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Publié par BALCHOY



La victime râlait sur la route, et l'automobiliste exposait son désespoir. Le docteur Mab. regarda, et se rendit immédiatement compte qu'il y avait fracture du crâne et probablement que le cas était sans espoir.
Nous séjournâmes là pendant longtemps, essayant d'arrêter les camions qui arrivaient de Poitiers, tant et si bien, qu'à la fin on put arrêter un convoi d'ambulances qui emportèrent la victime. Cela nous causa une grande répulsion, et je ne pouvais m'empêcher de songer que pendant le même temps, on tuait des milliers de malheureux, victimes de la guerre.

Le curé de Mignaloux était un saint prêtre qui ne vivait de rien et qui avait abandonné aux Claeys le meilleur du presbytère, c'est à dire pas grand chose. Il célébrait la messe dans la pauvre église, sans enfant de choeur,  sans chantre, et c'est lui-même qui quittait l'autel pour venir jouer de l'harmonium, et tenir le rôle habituellement réservé aux gens du jubé. Avec cela, ne donnant pas la main aux dames.

Il n'avait pas de santé et, malgré cela, un jour qu'il revenait fourbu de Poitiers, avec des paquets, il refusa de prendre place dans l'auto des Claeys et revint à pied.

Il me montra ses livres paroissiaux, et quelques huit, neuf décès par an. Son voisin de Savigny semblait encore plus malheureux que lui et vraiment paraissait bien à plaindre.

Sur la route, aux portes de Poitiers, il y avait un camp d'espagnols gardé par des sentinelles et non loin de là, de l'autre côté de la route, un camp de Belges armés.

J'y rencontrai notamment le député Lep.  et un autre député qui me donnèrent des nouvelles du Ministre Mat. réfugié aux environs de Limoges, et qui est mort peu après son retour en Belgique. Sur cette même route, stationnaient jusque la fin de notre séjour, des voitures de l'I.N.R. (1)
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(1) l'équivalent à l'époque de la R.T.B.F. radio nationale.
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C'était vraiment la pagaille, et le départ du gouvernement de Poitiers ne fut point brillant.

J'en reviens maintenant à la fin juin, quand je quittai la Richardière avec toute la caravane. A cause du survol par des avions et le passage sur la route que nous devions croiser d'une colonne française en retraite, nous avions été coupés de la voiture d'Emile et je ne voulais pas m'en aller sans l'attendre, ce qui fut l'affaire d'un long quart d'heure ; puis, nous gagnâmes Savigny où Emile, paraît-il, aurait bien voulu s'arrêter, mas là aussi ce n'était que troupes en retraite, et puisque nous venions en tête, nous décidâmes d'aller plus loin, toujours par des chemins secondaires, pour arriver vers le soir dans une localité que nous avions repérée sur la carte et où nous comptions chercher un abri pour la nuit. Mais là, il ne fallait pas y penser, ce village était rempli de réfugiés alsaciens, et qui plus est,  hébergeait ce jour-là un Etat-Major de l'armée, et deux de nos quatre voitures étaient sans essence.


(à suivre)


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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