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Publié par BALCHOY

Cette fois, Ghislain comprit qu'il ne pouvait plus se contenter d'ânonner l'enseignement reçu. D'un ton cette fois convaincant de sincérité, il confessa :

     -"Vous savez, je ne suis ni théologien, ni philosophe. Je suis convaincu que ceux qui dirigent "LA FLEUR DE LOTUS" sont des gens de bonne volonté qui veulent un avenir meilleur pour notre humanité. Ne me demandez pas les raisons de mon adhésion. Je serais bien incapable de vous les développer. J'y crois, c'est tout."

     -"Je préfère, moi, la foi toute nue ; ça vous va bien. C'est drôle, à vous voir je vous croyais tout autre, plus personnel, plus critique. Vous êtes encore plus toqué que mon copin de Marc, qui dit de belles choses mais ne se gène pas pour contredire par ses actes les beaux discours qu'il me tient."

     -"Tu exagères, Christine, je t'avais simplement proposé de passer me voir à la gare mais pas de m'accompagner pour tout le voyage."

Puis, se tournant vers Ghislain :

     -" J'espère que je peux compter sur votre discrétion. Vous savez, ce n'est pas ce que vous pensez. Christine est une copine de lycée, rien de plus..."

     -"Espèce de salaud, tu me dégoûtes, tu as peut-être une jolie gueule, mais tu es un lâche."

Et  la jeune fille de se tourner à son tour résolument vers le paysage qu'il feignit d'observer avec attention.

Ghislain, pour sa part, hésita longtemps avant de lui répondre. Il savait bien qu'à "LA FLEUR DE LOTUS" le célibat n'était ni obligatoire ni même conseillé. En revanche l'amour épisodique ou libre était sévèrement réprimandé comme un signe manifeste de la dégénérescence de la société moderne. Sans éluder le souhait de Marc, il tenta de lui répondre en alliant son respect de l'esprit de la communauté et son refus de juger.

     -"Ne crains pas, Marc, je n'ai rien d'un dénonciateur, pourtant ce n'est pas à moi, le néophyte à te rappeler les règles essentielles de l'amour parmi nous. Pourquoi ne persuades-tu pas ton ami de nous rejoindre ? Enfin, ce n'est pas mon affaire, excuse-moi de me mêler de ce qui ne me regarde pas."

Ghislain s'appuya alors sur l'accoudoir de son siège et tenta de se replonger dans son sommeil.

Le reste du voyage fut sans histoire. Quand le mari de Ria se réveilla, le train abordait les faubourgs de Lyon. La jeune fille, sans un mot, lui tendit un autre sandwich tandis que Marc, au passage du limonadier, lui offrit un café.

Marc n'affichait plus rien de son arrogance du départ de Paris. Il semblait horriblement gêné et si Ghislain avait voulu en profiter, il aurait pu les quitter assez facilement et même descendre à une gare intermédiaire. Pourtant, non seulement il ne le fit pas mais l'idée de s'échapper ne l'effleura même pas.

Le train à présent entrait peu à peu dans la moiteur du midi. Dans quelques heures, il serait à Alès, terminus de son trajet ferroviaire. A un moment - il était tellement distrait qu'il aurait été incapable de préciser de quelle gare il s'agissait, il changèrent de train.

Le paysage devint de plus en plus montagneux, la terre aride et sèche et en fin d'après-midi enfin le train entra en gare d'Alès, terme de la première partie du voyage.

Normalement Marc devait conduit Ghislain jusque Lasalle où se trouvait le monastère du "SALUT" ainsi que s'appelait elle-même la communauté à laquelle il devait s'intégrer.

Manifestement il avait surtout envie de terminer la journée avec sa jolie amie, mais il n'osait demander à son "collègue" s'il pouvait sans crainte le laisser seul pour la dernière étape du voyage.

Si ce dernier n'était plus capable de juger avec esprit critique  le bien fondé de certaines croyances ou démarches, il demeurait en revanche particulièrement perméable à tout  ce qui concernant de près ou de loin l'amour ou la tendresse humaine. Marthe restait sans caisse présente en lui de mille et mille façons. Aussi entreprit-il de délivrer le jeune frère de ses scrupules en l'encourageant de rester avec Christine.

     -" N'aie aucune crainte, j'ai la ferme intention de me rendre à Lasalle comme prévu et si, plus tard, les frères de la "LA FLEUR DE LOTUS" m'interrogeaient, je certifierai que tu est resté avec moi jusque la dernière minute. Dans un domaine qui touchait de si près à ses émotions les plus fortes, Ghislain ne ressentait aucune culpabilité à "mentir"; à ses yeux d'ailleurs, il ne s'agissait aucunement de mensonge mais d'occultation d'un fait anodin en vue de préserver un plus grand bien.

Après avoir dit "adieu" à Christine et Marc, tout heureux de se retrouver seuls, Ghislain monta dans le bus sale et poussiéreux qui allait le conduire à Lasalle, la porte des Cévennes.
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