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Publié par BALCHOY



A cette simplicité de colombe, le prince joint une lucidité remarquable qui met à jour le secret des consciences :

     -"Eh bien, prince, voilà qui me renverse. Une innocence dont on ne pourrait trouver d'exemple dans l'âge d'or et tout à coup vous transpercez votre homme comme une flèche avec votre compréhension psychologique." (1)

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(1) L'Idiot, page 377
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Malgré cette perspicacité, le prince se refuse à juger qui que ce soit sinon lui-même. A un certain Keller qui vient un jour le trouver pour lui avouer une malversation à son égard, Mychkine répond simplement : "Je pense que ce n'est pas bien, mais c'est moi-même que j'accuse avant tout. Dans tous les cas, je ne suis pas digne de vous juger.(2)

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(2) L'idiot, page 378
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S'il ne condamne personne, il n'est pas pour autant homme à transiger devant le mal. Indulgent aux personnes, il critique ouvertement ce qui lui paraît répréhensible. (3)

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(3) Il  arrive cependant qu'il se montre également injuste. Il avoue, un jour, être lui-même sujet aux "idées doubles". Bien que ce terme ait chez Dostoïevski un contenu souvent péjoratif, il arrive pourtant au romancier de parler du "dualisme" des esprits profonds ; mais il s'agit cette fois du conflit entre bien et mal, l'écrivain étant persuadé par expérience personnelle que la puissance de ce conflit est proportionnelle à l'éveil plus ou moins accompli de la personnalité. Le dualisme de Mychkine apparaît bien dans l'odieuse caricature qu'il trace du catholicisme romain, le déclarant pire que l'athéisme. (page 661) Mais ce travers est chez l'Idiot exceptionnel.
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En particulier, il n'hésite pas à se dresser courageusement, lorsque c'est nécessaire, pour secourir les faibles. On en a un bel exemple dans la fermeté avec laquelle il prend la défense d'une jeune fille menacée par son frère, fou de colère :

     "Gania visait la figure de sa soeur, mais une autre main retint la sienne au vol.- "Assez, cela suffit," dit le prince d'une voix ferme.(4)

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(4) L'Idiot, page 143
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Giflé alors par Gania, il s'écrie simplement : "Pour moi, peu importe ! Mais elle, je ne permettrai pas qu'elle soit frappée. Oh! comme vous regretterez votre action ! (5)

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(5) L'Idiot, page 143
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Lorsqu'il est seul en cause, son attitude s'apperante à celle du Christ devant ses juges. Son humilité exemplaire inspire à tous la confiance que donne la certitude d'être compris sans être jugé de haut.

     "Bon, lui dit Lebedev, je vais vous dire la vérité, mais à vous seul, parce que vous voyez clair en chacun.Vous me jugez avec humanité." (6)

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(6) L'Idiot, page 379
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Toutes ces qualités donnent à la personnalité de Mychkine un relief exceptionnel.
Il est le "premier homme de coeur" rencontré par Gania (7), le

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(7)L'Idiot, page 150
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premier homme dont le dévouement, la sincérité ainsi que la foi inspirent confiance à Nastasia. (8)  Lors de sa première entrevue

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(8) L'Idiot, page 191
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avec le prince, celle-ci s'écrie toute étonnée : "J'ai l'impression de l'avoir vu quelque part." (9) Elle avoue même un jour que c'est

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(9)  L'Idiot, page 129
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à un homme tel que lui qu'elle rêvait autrefois au sein de sa détresse, comme à un sauveur, qui ne la jugerait pas. (10)

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(10) L'Idiot, page 212
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Ce qui frappe Gania, Nastasia et d'autres encore, n'est-ce  pas le fait qu'ils découvrent en sa personne le sauveur auquel ils aspirent ou du moins quelque chose de cet homme idéal qui seul pourrait les sauver ? Cette hypothèse est confirmée par la confidence que lui fait Nastasia : "Adieu, prince, grâce à vous, pour la première fois, j'ai vu (un) homme." (11)

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(11) L'Idiot, page 216; j'ai mis entre parenthèse l'article "un" qui ne se trouve pas dans le texte russe qui, rappelons-le, ne connaît pas l'article : "Prochtchaï Knyaz, piervy raz tchéliveka vidiela" qu'on pourrait traduire aussi justement : "Adieu, prince, pour la première fois j'ai vu l'homme"  (texte russe de l'Idiot page 211 du tome I)
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