Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY


Dans les "Nuits d'hiver sur des impressions d'été", l'écrivain assimile parfois le "moi" (ya) à la personnalité séparée ou isolée (otdielny) si fréquemment exaltée en Occident et que, pour sa part, il condamne formellement (1)

-----------------------------------------------------------------
(1)"... Or dans la nature occidentale en général, on rencontre à sa place le principe particulariste de la conversion de soi renforcée, de l'activité personnelle, de l'autodétermination dans son propre "moi", de l'opposition de ce "moi" à la nature (priroda) et à la société entière, comme principe autonome, complètement égal et équivalent à ce qui existe en dehors de  lui." (Notes d'hiver sur des impressions d'été, page 134 (éd. russe, page 342)
-------------------------------------------------------------------

C'est que pour lui, l'épanouissement personnel est lié au sacrifice du "moi" à la société. (2)

--------------------------------------------------------------------
(2) "Cette personnalité qui s'insurge et revendique devrait avant tout sacrifier tout son "moi" à la société, ne pas l'exiger, ce droit, mais le céder sans aucune condition." (Notes d'hiver sur des impressions d'été,) page 134.
--------------------------------------------------------------------

Ainsi dans certains cas, le "moi" apparaît comme un instrument au service du développement personnel (3)


---------------------------------------------------------------------
(3)  On retrouve une formulation analogue dans le "Carnet de Macha". Il y est dit que l'utilisation suprême qu'on peut faire de sa personne, de l'épanouissement total de son "moi", c'est de l'anéantir (sic ...)de la donner à tous et à chacun sans partage ni réserve" (page 60-61)
Il arrive même que le mot "LICHNOST" désigne l'objet à sacrifier, à savoir un mode de cette personnalité : l'autoaffirmation qui est un obstacle essentiel à l'épanouissement véritable. "Une personnalité fortement développée, conscience de son droit d'être une personne, n'ayant plus aucune peur pour elle-même, ne peut rien faire d'autre de sa personne, c'est à dire aucun meilleur usage que de la donner à tous et à chacun."

--------------------------------------------------------------

On se trouve donc en présence de deux significations, toutes deux étroitement reliées à la personnalité. Tantôt le moi s'y identifie purement et simplement, tantôt il s'en distingue, puisque son "anéantissement" ou son "don total"est condition d'épanouissement. L'expression "moi séparé" ou émancipé ou parfois "personnalité séparée" ne s'applique évidemment qu'à ce second sens. (4)

--------------------------------------------------------------------
(4) Un texte des "Frères Karamazov"  fait correspondre le "moi" à ces deux sens. S'adressant au diable, Yvan s'écrie : "Tu n'en sais rien et tu verrais Dieu ? Non tu n'es pas toi-même, toi, c'est moi , tu es moi
(ty - ya) et rien d'autre." Et le diable de lui répondre ironiquement : "Dieu et Satan lui-même, tout cela ne m'est pas prouvé. Ont-ils une existence propre ou bien est-ce seulement une émanation de moi, le développement successif de mon "moi" qui existe temporellement et personnellement." page 672 (éd. russe, page 360 du tome II : la traduction de la Pléiade a été quelque peu modifiée par souci d'une plus grande fidélité au texte original.)
----------------------------------------------------------------------------

De toute façon, ce "moi autonome" semble être une entité propre, puisque Dostoïevski continue :

     -"Ce reste (5) devrait venir lui-même à cette personnalité revendiquant un droit, à ce "moi" distinct (ya Otdielny)" (6)

-------------------------------------------------------------------------------
(5) Il s'agit de la nature et de la société.
(6) "Notes d'hiver sur des impressions d'été" page 135 (éd. russe, page 343)
--------------------------------------------------------------------------------

  b) Facultés supérieures

Il a été question jusqu'ici des termes qui désignent l'homme en sa totalité psychique. Nous aborderons à présent  ses facultés "supérieures".

Citons tout d'abord "DOUKH", esprit. C'est lui, selon l'écrivain, qui nous met à part dans l'univers. Il dérive du verbe "DOUT" (souffler) comme DOUCHA et traduit bien le "PNEUMA" grec. Il vise l'intériorité du sujet personnel face aux réalités extrinsèques
;  "Doukh" semble en ce texte synonyme de Doucha. (7)
---------------------------------------------------------------------------
(7) "L'âme (Doucha) ou l'esprit (Doukh) vivent par la pensée que leur chuchote le coeur. La pensée naît dans l'âme." Correspondance de Dostoïevski, tome I, lettre 11 à Michel Dostoïevski (31/10/1838) Cf. le texte cité plus hauit page ...   (note...)
-----------------------------------------------------------------------------


En voici un  autre exemple, tiré du "Journal d'un écrivain" où Dostoïevski parle d'une vision objective du Christ survenue à un jeune homme au moment où il allait perpétrer un horrible sacrilège. (8)


     -"Pourquoi apparut-il sous une forme imagée, comme tout à fait extérieure, indépendante de son esprit (DOUKH). C'est là un problème psychologique considérable et c'est l'affaire de Dieu" (8)

-------------------------------------------------------------------------
(8) Journal d'un écrivain (éd. russe) tome 1 (1873) page 232.
----------------------------------------------------------------------------

(à suivre)


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article