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Publié par BALCHOY

Cette fois, Marthe ne répondit rien, mais sa main serra avec insistance le poignet de son compagnon tandis qu'en son regard brillait une flamme qu'il ne lui avait plus vue depuis longtemps.

Avant même d'arriver à la porcherie, ils la reconnurent à l'odeur pestilentielle qui s'en dégageait.

Il y avait bien une trentaine de porcs et de verrats qui se vautraient dans une boue grasse et saumâtre.

     -"Tu ne trouves pas, Ghislain, qu'on fait un procès injuste à ces pauvres bêtes en les qualifiant de sales ou dégoûtantes alors qu'on les confine dans des auges puantes et nauséabondes."

     -"Oui, peut-être as-tu  raison ? Il faudrait voir quelle serait leur vie dans un milieu sain, propre et entretenu avec autant de soin que l'écurie d'un pur sang ?"

Un peu plus loin, derrière un grillage rudimentaire, quelques moutons, en les voyant arriver, s'approchèrent dans l'espoir d'une caresse ou d'un peu de nourriture. Marthe les caressa longuement les uns après les autres, tandis que Ghislain, un peu en retrait, admirait le tableau gracieux de la jolie femme qui s'adressait à chaque mouton en particulier comme s'il était une personne.

 C'est à ce moment-là qu'ils entendirent derrière eux, un bruit de course effrénée d'abord, puis une voix légèrement essoufflée qui les interpella avec une nuance de reproche :

     -"Ah, enfin , vous voilà, ça fait plus d'un quart d'heure que je vous recherche et je commençais à m'inquiéter pour de bon, venez vite, le Grand Maître vous attend."

Celui qui leur parlait ainsi, moulé étroitement dans sa grande toge leur était inconnu. Il était jeune, très jeune même, moins de vingt ans à peine. Remis de ses émotions, il leur souriait gauchement tout en leur indiquant la direction à suivre.

Tout à fait rassuré à présent, il se tourna en marchant vers Marthe :

     -"Comment trouves-tu, Fleur écarlate, la ferme de notre communauté ? Je trouve que le frère fermier et son équipe ont fait du bon travail !  Au moins ici, nous sommes sûrs de la qualité de ce que nous mangeons."

Son amie n'eut pas le temps de répondre qu'ils se trouvaient déjà aux portes de l'appartement du Grand Maître qui s'ouvrirent devant eux comme si on guettait leur arrivée.

Tandis que leur jeune guide s'éclipsait discrètement, ils furent accueillis par le responsable des relations extérieures qui les pria de patienter quelques instants.

En fait, ils firent "pied de grue" durant près d'une demi-heure dans cette antichambre surchauffée où personne ne les invita à s'asseoir.

Ghislain en profita pour jeter un coup d'oeil sur les quelques tableaux qui ornaient les murs de la pièce.

Le plus important, pour ce qui est des dimensions en tout cas, était un portrait du Mahatma Gandhi, présenté en train haranguer une foule de pauvres à demi-nus comme lui.
Le peintre avait fort bien rendu les secrètes interférences qui unissaient l'orateur à son public.

Sur le mur en face, une lithographie représentait un village du midi, noyé dans le soleil. La composition en était fort équilibrée au point qu'il devenait presqu'impensable d'imaginer le merveilleux paysage de collines verdoyantes sans le village dont les toits dessinaient une symphonie de rouges très différents les uns des autres en fonction de leur âge, de leur exposition et sans doute aussi de leur entretien.

L'artiste avait organisé son tableau de telle façon que l'église sans pourtant se situer au centre de l'oeuvre donnait l'impression d'être le vrai point de gravité de la peinture. C'est vrai, se dit Ghislain,  ce que m'a dit aujourd'hui Cholenka ou Marthe, je ne sais plus au juste qui elle est, l'art est un moyen privilégié de bien situer la place juste, l'harmonie en quelque sorte qui devrait exister entre l'homme et l'univers.

Soudain, il lui sembla que le tableau se mettait à tournoyer lentement devant lui. Une migraine violente l'empêcha de poursuivre sa réflexion. C'est vrai que depuis son séjour dans la Communauté, il lui devenait difficile, voir impossible, de réfléchir sérieusement. Serait-il drogué ? Le seul fait d'être capable de se poser cette question lui parut de bonne augure et il se promit d'en parler à Marthe dès qu'il pourrait s'entretenir  avec elle sans oreilles indiscrètes.

C'est à ce moment qu'un brouhahas s'éleva dans la pièce, un frère manifestement subalterne se précipita vers la porte qu'il ouvrit en grand pour accueillir le Grand Maître toujours aussi élégant dans sa toge jaune qui, cette fois, passa à côté d'eux sans leur prêter attention.

Il leur fallut encore attendre une dizaine de minutes avant que ne s'ouvrit la porte du bureau même du responsable de la Communauté de la FLEUR DE LOTUS.

(à suivre)


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com


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