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Publié par BALCHOY


La conscience (soznane) n'a pas pour fonction de discerner les valeurs morales.
D'autres termes nous permettent d'affiner l'anthropologie Dostoïevskienne. : "Chouvstvo (sentiment) et "Jelane" (désir).
On peut y voir également des sources ou moyens de connaissances, mais ils ne concernent que les réalités spirituelles.
Le "JELANE" désigne le besoin foncier des biens ou des valeurs recherchés par le coeur, sans lesquels l'homme ne pourrait ni ne voudrait vivre (1) Le "CHOUVSTVO" fait percevoir l'idéal ou la valeur visée.  Ainsi, l'homme ridicule attribue une telle importance  au désir qu'il
n'hésite pas à y voir l'origine même de l'idée de Dieu.

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(1)  Quant à l'amour (Lioubov) réalité liée évidemment au "coeur", il désigne tout à la fois un but à atteindre et un sentiment ; chez notre auteur, la première de ces deux significations est la plus fréquente. Il en sera question plus loin lorsqu'il sera question des différents usages des facultés ici mentionnées. Cf. cette étude page ...
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     -"Ils s'agenouillèrent devant le désir (JELANE) de leur coeur, déifièrent cette envie." (2)

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(2)"Journal d'un écrivain, avril 1877, page 526 : à la lumière de l'ouvrage de Claude Bruaire sur Hegel, on pourrait penser ici à une influence de la dialectique du désir dans la perspective hégélienne. La recherche de Dieu, ce n'est pas un cri stupide, ni une assertion gratuite, ni une affirmation qui libère de la peur de la damnation, ni un divertissement de la curiosité rationnelle. Elle doit s'inscrire sur une donnée constitutive de la nature humaine : le désir. Ce désir s'inscrit dans la logique de l'existence. On doit admettre l'existence d'un désir qu'on ne peut réduire à la liberté et qui est indispensable à la raison pour la guider vers son objet. Création de l'imagination, en un certain sens, l'absolu, écrit Claude Bruaire, reste toujours insaisissable ; on ne l'atteint naturellement que par le désir et le désir est indéterminé car il n'offre qu'une tension et donc pas une "saisie" objective.
"S'il y a donc appréhension de l'être dans l'appétition, il n'y a pas pour autant représentation." page 73
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Ainsi apparaît un principe de diversification qui va séparer de plus en plus radicalement les facultés inférieures en deux catégories que Dostoïevski appelle parfois "l'ordre de l'être et de la raison" d'une part et par ailleurs "l'ordre du coeur".

     -"Tout cela s'est passé comme il arrive toujours en songe quand on franchit le temps et l'espace, transgressant toutes les lois de l'être et de la raison et que l'on ne s'arrête que sur les points où le coeur aspire. (3)

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(3) Journal d'un écrivain, avril 1877, page 520 (éd. russe, tome III, page 149) L'indépendance des deux plans ressort bien de ce texte déjà cité, page ... "Par ailleurs (article second) l'intelligence humaine entraînée dans le domaine des connaissances agit indépendemment du sentiment et par conséquence du coeur." Correspondance de Dostoïevski, tome I, lettre II du 31/10/1838.
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On peut parler également, semble-t-il, d'ordre de l'amour et de l'être, ainsi que le suggère cette réflexion du vieux Stépane Trophimovitch :

     -"L'amour est le couronnement de l'être ; comment l'être ne lui serait-il pas soumis ?" (4)

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(4) Les démons, page 692
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Entre ces deux ordres subsiste une relation de subordination. L'ordre de l'amour ce n'est pas hors de l'être, il en est le sommêt. Pour rendre à chacun sa spécificité nous qualifierons d'être dynamique ou créateur l'ordre du coeur en raison du rôle considérable qu'y jour la libre volonté. En revanche,  l'être statique désignera plutôt tout ce qui est déterminé et indépendant du coeur.

Comment l'homme s'approprie-t-il cet amour statique et dynamique ? Selon Dostoïevski le "réel", être ou amour se reflète sous forme d'idée ou de sentiment dans le moi sous l'influence ce ces facultés essentielles que sont l'intelligence (OUM) et la conscience morale (SOVEST). L'homme ne peut connaître qu'en soumettant le réel à ses lois propres qui le transforment en "savoir" ou en "sentiments subjectifs".

Il est vain de prétendre goûter ou connaître les valeurs ou les réalités "en soi", indépendemment de soi. Nous ne les percevons que dans la mesure où elles sont déjà en quelque sorte devenues "notres". Dostoïevski n'hésite pas à en nier d'une certaine façon   l'existence, en ce sens ce ce que nous savons ou goûtons d'une réalité n'existe qu'en nous.

     -"On dit qu'il faut représenter (5) la réalité comme elle est, alors qu'il n'existe pas du tout une telle réalité et elle n'a jamais existé sur la terre, parce que l'essence des choses est au-delà des capacités humaines, mais elle ressort de la nature de telle façon qu'elle se reflète dans son "idée" ou passe par son "sentiment."

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(5) Journal d'un écrivain , éd. russe, tome I, page 281
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Les deux modes de "connaissance" ou d'approche et de saisie du réel correspondent aux deux ordres distingués plus haut. Leur but est d'enrichir, chacun à sa façon, la personne humaine en la mettant en contact avec l'être, saisi d'une part comme vérité (ordre de l'être et de la raison) et par ailleurs comme une valeur morale ou esthétique (ordre de l'amour et du coeur). Leur indépendance mutuelle ne les empêche pas de s'influencer dans le concret de la vie.
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