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Publié par BALCHOY

Un pâle soleil réussissait péniblement à traverser des nuages paresseux qui se reflétaient dans le miroir de l'étang. Un instant, ils se regardèrent souriants et émus, dansants au rythme des vaguelettes que le vent dessinait à la surface de l'eau.

     -"As-tu une idée, chérie, du temps qui s'est écoulé depuis que toi d'abord, puis moi, sommes ici."

     -"Et bien, je vais te faire un aveu, je n'en n'ai strictement aucune idée. Trois semaines ou trois mois ? Certains matins, j'ai l'impression que je ne suis ici que depuis quelques jours et à d'autres moments il me semble qu'il y a une éternité que je moisis chez ces gens"

     -"Mais, Marthe, une chose est sûre, quand je suis arrivé ici, nous étions au seuil de l'hiver. Je crois que j'ai quitté Liège à ta recherche tout au début du mois de décembre. Manifestement, nous sommes encore en hiver, même si heureusement le temps est assez clément."

Brusquement, en parlant à son amie, Ghislain revit mentalement Ria et ses enfants. Comment avait-il pu les oublier à ce point ? Sa tendresse envers Marthe ne suffisait pas à expliquer cette sorte d'amnésie. Manifestement quelque chose ne tournait pas rond en lui. Sûrement que son épouse avait remué ciel et terre, à commencer par les services de police ainsi que la presse pour le retrouver. Apparemment en vain !

C'est drôle, à ce moment précis où tendrement il s'appuyait contre la hanche de sa compagne, pleinement apaisé par sa présence, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au coeur en pensant à l'angoisse des siens à Namur.

Il fallait que d'une façon ou l'autre, il puisse au moins leur faire savoir qu'il était vivant et en bonne santé. En même temps, en regardant la cloture si facile à franchir au bout du pré voisin, il se demanda comment l'idée de s'enfuir ne leur était pas venue.

Sans doute étaient-ils plus surveillés qu'ils ne le pensaient, mais, - c'était un fait indiscutable - ils n'avaient sérieusement essayé ni l'un ni l'autre, comme si on les avait conditionnés à croire qu'il n'existait plus de monde possible pour eux que cette communauté.

     -"Tu as l'air bien soucieux, Ghislain,  à quoi penses-tu ?"

     -"C'est bien compliqué, ma mie,  T'es-tu déjà posé la question de t'enfuir d'ici. Ce serait peut-être matériellement difficile, maïs certainement pas impossible. Or, ni toi, ni moi n'y avons pas pensé et je me demande qu'elle en est la raison : sûrement pas un attachement inconditionnel à leur manière de vivre ni le sentiment de nous sentir en communion avec eux.
Or, nous n'avons jamais vraiment pensé. Je me demande vraiment quelle raison nous rive ici, nous pousse même à leur être agréable en dépit du mal qu'ils nous ont fait."

     -"Tais-toi, Ghislain, ce genre de conversation est stérile, injuste pour nos hôtes et dangereux pour nous. Si nous voulons vraiment nous en sortir, faisons ce qu'ils exigent et, tu verras, tout s'arrangera."

Ghislain sentit tout de suite qu'il lui fallait s'écraser sous peine de choquer sa compagne. Il dévia le tour de la conversation .

     -"Ok, chérie, si tu le veux, allons plutôt jeter un coup d'oeil sur les animaux de la ferme. Cela nous changera les idées."

Il lui prit le bras et tous deux, presque détendus, se dirigèrent vers les dépendances du château transformées en ferme expérimentale et écologique.

Ils longèrent tout d'abord un pré où gambadaient joyeusement trois chevaux pur-sang-arabes, un couple et leur petit très mignon.
Juste à côté, dans une autre pâture,  deux vaches les observèrent en mâchant lentement et en hochant la tête comme si elles voulaient les encourager.

     -"Comment les vois-tu, Marthe, je trouve pour ma part marrante la grosse avec une tâche brune et sa queue qu'elle manie comme un chef d'orchestre."

     -"Ne trouves-tu pas, Ghislain, que ces cheveux et ces vaches nous font un peu la leçon. Nous les humains, nous n'arrêtons pas de nous compliquer la vie à coup d'obligations et d'interdits de toutes sortes alors que les animaux qui se contentent de suivre la voie de leur nature, sont en un sens plus heureux."

     -"Curieux, ce que tu me dis-la, amie ; tout à l'heure devant le magnifique spectacle du poulain gambadant entre ses parents, j'ai senti intuitivement ce que tu viens d'exprimer avec justesse. Plus tard, nous aurons tout le temps de réfléchir à loisir à la condition humaine et animale.
C'est vrai que pour nous l'amour est plus compliqué que pour ces deux chevaux mais sans doute y-a-t-il une contrepartie agréable à nos problèmes de conscience.
Ce qui s'obtient au terme de nombreuses épreuves n'est-il pas enrichi en quelque sorte par les difficultés mêmes qu'il a fallu vaincre pour se concilier la tendresse de la personne aimée"

(à suivre)

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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