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Publié par BALCHOY

     -"T'as peut-être raison, Marthe, pardonnez-moi ma vivacité, mais je suis assez irascible ces temps-ci, ce doit être le changement de saison ou mon foie qui me taquine."

     -"Ne vous en faites pas, mon ami, s'écria, le sourire aux lèvres l'infirmier qui débouchait déjà sa bouteille de sirop, avec quelques gouttes de mon élixir, vous allez vite voir la vie tout autrement, après un bon sommeil réparateur."

Déjà il remplissait une cuillère à soupe et la tendait vers la bouche de Marthe, tandis que ses deux compagnons s'approchaient l'oeil mauvais, au cas où..."

Marthe docilement ouvrit grande sa bouche et absorba non sans une grimace presque comique le liquide jaunâtre et gluant qui adhérait au métal au point qu'elle dut presque le lécher avant qu'on la laisse tranquille. Elle se déplaça aussitôt vers une des larges baies, feignant de regarder le magnifique parc qui lui faisait face. Aussitôt un des deux infirmiers la suivit et l'observant du coin de l'oeil, se tint à ses côtés, sans rien dire, l'air plus que menaçant. Elle tenta de prendre son mouchoir pour éponger la drogue qui lui remplissait la bouche, mais l'autre lui saisit violemment le bras en le tordant légèrement.

     -"Dis donc, ma bonne dame, faudrait pas me prendre pour un demeuré, aussi vrai que je m'appelle Honoré, vous allez m'avaler et vite ce sirop qui vous vous mettra dans des conditions optima pour ce que vous savez."

La mort dans l'âme, Marthe s'exécuta, avalant le liquide amer comme du chicotin.

Pendant ce temps-là, le frère infirmier tendit à Ghislain une cuillère. L'autre garde le soutenait moralement en fixant des yeux méchants et décidés sur lui,  qui avait pourtant une envie folle d'envoyer promener au diable l'ustensile qu'on lui tendait.

     -"Allez, frères, - tiens pourquoi l'appelait-il encore ainsi - avale vite, après tu pourras dormir en paix et tu verras comme demain tu te sentiras bien."

En même temps, il lui insérait presque de force la cuillère dans les lèvres, mais Ghislain, à nouveau furieux,  d'un geste brutal rejeta le tout à l'autre bout de la pièce.

     -"Espèce de salaud, lui jeta avec colère la gardien en le giflant violemment, tandis que l'infirmier accroupi ramassait la cuillère et revenait au centre de la pièce où Ghislain, solidement maintenu par les deux sbires, attendait cette fois d'un air résigné.

En un instant, il avala la drogue sans plus chercher à résister, tout en regardant d'un air navré sa compagne, comme s'il voulait s'excuser de céder si vite.

Sans plus rien leur dire, les deux gardes les ramenèrent chacun dans leur chambre qu'il fermèrent à double tour.

Déjà las et abattu, Ghislain se laissa tomber dans son lit ; il eut à peine le temps de se dire qu'il n'avait rien réussi à confier à Marthe, qu'il s'endormit lourdement. Toute la nuit, il s'agita bruyamment n'arrêtant pas de se retourner et l'esprit rempli de cauchemars plus effrayants les uns que les autres. Dans ses rares moments de conscience, enfin de demi-conscience, il se sentait courbaturé et couvert de transpiration.

Il avait beau tenter de "faire le point", il était incapable de se rappeler où il était, ce qu'il y faisait et s'il se rappelait à peu près son prénom, il n'avait plus aucune idée de son nom de famille et aurait été incapable de dire s'il était marié et avait des enfants. A peine, s'il se souvenait vaguement de son labo à Gembloux.

Ces flashes de réalité ne devaient guère durer plus d'une ou deux minutes d'où il replongeait brutalement dans l'univers chaotique de rêves délirants.

Quand l'aube dansante sur les murs le réveilla au tout petit matin, il entendit nettement le ronronnement mécanique d'un magnétophone d'où jaillissait une voix monocorde qui parlait de l'ennemi à vaincre et du pacifisme mondial à sauver.

Mais il était incapable de suivre le message tant sa tête était creuse et douloureuse. Il n'osa quitter son lit à cause de sa faiblesse. Il préféra attendre dans l'espoir d'une amélioration progressive.

A vrai dire, Ghislain ne se posait guère de questions pour la bonne raison que son cerveau ne fonctionnait plus qu'au ralenti. Chaque réflexion était le fruit d'un effort intense et il lui fallait arracher péniblement chaque mot un à un  d'un inconscient qui portait bien son mot.

Après un temps qui lui parut interminable, même s'il lui arriva de s'endormir pour quelques instants deux ou trois fois, la porte s'ouvrit brusquement.

Chaque fois qu'il reprenait des bribes de conscience, le discours presque mécanique du magnéto retenait un instant son ouïe sans qu'on puisse parler en aucune manière d'attention.

Cette fois, le frère infirmier de la veille, toujours accompagné de ses deux compagnons mais également du frère hôtelier lui apporta un déjeuner aussi copieux que d'habitude.

     -"Bonjour, Monsieur, si vous voulez goûter ces croissants succulants, il voudra avaler au préalable  deux cuillerées du sirop reconstituant. Ne vous étonnez pas, si vous semblez un peu faible, ce matin ; c'est une première réaction normale. Peu à peu, vous le verrez, vous vous sentirez mieux."


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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