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Publié par BALCHOY

Puis il se mit à retracer les grandes lignes de l'histoire du pacifisme oriental en France depuis la deuxième guerre mondiale en distinguant deux catégories essentielles, les vrais pacifistes dont le but est  de créer une humanité sans guerre ni violence et les snobistes de l'orient pour qui le terme "pacifisme" fait simplement partie d'une mode.

Bien entendu, la FLEUR DE LOTUS appartenait à la première catégorie, ainsi, ajouta-t-il,  que deux ou trois communautés implantées dans l'est de la France.
En revanche, très nombreux étaient les groupes plus ou moins farfelus, surtout éparpillés dans le midi où la recherche de l'insolite primait celle de la paix. Parfois même, derrière cette couverture ésotérique se cachait la satisfaction de passions plus ou moins inavouables.

C'est le devoir des vrais pacifistes de rendre publiques ces déviations qui rejaillissent sur les communautés vraiment spirituelles.

... Il vous faudra être très prudent."

Ghislain se demanda pourquoi et comment il devait être prudent. Il flottait dans un demi-sommeil ne réussissant que très péniblement à garder les yeux ouverts.
Confus, il se força à les ouvrir tout grands pour jeter un coup d'oeil sur Marthe. Elle lui parut au moins aussi assoupie que lui.
Mais leur animateur ne semblait pas inquiet outre mesure de cette passivité. Il s'adressait à eux en termes très simples répétant sous des formes légèrement différentes les mêmes affirmations comme s'il voulait ainsi les enfoncer dans leur inconscient.

Ce martèlement intellectuel commençait peu à peu à porter fruit dans l'esprit ébranlé des deux amis. Il lui devenait quasi-impossible de se distancer un tant soit peu des propos qu'on tentait de leur inculquer.

Des mots comme "bons pacifistes" et "brebis galeuses" flottaient dans leur esprit. Ils se sentaient peu à peu investis de la mission de défendre les vrais pacifistes contre les brebis galeuses qui abusaient de ce vocable pour asseoir leur volonté de domination.

Peu à peu, ces idées forces envahissaient la quasi-totalité du champ de leur conscience au point qu'il ne restait pour ainsi dire plus de place en leur esprit pour une réflexion personnelle et critique. Bien entendu, ni Marthe, ni Ghislain ne se rendaient compte de ce processus destructeur qui voulait faire d'eux de simples instruments passifs pour n'importe quelle besogne.

Enfin satisfait de leur attitude et ayant vérifié par quelques questions-réponses l'évolution conforme à ses prévisions de sa formation, le responsable des relations extérieures, jugeant manifestement inutile de leur demander s'ils avaient des questions à poser, les invita à se promener une demi-heure dans le parc avant le repas qui leur serait servi dans leur chambre.

En passant le portail qui donnait accès à l'arrière du bâtiment, ils clignèrent tous deux les yeux, éblouis par le soleil très bas en cette saison pré-hivernale.

Ghislain prit familièrement le bras de son amie et ils se dirigèrent paisiblement vers une petite mare que pompeusement on appelait "l'étang" dans la communauté.

Ayant bien de  la peine à aligner deux idées de suite, ils n'éprouvaient pas le besoin de se parlant, se contentant de se regarder avec un brin de tendresse au bout des yeux.


Arrivés au bord de l'eau, ils contemplèrent un instant leur image tremblante à la surface de l'eau que vint brusquement effacer une jolie poule d'eau qui se précipita vers eux sans doute pour quémander quelque morceau de pain.

Marthe fouilla en vain le fond de ses poches, tandis que Ghislain scrutait le sol autour d'eux, espérant y retrouver une vieille croute abandonnée. Il finit par trouver, coincé sous une pierre un vieux quignon de pain qui traînait là sûrement depuis longtemps. Il ferait l'affaire.

Il le tendit à son amie ; celle-ci à son tour s'inclina vers l'oiseau qui s'en empara gouluement, tandis qu'une autre poulette se précipitait pour participer à la fête. Les deux volatiles se disputèrent férocement une mie de pain tombée dans l'eau, au grand dam de nos deux amis déçus par cette agressivité soudaine.

Ghislain prit alors entre ses mains le visage de Marthe et se mit à le couvrir de petits baisers goulus.

Abandonnant sans regret l'étang, ils continuièrent à parcourir bras dessus, bras-dessous le parc en admirant ça et là de jolies feuilles où le vert d'été jouait joliment avec des touches de rouges différentes ; le joli panachage des couleurs automnales en faisait des mini-oeuvres d'art qu'ils s'offrirent mutuellement.

L'heure du repas était arrivée et, se serrant toujours les mains; comme s'ils avaient peur de se perdre, ils retournèrent au "Château". Ils arrivaient  à peine à leur chambre lorsque deux frères leur apportèrent sur un plateau leur repas. Ghislain s'avança en leur demandant s'ils pouvaient les servir dans sa chambre.
"Pas de problème", lui répondit le plus âgé, "vous faites comme vous avez envie, profitez-en tant qu'on vous l'accordera, bonne chance !"

Ghislain ouvrit grand large la porte de sa chambre et s'effaça pour laisser entrer les deux hommes qui déposèrent les plateaux sur la table ; ils s'inclinèrent discrètement et s'en allèrent.

     -"Assieds-toi, chérie, je préparre tout."

En un tour de main, le biologiste déposa sur la table les couverts, puis déposant les deux plateaux par terre, il rangea les différents plats de la façon la plus esthétique possible comme s'il voulait par là donner un air de restaurant à leur chambrette.

Ils s'installèrent joyeusement côte à côte - ils étaient un peu serrés, mais ça leur plaisait - et dégustèrent de bon appétit ce qu'on leur avait préparé : une salade composée comme entrée, un gratin de chicons au jambon un peu trop cuit et comme dessert une crème pudding à la vanille. Un "côte de Rhone" et une carafe d'eau complètaient le menu.

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