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Publié par BALCHOY

     -"Et bien, camarade, qu'est-ce que tu griffonnes sur ces feuillets . Laisse-moi voir, ça m'intéresse."

Absorbé par la rédaction de son poème, Ghislain n'avait pas entendu arriver ses deux gardiens masqués. Il tenta maladroitement de cacher son texte, mais, plus forts que lui,  un des deux le lui arracha et se mit à en lire les premières lignes d'un ton moqueur.

Furieux, le biologiste voulut reprendre son texte. Mais le second individu le repoussa à terre d'un violent coup de poing.

     -"Pour qui te prends-tu, espèce de sale freluquet ! Ici, c'est nous qui commandons. Tu ne t'imagines pas tout de même que nous te gardons ici pour faire de la littérature ! Tu ferais mieux de prendre des forces pour te préparer à la mission qui tu auras l'honneur de réaliser avec ton amie pour le plus grand bien de l'humanité nouvelle dont notre communauté est prophète. Tu as manifestement besoin d'énergie pour y parvenir. Nous avons ici les vitamines qu'il te faut."

     -"Allez au diable, hurla Ghislain, vos vitamines, vous pouvez les mettre où je pense... !"

     -"Monsieur veut faire le malin, monsieur s'imagine qu'il est le plus fort et bien,  rira bien qui rira le dernier."

Et s'adressant à son complice :

     -"Frère, passe-moi, les pilules."

     -"Voilà, Monsieur Mignolet, avalez ces petits comprimés. Vous verrez, ils vous aideront à laisser de côté vos petits soucis personnels égoïstes. Vous allez vous sentir tout relax pour un bon bout de temps."

Ghislain, toujours par terre, tenta de résister à la poigne des deux hommes qui le saisirent sans ménagement ;  il se retrouva bientôt assis de force sur la chaise, on lui força la bouche pour lui faire ingurgiter de force trois petites dragées roses.

L'effet fut presqu'immédiat, une chaleur euphorisante, rappelant en plus violent les effets de l'alcool, puis une modification sensible de la perception du monde extérieur replacé peu à peu par une sorte de feu d'artifice où se mêlaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel tandis que les objets et personnes autour de lui semblaient d'enfouir dans une brume évanescente. Il se leva chancelant et se précipita vers la vitre qui le séparait de la chambrette de Marthe persuadé que rien, ni personne ne pourrait les empêcher de se retrouver.
Mais il avait à peine réussi à se déplacer d'un mètre ou deux que ses jambes se dérobèrent tandis que sa conscience se diluait dans une sorte de volupté orgasmique ; il se coucha doucement sur le sol et s'abandonna sans retenue à cette sorte d'extase sensorielle où la conscience de son identité personnelle se dissipa rapidement.


Quelle heure était-il . Il faisait sombre dans la pièce, il se demanda si l'épais rideau devant le fenêtre masquait le noir de la nuit ou la lumière du jour ?
Voulant en avoir le coeur net, il s'avança en titutant vers les lourds rideaux en velours de Gêne qu'il écarta d'un air rageur. Dehors, il faisait encore nuit, mais à une légère lueur sur la ligne d'horizon, on devinait la proximité de l'aurore.

Il eut beaucoup de peine à regagner sa couchette. Il avait l'impression de souffrir d'une migraine insupportable , de la fenêtre au lit, il n'y avaient que trois ou quatre mètres mais toute la chambre lui parut soudain entraînée dans un tourbillon digne d'un carroussel de foire.

Couché sur les couvertures, il passa le reste de la nuit à tenter péniblement à renouer ses pensées. Ce ne fut pas une tâche facile, car il lui était extrêmement difficile de poursuivre une idées plus que quelques secondes, comme s'il se trouvait en état d'ébriété.

Il n'avait plus aucune confiance en lui-même et l'avenir autant lointain que tout proche le remplissait d'angoisse.
Il ressentait un besoin fou de protection d'où qu'elle vienne pourvu qu'elle le libère de cette peur sourde qui le minait peu à peu.

En pensant à cette communauté qui l'hébergeait ou plutôt le séquestrait, il ne ressentait même plus cette hargne et la colère de la veille mais seulement un grand point d'interrogation. Et s'il s'était trompé sur les projets de ces cureux idéalistes ?

Après tout, n'était-ce pas lui qui les avait en quelque sorte attaqués en se faisant passer pour un adepte intéressé alors qu'il ne cherchait qu'à  retrouver son amie pour fuir avec elle ? Plus il revivait ses démarches passées, plus il se culpabilisait de son agressivité.

Cette fois, il allait les écouter plus attentivement dans l'espoir de découvrir la face positive d'une doctrine qu'il avait jusqu'ici rejetée en bloc.

Aussi lorsque deux frères entrèrent dans sa cellule, les bras chargés de plateaux sur lesquels ils apportaient un déjeuner plantureux ; il retrouva un semblant d'optimisme et de santé en les regardant pour la première fois avec un sentiment de bienveillance teinté même d'un brin de reconnaissance.

Ils le laissèrent seul, non sans lui avoir annoncé qu'il aurait tout à l'heure une rencontre importante pour son avenir avec le frère chargé des relations extérieures.

Il mangea d'un appétit féroce le pain grillé beurré, les deux oeufs sur le plat - à croire qu'ils s'étaient renseignés sur ses goûts préférés - qui tranchaient tellement avec le menu habituel plus que sobre des collations que la communauté offrait chaque matin à ses fidèles.

Puis, ouvrant largement les rideaux, il se mit à contempler d'un air pensif et passif les va-et-vient dans le joli parc qui lui faisait face.
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