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Publié par BALCHOY

Quand il ouvrit les yeux, son premier regard se porta sur son compagnon qui avait laissé son livre sur le côté et mangeait de bon appétit un sandwich au jambon qui lui fit envie.
De "lugubre" qu'elle était tout à l'heure, son visage était devenu presque souriant. Mais ce n'était pas le plus surprenant.
A ses côtés, plutôt tout près de lui, se trouvait une jeune fille blonde aux grands yeux gris verts qui le fixait souriante. Elle mordillait elle aussi un sandwich très lentement comme si elle voulait faire durer le plaisir.

Intimidé, Ghislain n'osa réclamer, comme il en avait envie sa part et d'un air gêné se tourna vers la fenêtre pour éviter le regard un peu narquois de son vis à vis.
Or, à ce moment, le train traversait une plaine grisâtre pour lui sans aucun intérêt. Heureusement cette situation entre cocasse et ennui ne dura pas trop longtemps car la fille soudain pouffa de rire en secouant son voisin.

     -"Dis, il est toujours aussi timide ton voisin. On dirait qu'il veut sauter du train par la fenêtre tant il a peur de nous regarder."

Manifestement, ce n'est pas une timide se dit Ghislain, rouge comme une pivoine en se forçant à se retourner ; il tenta de lui rendre un sourire si crispé qu'elle s'esclaffa :

     -"Bonjour, ami, tu sais, je ne vais pas te manger. Mais au fond, tu as peut-être faim. Qu'en penses-tu, Marc ?"

En même temps elle sortit d'un sac à côté d'elle un sandwich qu'elle lui tendit. En le saisissant, Ghislain toucha par inadvertance ses doigts et tout en lui frissonna comme s'il avait reçu une décharge électrique. Pourtant ce choc émotionnel ne lui venait pas tellement de  la voyageuse mais lui rappelait  les doigts si fins de Marthe.
En un instant, il se retrouva mentalement à mille milles de Marc et de son amie face au visage aimé qui lui manquait tellement déjà. Heureusement il savait que dans trois petits jours il allait la retrouver dans ce nouveau milieu qui, c'est vrai, lui faisait peur. Sans doute l'interdiction de lui manifester là-bas le moindre signe de reconnaissance noircissait quelque peu la joie des futures retrouvailles mais, au moins, il pourrait la voir, cueillir peut-être en son regard une étincelle de tendresse et... la vie serait tout autre !

Mais le moment n'était pas opportun pour rêver. La jeune fille le lui rappela avec humour.

     -"Hé, où êtes-vous donc partis, gentil monsieur, c'est pas bien de nous laisser tomber comme cela. Dites-moi plutôt comment vous trouvez mon sandwich."

Surpris, Ghislain tout rouge d'émotion bafouilla un

     -"Excellent, mademoiselle."

alors qu'il n'avait pour ainsi dire pas entamé le petit pain.

La jeune femme éclata de rire en se tournant vers son ami :

     -"Dis, il est marrant ton copin. Sont-ils tous comme lui dans ta sacrée communauté ?"

Puis, se retournant vers Ghislain :

     -" Au fond, vous pourriez peut-être me dire ce que vous pensez de cette fichue "FLEUR DE LOTUS". Personnellement, je n'arrive pas à comprendre comment en plein coeur de la France, des gens apparemment sensés s'évertuent à vivre comme au Moyen-âge ou bien comme si elles vivaient sur les flancs de l'Himalaya."

Ainsi interpellé à brûle pourpoint, Ghislain chercha des yeux de l'aide auprès de Marc, mais celui-ci, gêné, détourna les yeux et fit semblant à son tour de se plonger dans le paysage.

Alors le biologiste namurois prit son courage à deux mains et s'évertua à expliquer à sa vis à vis que lui aussi avait été au début gêné par le ritualisme quasi religieux de la communauté puis qu'il avait peu à peu compris que toute vie sociale a besoin de signes qui la distinguent dans la société. Pour exprimer se rupture avec le matérialisme ambiant, la FLEUR DE LOTUS s'était créé au niveau des vêtements, des relations inter-personnelles une manière de se singulariser et de se hiérarchiser à l'opposé de ce qui se passait dehors.
Ghislain récitait cela avec conviction interne - sa cure psychologique continuait à fonctionner, mais il avait à ce point l'air de réciter une leçon que la fille ne fut pas dupe :

     - "Dis-donc, copin, je ne t'ai pas demandé d'être porte-parole officiel de ta communauté et de répéter comme un perroquet ce qu'on t'a appris. Qu'en penses-tu toi-même ? C'est cela qui m'intéresse; toutes les sornettes que tu me débites, Marc me les a déjà serinées cent fois et je n'y crois toujours pas. Parle-moi franchement. As-tu trouvé vraiment un nouveau sens à ta vie en t'habillant comme un clown et en abandonnant le fruit de ton travail à un pseudo-sauveur de l'humanité ? "


(à suivre)


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com



  
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