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Publié par BALCHOY


Déjà avant l'armistice, on voyait des autos d'officier se succéder avec bagages et familles, et souvent pilotant des autos belges, ayant donc abandonné leurs troupes ; puis ce furent des convois et des convois qui continuèrent à se succéder après l'armistice. Je m'attendais à lire le désespoir dans les yeux de ces soldats, s'enfuyant en désordre ; nous-mêmes, Belges, nous souffrions de ce fait nouveau, et si bien que pour notre pays, l'occupation fut déjà un fait accompli depuis un mois, et que nous éprouvions un soulagement à ne plus devoir fuir sous les bombes avec nos petits enfants, je ne voyais sur tous les visages que sourires et airs de fête.

J'assistais aussi à un incident émouvant ; un soldat juché sur un véhicule, fut interpellé par d'autres soldats qui se reposaient sur les marches des maisons et sous les arbres de la place ; avec rage, il leur répondit cette phrase que je n'oublierai jamais : "Espèces d'imbéciles, trouvez-vous qu'il y a de quoi rire en ce moment !"
Le malheur, c'est que l'un des chevaux de son attelage fut la victime de cet incident, le soldat hors de lui-même le frappa à coups redoublés du gros bâton qui lui servait de fouet.

Ces convois d'attelage à chevaux laissaient d'ailleurs rêveurs les passants qui les contemplaient. Chevaux maltraités, efflanqués, blessés, ayant manifestement été traités sans soins ni ménagements, voitures désuètes sur lesquelles on pouvait lire modèle 67 et modèle 87. Spectacle désolant et misérable.

Vraiment, ce que je vis alors me fit désespérer de la France. Léon et Paul, s'étaient rendus le soir de l'armistice dans ce que là-bas on appelle hôtel (à part la cuisine qui était bonne, le reste était infect comme propreté et aménagement), virent dans la place où ils se trouvaient d'un côté cinq officiers supérieurs rigolant et sablant le champagne, et de l'autre côté trois poilus cassant la croûte en buvant du pinard, et ne cachant pas leur mépris pour les cinq officiers d'à côté.

Non la France n'était pas préparée à la guerre, ni mécaniquement ni surtout moralement. On nous avait fait croire que depuis septembre 1939, un relèvement miraculeux s'était produit en France. C'était un pur mensonge. Ces gens étaient prêts à toutes les défections, et comme j'eus l'occasion de le dire plus tard à un officier allemand, si Hitler avait en cette question fait preuve de modération envers la France, l'Alsace Lorraine, les Français, dans l'état d'esprit du moment, et sous le réveil de leurs sentiments anglophobes, seraient passés sans coup férir dans le camp allemand.

(à suivre)


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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