Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY

Dans le bus, il eut de la peine à déposer sa lourde valise dans le filet surplombant le siège et il s'assit à côté d'un paysan âgé qui rentrait chez lui en portant sur ses genoux un panier traditionnel dans lequel se mêlaient les produits invendus de  ce qu'il avait emportés à la ville, quelques légumes et une douzaine d'oeufs et ce qu'il y avait acheté pour le ramener à sa ferme, une pièce de tissu que Ghislain trouva de très mauvais goût, un tablier de cuisine pour son épouse et un transistor japonnais qu'il tentait de faire fonctionner comme un grand enfant.

Il sentait de plus affreusement l'ail et Ghislain pour oublier cette odeur qu'il n'affectionnait guère se plongea dans la contemplation du paysage de plus en plus beau au fur et à mesure qu'on s'approchait d'Anduze, merveilleuse petite bourgade touristique. Un jeune couple derrière lui parlait d'une bambouseraie qui faisait la fierté de cette cité ainsi que d'une antique horloge solaire apposée sur une vielle tour.

Ghislain ne vit que cette horloge solaire qui effectivement valait le détour, puis le bus s'engagea dans une vallée étroite et escarpée très verte qui longeait une rivière sinueuse dont le niveau d'eau était assez bas. Un peu partout des campings tout simples s'allongeaient le long des rives.

Enfin, on arriva à un pont, genre aqueduc et le bus prit la direction de la montagne en empruntant une vielle route accidentée longée de quelques mas qui faisaient de la publicité sur le fromage de chèvre.

Enfin ce fut Lasalle, village qui s'étire tout au long de sa quasi unique rue très étroite, où les voitures n'arrêtent pas d'avancer puis de reculer pour se céder le passage.

Il s'arrêta le long d'une jolie place comme on en trouve des centaines dans le midi avec son Eglise au clocher pittoresque, sa fontaine et, particularité propre aux Cévennes son temple, bâti sans doute par les Camisards, protestants révoltés contre l'autorité du roi Soleil.

Il reconnut de suite la voiture ou plutôt son chauffeur qui devait le conduire à la communauté du SALUT.

C'était un gars encore jeune, solide qui portait une courte toge blanche sur un pantalon en toile très "jeune". Souriant, il lui tendit une poignée de main énergique en lui souhaitant un très heureux séjour dans sa nouvelle famille.

S'emparant de la lourde valise, il la coucha dans la malle arrière de la voiture, puis ils gagnèrent en un petit quart d'heure par une sorte de piste de montagne la grosse ferme, un peu forteresse, qui abritait la communauté du SALUT.

Ce qui étonna Ghislain, devenu Martin pour la cause, au tout premier abord, c'est l'aspect bon enfant du hall d'accueil orné seulement de quelques jolies photos de montagne et l'allure souriante et détendue des hommes et des femmes jeunes et moins jeunes qu'il rencontrait sur son chemin.

Son chauffeur le confia à une jeune fille d'allure sportive qui le conduisit à un petit parloir où lui fut offert un repas plantureux. Elle lui posa quelques questions anodines sur son voyage, évitant avec soin toute curiosité malsaine.

Elle le conduisit ensuite à une petite chambre donnant sur une placette dominée par un imposant marronnier puis elle le laissa seul en lui souhaitant une bonne nuit après lui avoir annoncé que le petit déjeuner était à huit heures.

Très fatigué, Ghislain ne la retint pas, il déposa rapidement ses vêtements sur la petite table qui faisait face à la fenêtre et s'endormit aussitôt.

Le lendemain matin, ce furent des pépiements d'oiseaux qui le réveillèrent alors qu'il faisait déjà jour.

Ghislain courut d'abord à la fenêtre pour mieux observer l'espace qui jouxtait sa chambre. Elle lui parut plus pittoresque encore que ce que la nuit dernière lui avait laissé deviner. Au-delà du rideau des arbres, on devinait une vallée qui redescendait doucement vers le village. Tout au fond, à l'horizon, se profilaient les cimes des premiers contreforts des Cévennes qui s'élevaient à un peu plus de mille mètres.

Il regarda sa montre : déjà huit heures. On frappa à sa porte et la jeune femme de la veille l'invita à la suivre au réfectoire. Il se retrouva bientôt dans une sorte de salle de restaurant, mis à part que chacun allait se servir en vaisselle, pain, beurre et confiture dans une sorte d'arrière cuisine, puis se regroupait librement sur de petites tables également réparties dans la salle.

En croquant de très bon appétit de la baguette croquante à souhait, Ghislain ne put s'empêcher d'admirer l'écran de fumée derrière lequel le communauté du SALUT cachait ses turpitudes, car il restait persuadé du bien-fondé des critiques de ses anciens geôliers. Il allait devoir jouer serré pour les démasquer.

Après le repas, son guide, à son grand étonnement lui proposa de consacrer le reste de la journée à visiter le village en bas.Elle lui indiqua un raccourci qui lui permettrait de se retrouver au centre du village en un peu moins de vingt minutes.

Ce sentier, un peu glissant, car il avait plu la veille, traversait une nature splendide et préservée. Partout, le chant des cigales lui rappelait le charme du midi.

Quand il parvint au village, le biologiste namurois fut frappé par le style classique de ce village qui, pour l'essentiel, était resté le même qu'au début du siècle.

(à suivre)


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article