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Publié par BALCHOY

On ne peut guère échafauder à ce propos que des hypothèses, puisque la mort a empêché l'écrivain de poursuivre la narration de son destin. Peut-être Aliocha devait-il incarner ce "grand pécheur" dont la foi ne devait triompher qu'au sortir de crises très graves, entrecoupées de périodes mystiques et athées. (1) Sans doute,

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(1) Correspondance de Dostoïevski (éd. franç.) tome IV, lettre 346 à Maïkov (6/1/1870)
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la conformité au Christ de l'Idiot est-elle plus détaillée et plus fouillée ; mais l'idéal d'Aliocha est bien plus qu'une idée, fût-elle évangélique ; c'est le Jésus de l'histoire, le seul qui ait effectivement existé et vécu. Grâce à son caractère pleinement humain, Aliocha offre une illustration vivante et attirante de la valeur personnaliste du Christianisme.



c) VIVRE SUR TERRE LE PARADIS DU CHRIST

Il existe dans l'oeuvre de Dostoïevski un certain nombre de personnages, si spirituellement proches les uns des autres, qu'on de demande parfois si chacun d'eux ne représenta pas, dans un milieu différent,  un modèle unique, positif et Christophore. (2)

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(2) Ainsi, parlant de Tikhone dans "Les Démons", le romancier s'exprime ainsi : "J'espère créer une figure majestueuse, positive et sainte." Dans "Les Frères Karamazov", il donne d'abord de nom de Makar à Zossime, de même qu'il appelle Aliocha, "l'Idiot" au début de sa rédaction.
Cf. Correspondance de Dostoïevski, éd. franç. tome IV, lettre 346 à Maïkov (6/4/1870) et les Carnets des frères Karamazov, page 820.
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Extérieurement pourtant, ils sont très différents.
"Tikone" est un évèque retraité dans un monastère, "Makar" de l'Adolescent, un pélerin permanent, "Zossime", un staretz vénéré et fréquenté, "Marcel" enfin, frère de Zossime, un jeune homme, miné par la phtisie.

Tout n'est pas admirable dans leur vie. Makar cède un jour sa femme à Versilov en acceptant même une sorte de dédommagement pécunier ; Marcel, avant sa maladie, avait perdu la foi et raillait les habitudes de ses parents ; Zossime, au temps où il était officier, se montrait dur et hautain envers ses subordonnés. Mais tous ces personnages se sont détournés du péché qui les enlisait dans la tristesse et la misère intérieure pour se tourner vers Celui qui est Vie et Amour.

Zossime raconte dans "Les Frères Karamazov" comment s'est réalisée en lui cette mutation intérieure qui a transfiguré son existence. Jeune officier, il frappe un jour sans motif son ordonnance. Peu après, il est amené à réfléchir sur le sens de son acte :

     -"Quand je me réveillai, le jour se levait déjà. Je m'approchai de la fenêtre et l'ouvris ; elle donnait sur le jardin ; le soleil; brillait, doux et clair, les oiseaux pépiaient : "Et quoi, me dis-je, j'éprouve comme un sentiment d'infamie, de bassesse ? Est-ce parce que je vais aller verser le sang ?"
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(3) Zossime doit se battre en duel ce joue-là
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Oh ! Ce n'est pas cela ! Serait-ce encore la peur de mourir, d'être tué ? Non, non, ce n'est pas encore cela ! Et tout à coup, je compris la raison de mon état ; c'était la correction que j'avais infligée, la veille, à mon ordonnance...
Comment un homme peut-il être réduit à cet état de battre un autre homme ? Quel crime insensé ! Ce fut exactement comme si longue pointe me perçait le coeur de part en part? J'étais là, stupéfait, abasourdi et le soleil brillait, les petites feuilles vertes étincelaient joyeusement, les oiseaux chantaient la gloire du Créateur... Je me couvris le visage de mes mains, je m'effondrai sur mon lit et éclatai en sanglots.

Alors, je me souvins de mon frère Marcel et de ce qu'il avait dit aux domestiques la veille de sa mort : ...'Est-ce ce que je mérite que vous me serviez ? Maman, maman, petite mère admirable, dis-toi bien que chacun d enous est coupable envers tous. Les hommes ne le savent pas, mais s'ils le savaient, ce serait le paradis.'
Mon Dieu, serait-ce vrai, me demandai-je à mon tour . En vérité, je suis peut-être le plus coupable de tous les hommes, le pire qui existe !'

Soudain, j'outrouvris toute la vérité : qu'allais-je faire ? J'allais tuer un homme bon, noble, intelligent, sans aucune offense de sa part ; j'allais rendre sa femme à jamais malheureuse, la torturer, la faire mourir."

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(4) Les frères Karamazov, page 320.
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