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Publié par BALCHOY

     -"Nous sommes persuadés que l'homme dont il va être question n'a pas seulement pour but de nous nuire mais qu'il est de plus l'agent d'une puissance étrangère soucieuse de "désarmer" unilatéralement notre pays pour pouvoir plus facilement le vaincre en cas de conflit majeur."

Il s'assit alors et mit en marche un magnétoscope qui leur présenta le visage d'un homme d'âge moyen barbu et chevelu, habillé d'une longue toge orange en train de discourir avec de grands gestes.

En fait Ghislain avait beaucoup de peine à saisir ses paroles couvertes par un commentaire violemment agressif. Curieux, se dit-il, cet homme paraît sincère et à première vue, je lui ferais plus confiance qu'à l'olibrius qui s'évertue à le discréditer.

En même temps qu'il se formulait cette ébauche de réflexion personnelle, Ghislain se tourna vers Marthe comme pour trouver chez elle un brin de réconfort car cela le gênait de se sentir en désaccord avec ses hôtes.

Elle regardait fixement l'écran comme si toute sa vie en dépendait. Loin de critiquer la diatribe que développait le petit écran, elle sentait subjuguée par la violence de ce ton ; dans ses yeux brillait une flamme étrange qui témoignait de son émotion intérieure.

Sans rien lui dire, elle lui toucha discrètement le coude de son index. La jeune femme sursauta et détourna à regret la tête en mettant un doigt sur ses lèvres.

     -"Chut, ce n'est pas le moment de plaisanter. Ecoute, c'est important. Demain , nous aurons  à agir en connaissance de cause."

Et elle se concentra à nouveau sur l'émission.

Résigné, Ghislain se décida à mieux prêter oreille au reportage persifleur qui à présent prétendait résumer en quelques maximes lapidaires les idées du "dangereux pseudo-pacifiste".

On le vit s'adressant à une assemblée de fidèles quelque part dans le sud de la France. Cet homme qu'on avait toujours appelé jusqu'ici "l'aigle rapace de Castillane" se présenta aux siens comme "le Maître de Justice". Il était grand, la quarantaine à peine entamée, plutôt bien fait.

Son visage énergique ne devait guère apprécier la contradiction et les obstacles à ses projets : un homme actif sans aucun doute, mais, en le regardant, Ghislain comprit un peu, malgré le commentaire haineux, que certains abandonnent tout pour le suivre.

A présent, un "repenti" de la secte de John Wesbake, c'était le nom légal du gourou de Castillane, décrivait longuement les trafics d'armes entre un pays communiste et les révolutionnaires d'Amérique latine qui transitaient à travers les "monastères" du Maître de Justice ainsi que les nombreux assassinats qui en résultaient.

Soudain, Ghislain sursauta en entendant les paroles : "Il est temps de réagir impitoyablement."

Depuis plusieurs minutes, son attention s'était relachée - c'est vrai qu'il lui était devenu plus difficile de soutenir quelques instants une réflexion un peu soutenue !

Brusquement le ton jusqu'ici persifleur de l'émission devint agressif et il s'aperçut avec un certain étonnement qu'il commençait à détester cet homme que pourtant il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, il y a quelques heures.

A nouveau, il se tourna vers sa compagne, immo : ile, les deux coudes appuyés sur la table, elle buvait littéralement des yeux l'émission.

Sans rien dire, Ghislain scruta avec attention son visage et fut frappé par la fixité quasi mécanique de son regard;

Cette fois, il n'osa pas la déranger, se contentant d'un vague "Hum, Hum !" qui laissa la jeune femme impassible.

Que faire dès lors sinon se résigner à écouter le "matraquage" qui se faisait de minute en minute plus violent.

De plus en plus passif,  Ghislain s'aligna bientôt sur l'attitude de son amie. Même les outrances du commentaire firent tout doucement leur chemin en son esprit et il en vint finalement à éprouver pour John Wesbake une animosité déclarée.

Enfin l'émission se termina non sans que le présentateur promette la fois prochaine de montrer comment "mettre fin" aux agissements  du sinistre pseudo-Maître.

En regardant Marthe du coin de l'oeil, Ghislain  eut l'impression de la voir s'éveiller au sortir d'un profond sommeil.

Elle se tourna vers lui en bâillant :

     -"Qu'en penses-tu, ami, au début je trouvais plutôt sympa cet espèce de leader religieux mais je trouve convaincants les arguments de l'émission. C'est  vrai qu'il faut faire quelque chose pour sauver les vrais pacifistes que des dévoyés de ce genre contribuent à mettre au ban de la société.

     -"tu sais, c'est la première fois que j'entends parler de ce gars. Je t'avoue qu'au départ, je l'ai trouvé plutôt sympa. Evidemment si tout ce qu'on nous a dit à son propos est vrai... mais si on parlait un peu de nous, que dirais-tu d'une petite promenade dans le parc. Il fait peut-être un peu frisquet dehors, mais rien de tel pour nous remettre les idées droites dans la tête."

     -"Ok ! Je passe chercher un chandail et on y va !"

Dix minutes plus tard, tous deux dévalaient en riant comme de grands enfants l'allée qui menait à un petit plan d'eau qui jouxtait la ferme.
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