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Publié par BALCHOY


La liberté de ces hommes de Dieu n'a plus le caractère tragique qu'elle revêt chez Aliocha et Mychkine. Ils ont à ce point modelé leur être sur l'idéal du Christ qu'un retour en arrière semble impensable, en pratique tout au moins.
Ils ont dépassé, dirait-on, le stade de la tentation, baignés qu'ils sont dans l'amour divin. (1)

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(1) Cf. La troisième section où sera analysée cette liberté "en Dieu"
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Ce sont des êtres attachants : on regrette toutefois leur personnalité un peu trop idéale qui en fait des êtres d'exception. Zossime et ses frères spirituels n'ont pas le caractère incarné et concret d'un Aliocha. Mais n'est-ce pas inévitable ? Comment représenter la sainteté dans un roman sans tomber dans le genre "édifiant" ou pire "eau de rose" ? Le bien se remarque davantage quand il s'oppose au mal. La dualité morale qui est si agissante dans le coeur du novice nous le rend plus proche et nous encourage à le suivre. La perfection de Marcel, de Zossime... est si élevée qu'elle effraye un peu ; on la croirait aisément réservée à une toute petit élite. Pourtant le rappel de leur passé, trouble et souvent chargé, est là pour démentir cette impression. Le paradis est une réalité présente à tout homme qui sait regarder le monde avec des yeux neufs. Le Christ en donne l'avant-goût à   y consentent activement.



d) LE CIEL ET LA RESURRECTION DEFINITIVE AU-DELA DU TEMPS

Vivre le paradis du Christ 
peut devenir l'aujourd'hui de tous ceux qui acceptent le sens divin du monde et s'harmonisent aussi avec les pulsions de la vie. Ceux-là dépassent le morcellement du temps, signe du caractère provisoire et caduc du monde actuel pour atteindre le visage éternel des réalités. Il n'est pas donné à tous de passer par les expériences mystiques d'Aliocha, Mychkine ou Kirilov ; elles ne sont pas d'ailleurs sans danger, comme on a pu le constater. Mais la Foi donne à tout homme la possibilité concrète de faire éclater, sans équivoque cette fois, les limites du monde terrestre, en communiant inchoativement aux réalités d'en haut.

Tout homme qui s'engage fermement sur la voile qui mène à Dieu perçoit le monde avec le regard purifié ; il en saisit la bonté ontologique essentielle qui le caractérisait au sortir des mains divines ;  il goûte déjà dans le temps le bonheur que nous a promis Jésus. Cette expérience est cependant limitée tant que l'homme vit sur terre, car il n'est alors qu'un être de transition, qui, tout en évolution est encore incapable de saisir la réalité totale et éternelle. Le paradis du Christ en sa plénitude est le but final de l'évolution individuelle et communautaire de l'humanité. (2)

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(2) Carnet de Macha, page 60-61
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Quelle vie y mènerons-nous ? Nous serons en un "centre définitif" c'est à dire sans doute, au coeur de la "synthèse universelle" qu'on peut identifier à Dieu. Grâce à Jésus, nous reconnaissons un trait de cette existence future avec certitude :

     -"Ils ne prennent pas femme et ne convoitent pas, mais vivent comme les anges de Dieu." (3)

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(3) Carnet de Macha, page 60-61
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Au ciel, il ne sera plus question d'évoluer, puisque le but final sera atteint. La succession des générations, moyen nécessaire de progression dans un univers temporel, disparaîtra en même temps que l'isolement du couple. En accédant à l'éternité, pense Dostoïevski, l'homme se métamorphosera en un autre être qui ne prendre plus femme ni ne convoitera. (4)  Ainsi se réalisera la

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(4) "Le "moi" terrestre n'est pas pour Fédor Mikhaïlovitch le moi final. Il appartient à l'ordre de la génération charnelle qui est essentiellement processus temporel. Lorsque cesse le temps, le moi n'atteint pas l'éternité sous sa forme terrestre, car durant son existence temporelle, ce "moi" n'est pas encore l'homme vrai." Ch PFLEGER : Aux prises avec le Christ", traduit par L. Brevet, Mulhouse (éd. Salvator) 1949, page 190
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communion fraternelle et universelle dans l'éternité de la Synthèse divine. (5)

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(5) Il est intéressant de rapprocher les idées que notre auteur a consignées dans le "carnet de Macha" et celles du curieux auteur des lettres philosophiques, Pierre Tchaadaev, qui se fit vers 1830 l'avocat en Russie de bien des idées occidentales et même du catholicisme. Très probablement Dostoïevski connaissait cet écrivain et le rapprochement de tous deux montre bien qu'une certaine convergence existait dans la fermentation d'idées qui caractérise la Russie du XIX ème siècle. Nous reprenons  les idées de Tchaadaev selon le résumé qu'en donne A. Koyre, page 26

(à suivre)

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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