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Publié par BALCHOY

Combien foncièrement différent apparaît l'enthousiasme cosmique d'Aliocha en regard de celui de Kirilov et même de Mychkine. Le récit nous en suggère la raison.
La joie devient ici révélatrice existentielle de l'immortalité et de la miséricorde de Dieu. Les oeuvres humaines n'ont de valeur que parce qu'elles procèdent de cette bonté divine. Brusquement l'âme se sent appelée à la joie, au bonheur et à la liberté du paradis chrétien. Le jeune homme découvre l'harmonie des mondes céleste et terrestre. Aussi le voit-on se prosterner et baiser cette terre sous l'impulsion d'une force irrésistible, (1) aspirant à rentrer

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(1) Cf. Léon Zander, ouv. cité page 46-47 et 84 sur le sens de ce mystérieux rite. CF. les Carnets des Frères Karamazov, page 896 : " Quelque chose brûlait le coeur d'Aliocha ...mais le coeur se pâmait aussi de joie... Il se réveilla et ce fut comme si l'univers entier se révélait au coeur d'Aliocha"
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par elle en communion d'amour avec tout l'univers, au point qu'il voudrait pardonner à tous et pour tout et demander pardon non pour lui, mais pour les autres et pour tout (2)

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(2) Les Frères Karamazov, page 388
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Guardini voit en cette extase une prise de conscience de la vérité totale de l'être. Cette réalité qui s'impose avec tant de force et une évidence si absolue , n'est-ce pas la vérité terrestre se confondant avec la vérité éternelle de Dieu, qui se dresse devant l'élu ? (3)

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(3) Romano Guardini, ouv. cité, page 120-121
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Loin d'être dissolvante, l'expérience mystique d'Aliocha, en le persuadant vitalement de l'immortalité de son âme, le rattache à la terre. En baisant le sol, c'est toute la création venue de Dieu qu'il embrasse ; l'amour dont son coeur est enflammé est si fort qu'il s'élève jusqu'à l'inacccessibilité de Dieu. De ce contact unique et privilégié, lui qui s'était prosterné faible adolescent se relève lutteur solide pour le reste de ses jours. (4) Humblement il reconnaît en tout

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(4) Les frères Karamazov, page 388
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cela le doigt de Dieu qui miséricordieusement est venue visiter son âme pour la transformer.

Quel abîme entre les déductions de l'athée Kirilov et celle du croyant Aliocha ! Le premier s'imagine qu'en dépassant  le Christ et l'amour, il va devenir dieu, alors qu'il court en fait à sa perte. Le second, tout saisi par Dieu, redécouvre existentiellement l'idéal Christ et sa loi morale bâtie sur la primauté de l'amour, ce couronnement de l'être. (5)

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(5) Cf. les démons page 692-693.
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Aussi le voilà entraîné sur la route étroite de la sainteté où il rencontrera le bonheur et la joie véritable. Ressuscité intérieurement et transfiguré par son divin idéal, il redevient le chérubin respecté par son indigne père et chéri  de tous les gosses.

Contrairement à Mychkine, il est principe de salut pour les autres. Le Prince ne pouvait aimer que platoniquement ; Alexis aime réellement et activement. Lorsqu'il s'agit de réconforter les autres, il agit hardiment, ayant, tout autant que Mychkine, la conscience d'agir au nom de Dieu. Un jour, par exemple,  sachant que son frère se croit secrètement coupable de la mort de son père, il n'hésite pas à se présenter comme l'interprète fidèle de la volonté de Dieu pour le convaincre de son erreur :

     -"Tu t'es accusé, mais tu te trompes. Ce n'est pas toi ... C'est Dieu qui m'envoie te le dire. Je te le dis parce que tu crois en ma parole. C'est Dieu qui m'a inspiré." (6)

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(6) Les Frères Karamazov, page 631
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La comparaison des conclusions respectives des Frères Karamazov, des Démons et de l'Idiot fait éclater la supériorité du Christianisme d'Aliocha  sur celui du Prince et sur l'humanisme titanesque de Kirilov.
Kirilov périt désespéré et misérable ; dans l'Idiot, Hipolyte meurt révolté, Nastasia est assassinée, Aglaé sombre dans "l'hérésie" catholique, malgré la compassion et l'amour de Mychkine qui redevient finalement l'Idiot qu'il avait été.

La victoire d'Aliocha sur le mal est-elle définitive ?
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