole :

     -"Mes amis, que vous soyez ici depuis quelques jours ou quelques semaines, je crois que c'est la première fois que j'ai le plaisir de vous souhaiter officiellement la bienvenue au nom de la famille du SALUT que j'ai pour mission de servir.
Tout d'abord, sachez que nous voulons former tous ensemble une communauté ouverte et sans frontières. Nous souhaitons devenir comme une sorte de microcosme reflétant notre humanité si diversifiée avec toutes ses richesses et ses contrastes, devenir aussi une sorte de petit laboratoire d'apprentissage à la paix et à la fraternité universelle.

C'est dire que nous ne vous demandons pas de renier votre personnalité, votre culture, vos origines en nous rejoignant, mais de les fondre dans le creuset humanitaire et fraternel qui est la raison d'être de notre fraternité.
J'aimerais à présent entendre vos premières impressions sur notre mode de vie. Je vous en prie, n'hésitez pas à vous exprimer en toute franchise autant pour nous dire ce qui vous plaît que ce qui vous rebute de notre vie."

En écoutant attentivement l'archimandrite du SALUT, Ghislain ne pouvait s'empêcher de penser à sa mission dont il savait au moins qu'elle avait pour raison essentielle de nuire à cet homme en le ridiculisant ou pire encore.

(à suivre)

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com
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