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Publié par BALCHOY

Tout en mangeant, ils tentèrent de discuter un peu de la séance du matin. En vain !  Un observateur impartial en les écoutant, aurait cru avoir affaire à deux êtres immatures et de culture primaire. Ils recherchaient apparemment leurs mots, souvent abandonnaient une phrase à peine commencée, en perdant en route l'idée qui l'avait fait naître.

Marthe pose une question à Ghislain sur sa famille comme si elle abordait avec lui ce problème pour la première fois. Lui, par contre,  lui demanda quels étaient des hobbies, se souvenant vaguement qu'elle était passionnée par l'art, oubliant son atelier de Liège qu'il avait pourtant visité avec passion.

Il lui demanda soudain si elle se rappelait le terrible accident de chemin de fer où, pensait-il, ils s'étaient rencontrés pour la première fois.
A ces mots, le regard de la jeune femme s'alluma une seconde, comme si elle voulait rattraper au passage des idées filantes.

     -"Un accident de chemin de fer, tu me dis, oui, sans doute oui, je crois peut-être, j'avais mal, très mal. J'étais avec un copain, un certain - Oh je ne m'en souviens plus - il me semble que je me moquais de lui parce qu'il avait le nom d'un roi de légende - puis je suis tombé dans les bras d'un type sympa, une sorte d'idéaliste... Tout cela est si loin, si loin même que je me demande si ce n'est pas un rêve mal oublié. Pardonne-moi, Ghislain, c'est comme si un étau me comprimait la tête... Je ne sais plus...je ne sais plus...

Quand leur repas fut terminé,ils remirent soigneusement la vaisselle sur les plats, puis Marthe proposa à son ami  une petite sieste chez elle. Rien ne leur avait été programmé pour le reste de la journée. Ils avaient tout le temps. Ghislain acquiesça en déposant un baiser rapide sur le front de son amie.

Quelques instants plus tard, ils s'endormaient tous les deux, la main dans la main, étroitement enlacés dans un lit un peu étroit.

Au bout d'un quart d'heure, la clinche de la porte se releva doucement et une "soeur" habillée comme une infirmière, tenant en main une petite trousse, se glissa silencieusement dans la pièce.

Elle observa, un long moment pensive, le couple endormi, puis, se rapprochant, elle effleura tout d'abord la joue de Marthe qui soupira légèrement sans se réveiller. Plus audacieuse alors, elle saisit la main de Ghislain et lui prit le pouls.

Apparemment rassurée parce qu'elle vérifiait, elle tira de sa trousse une seringue hypodermique, la remplit à partir d'une ampoule puis sans hésiter injecta tour à tour à l'homme puis à la femme le liquide verdâtre qu'elle contenait.

Elle patienta quelques instants, immobile comme si elle voulait vérifier sur le champ le résultat de son intervention. Effectivement elle n'eut pas longtemps à attendre.

Ce fut d'abord chez Marthe que se produisirent les premiers symptômes : son visage devint brusquement rouge tandis qu'une sorte de tremblement spasmodique s'emparait de tout son corps.

L'infirmière retira alors de sa trousse un mini-enregistreur qu'elle approcha des lèvres de la jeune femme. Effectivement, sans se réveiller, celle-ci commença bientôt à parler à haute voix, suivi de très près par Ghislain, agité lui aussi de tremblements incontrôlés.

"Chouette, cette statue - attention qu'en pense le Grand Maître ! Aimer, quel rêve impossible - Que se passe-t-il ? Tout tangue. Au secours, Richard, nous sommes perdus... Nous racheter pour nous aimer, est-ce possible ?"

Son discours, toujours aussi décousu, se prolongea quelques minutes, centré de plus en plus sur des évènements récents.

Rassurée, la blouse blanche tourna son micro vers Ghislain qui semblait davantage souffrir que sa campagne.

Ne cessant de gesticuler, comme s'il parlait en public, le biologiste namurois semblait, occupé à ses travaux de laboratoire, s'adresser à un de ses assistants.

     -"Tiens, passe-moi, le flacon d'acide, non pas le rouge, le bleu, tu vois, j'en mets quelques gouttes et s'il y a de l'infection, le jaune en cette éprouvette virera à l'orange..."

Puis, sans aucune transition, il changea complètement de régistre :

     -"Chérie, laisse-moi te déshabiller, je t'en prie, j'ai envie de goûter  ton ventre d'albâtre..."

Rougissante, l'infirmière manipulait gauchement le micro, gênée des débordements verbaux de son patient.  A son grand soulagement, ce dernier finit par revenir au présent :

     -"J'en ai marre, vivement cette mission qui nous rendra notre liberté !"

Toute souriant cette fois, elle se releva rassurée. Tout allait bien, comme on le souhaîtait en haut lieu ; elle remit le petit magnétoscope dans sa housse et jetant un dernier coup d'oeil sur le couple au sommeil toujours aussi bavard, elle s'éclipsa discrètement.

Bientôt, tous deux cessèrent de s'agiter et sombrèrent dans un sommeil plus calme qui perdura jusqu'au lendemain matin, soit plus de vingt heures d'affilée.
...  ...

Ghislain entrouvrit un oeil : un arome de café moulu lui chatouillait agréablement les narines. Il faisait déjà jour, un pâle rayon de soleil dansait joyeusement sous le rideau baissé. Sur la table, un plantureux déjeuner les attendait.



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