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Publié par BALCHOY

Il sentait bien que toute parole ne pouvait que les séparer ; elle n'était pas prête à accepter la moindre critique et lui ne pouvait se résigner à faire semblant de jouer le jeu qu'elle avait envie de lui imposer.

Ils restèrent ainsi de longues minutes ;  lui gardait les yeux fermés ne percevant de sa présence toute proche que ses pulsations cardiaques transmises à travers ses mains.

Probablement, cette sorte de paix-armistice entre eux deux aurait duré plus longtemps si brusquement il n'avait ressenti comme une bouffée de chaleur devenue vite vertige puis mal de tête intolérable.

Marthe, toute perdue qu'elle fût, remarqua vite sur les traits de son ami les stigmates de la douleur.

     -"Qu'as-tu, Ghislain, tu es si pâle, tu te sens mal ? Que puis-je faire pour toi ? Veux-tu que j'appelle."

Mais lui, ne la voyant déjà plus qu'à travers un brouillard floconneux,  se sentit tomber tandis que dans un haut-le-coeur amer, il rendait tout son repas sur le sol.

Flottant entre des brins de conscience et de longs instants d'absence, il assista comme spectateur, comme à une sorte de film au ralenti,  aux efforts de son amie pour essuyer son visage avec un mouchoir, puis à l'étendre dans une position plus confortable.

Puis,  oudainement, il sentit qu'on empoignait par les épaules ; on le déposa sur une civière. Il eut juste le temps d'entrouvrir les yeux pour apercevoir le sourire inquiet de son amie.


     -"Ne t'en fais pas, Ghislain, ils vont te remettre sur pied, demain, tu verras, tu seras en pleine forme."

Il tenta de lui répondre sur le ton de la plaisanterie, mais c'en était trop ! Il sombra dans une semi-somnolence qui lui laissait percevoir les sons que de façon toute passive.

On le déposa bientôt en un lit ; il n'eut même pas le courage de vérifier si c'était la pièce où il se trouvait le matin, il sombra bientôt en un sommeil agité, rempli de cauchemars...


 
Un rayon de lumière lui caressa la joue ; cette tiédeur lui parut de bonne augure pour le jour qui débutait ; puis ce fut un cri strident d'oiseau quelque part dans le parc, une odeur de lait chaud et de pain grillé. Peu à peu tous ses sens se réveillèrent et en même temps  il ressentit une douleur sourde, dans le fond des yeux, des courbatures dans le dos, les bras, les jambes.
Il parvint à ouvrir les yeux ; il se trouvait bien dans la même pièce que la veille. A côté de son lit, sur une tablette, un plateau contenait quelques croissants, un peu de beurre, de la confiture ainsi qu'un thermos.

Si attirant que soit pour lui le succulent déjeuner qui l'attendait, son regard se porta d'abord vers la vitre qui le séparait hier de son amie. La pièce était vide pour l'instant. Il en éprouva une vive déception qui lui gâta l'appétit.

C'est à ce moment qu'il pensa pour la première fois à Ria et à ses enfants. Il aurait du rentrer au plus tard la veille. Son épouse allait sans doute contacter d'abord la direction de l'institut agronomique ce qui lui ouvrirait les yeux sur la vie cachée de son mari. Elle appellerait ensuite sans doute la Police. Mais combi tant de soin à ne laisser derrière lui aucune trace susceptible de le retrouver en France.

Après le peitit déjeuner, ne voyant personne s'intéresser à lui, délaissant la TV heureusement éteinte, il s'empara de deux, trois livres qui traînaient sur la table. C'était bien entendu de la propagande;  de toute façon la migraine qui lui martelait la tête l'aurait empêcher de s'intéresser à un roman de Simenon ! 
Aussi n'arriva-t-il pas à lire plus de deux ou trois pages de ces ouvrages aussi farfelus que fanatiques et de surcroit mal écrits.

On lui avait retiré sa montre, sans doute était-il toujours enfermé ; il s'approcha de la porte et tenta de l'ouvrir : en vain !

Enfin un peu d'agitation se fit entendre dans le couloir ; il s'approcha de la porte pour appeler, mais apparemment il n'était pas concerné ; la porte de la pièce à côté s'ouvrit brusquement et Marthe, tibutante, fut conduite par un infirmier masqué dans son petit fauteuil où elle s'affala inerte et passive.

Il frappa violemment la vitre pour attirer son attention ; furieux, l'informier lui fit signe d'arrêter et Ghislain sentit qu'il n'avait pas intérêt pour l'instant à le braver.

Avant de quitter la pièce, le geolier masqué alluma la TV qui recommença à diffuser face à la jeune femme ses jeux de couleurs et de sons qui sûrement étaient moins innocents qu'ils ne paraîssaient.  Marthe se mit aussitôt à fixer la lucarne machine comme si son salut allait sortir de ce fourmillement désordonné.

Malgré l'interdiction du garde, tout à l'heure,  il n'hésita pas à frapper de nouveau la vitre de séparation
pour attirer l'attention de son amie.

Au bout de quelques essais infructueux, il réussit enfin à la détourner de l'écran ; elle lui sourit, lui demanda en articulant soigneusement ses mots s'il allait mieux, puis lui fit comprendre qu'il était important pour elle de s'intéresser au programme.
 Avant de se retourner, elle lui suggéra même d'allumer sa propre TV pour profiter lui-aussi des bienfaits de cette étrange émission audio-visuelle.





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