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Publié par BALCHOY



  Ghislain éprouvait pourtant une envie folle de rester avec lui jusqu'au bout de la nuit, de la vie peut-être, mais le temps, cette fichue invention des hommes se manifesta au dos de son poignet. Il lui fallait  bientôt retourner à la communauté du SALUT pour se préparer à sa mission.

Il entretint alors son interlocuteur des cinq pauvres dernières minutes qu'il leur restait. Il aurait voulu les remplir à raz-le-bol de cette chaleur qui lui venait de lui. Il lui demanda son adresse? D'un geste vague des épaules, le jeune inconnu balaya la question :

   "Vivez au centre et vous me retrouverez où que vous soyez"

Ainsi, s'il avait une adresse, elle était sans importance.

Il pointa son doigt en direction des deux filles qui s'amusaient à quelques dizaines de mètres en amont à s'asperger dans de grands éclats de rire.

     -"Vous voyez, le bonheur, il est là, là tout près."

Ghislain, eut alors moins de remord de le laisser partir. Désignant les deux demoiselles plus loin :

     -"Allez, allez à leur rencontre, elles ont aussi besoin de vous."

Le jeune le regarda gravement.

     -"Vous savez, je ne sais pas si je vais oser, ça flashe trop en moi."

     -"Ce sont elles qui vont flasher, lui répondit Ghislain. Allez-y, vous êtes jeunes, vous avez la vie devant vous. Merci, merci de cette éternité que vous venez de m'offrir en un instant."

De nouveau le garçon le fixa de sa gravité souriante, puis, sans lui serrer la main,- ce n'était pas nécessaire - il s'éloigna doucement.

Il se trouvait déjà à trois, quatre mètres, lorsque soudain Ghislain réalisa qu'il avait oublié de lui demander son nom.

     -"Comment vous appelez-vous ? Quel est votre nom ?"

Déjà lointaine, sa voix, comme si elle venait d'un autre monde, lui renvoya "JONATHAN".

     -"Au revoir, Jonathan !"

Ghislain ne le regardait pas, il ferma les yeux quelques instants comme pour prolonger en lui cette extase, cette rencontre dont il se demandait encore si elle s'était passée dans ce qu'on appelle la réalité, au sens objectif du mot,  ou en une sorte de songe prémonitoire des réalités ultimes.

Quand illes rouvrit, un peu plus tard, en tournant son regard dans la direction qu'avait emprunté Jonathan, Ghislain ne le vit pas plus d'ailleurs que les deux jeunettes.

Ne restait plus autour de lui que le chant des cigale, les ploufs des poissons, le crissement de la rivière, le joyeux ballet des libellules, la beauté visuelle et auditive aussi forte, plus forte même qu'auparavant.

Jonarhan avait disparu et pourtant Ghislain continuait à le sentir en lui et il savait que jusque la dernière minute de sa vie, il serait étincelle au coeur de lui, il guiderait ses pas, il l'éclairerait, le fortifierait, lui, l'archange Jonathan, venu de nulle part, parti dans un mystérieux ailleurs mais vivant en ce
centre, là où il lui avait demandé de le rejoindre ainsi que toutes celles et tous ceux vivants ou disparus qu'il aimait.

Ghislain consulta distraitement sa montre poignet. Il avait encore une demi-heure avant de remonter dans sa nouvelle communauté. Il avait d'abord penser faire le tour du village avant de rentrer, mais il n'en n'avait plus du tout envie. Il restait sur sa vieille marche de pierre, émerveillé par le spectacle du torrent, dont le chant semblait résonner encore des paroles magiques du bel inconnu.

Dans une de maisons, en face de lui, un piano égrenait joliment les notes d'une cantate de Bach qui lui sembla ajouter une dimension sonore à ce paysage idyllique.

Quand le temps fut venu pour lui de regagner sa montagne, il s'arracha à regret de ce milieu, où, il en était persuadé, quelque chose de neuf et d'irrémédiable venait de naître en lui.

En remontant le sentier pourtant escarpé qui le conduisait à l'Ashram du SALUT, ainsi que l'appelaient les frères qui l'habitaient, Ghislain avait l'impression de voler sous l'impulsion de la joie profonde qui l'habitait. Il ne cherchait pas à disserter ni à remettre en question sa mission, il n'avait plus assez de liberté intérieure pour cela, mais il se sentait heureux, ce matin-là comme il ne l'avait plus été depuis si longtemps, qu'il se demandait  même s'il avait déjà été vraiment heureux une seule fois dans le passé.

Quand il parvint à l'entrée de l'ashram, la soeur présente de l'acceuil lui adressa un grand sourire :

     -"Bonjour, Monsieur Martin, comment avez vous trouvé Lasalle, c'est un joli village, n'est-ce pas ! Je suis sûre que vous allez vous plaire parmi nous."

     -"Que dois-je faire à présent ?" lui répondit Ghislain habitué depuis des semaines à ce que d'autres découpent le temps pour lui.

     -"Mais, vous avez encore vingt minutes avant le repas de midi. Vous pouvez, si vous le voulez, aller vous reposer quelques instants dans votre chambre, car la montée jusqu'ici est dure. Mais si vous préférez visiter la maison, ne vous gênez surtout pas. Notre réfectoire se trouve juste devant vous, la dernière porte à droite tout au bout du couloir."

Tiens, se dit Ghislain, heureusement qu'on m'a mis en garde à Villebon. On prendrait  vraiment ces gredins comme des femmes et des hommes  de grand coeur et d'esprit. Comme ils cachent bien leur jeu !

(à suivre)


Ce récit dans le roman reprend l'histoire bien réelle de ma rencontre avec Jonathan que vous pouvez écouter dans un article antérieur : "Jonathan ...", le 7 août 2009.


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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