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Publié par BALCHOY

Ils se retirèrent aussitôt. Ghislain, mort de soif, se précipita sur la boisson heureusement bien fraîche, c'était une blonde, elle était bonne, même s'il lui sembla qu'elle avait un petit goût aigrelet.
     En deux temps, trois mouvements il avala les sandwichs ; dans la pièce à côté, Marthe mangeait elle aussi : on lui avait servi un plat chaud, des patates, un bout de viande, le tout arrosé d'un grand verre de SPA Reine.
     Il l'appela en frappant sur la vitre de séparation ; se retournant aussitôt, elle lui adressa son merveilleux sourire qui lui rappela irrésistiblement celui de Solange, vingt ans auparavant.
     Son assiette à la main, elle se rapprocha de la baie et, en articulant exagérément ses lèvres, lui cria :

     -"Tu sais, ils ne sont pas si mauvais ; au début, j'avais beaucoup de préjugés sur cette communauté, mais, aujourd'hui, je le reconnais, je me suis trompé ; ils veulent vraiment notre bien, même si ce n'est pas évident."

     Atterré, Ghislain se rendit peu à peu compte de ce qu'était devenue la fière jeune femme rencontrée à Liège en quelques jours de traitement spécial. Atroce !  Et s'il ne réussissait pas à berner d'une façon ou de l'autre ses geôliers, dans quelques jours, il serait comme elle et ces bandits pourraient faire d'eux ce qu'ils voudraient.

     A son tour, Ghislain tenta, en haussant la voix  et en s'aidant de gestes de prévenir son amie de leur rencontre prochaine.

     A son grand étonnement, elle accueiillit la nouvelle comme si elle allait de soi, sans témoigner d'une émotion quelconque, pour reprendre ses élucubrations sur la nécessité de renoncer à ses idées pour accéder à la liberté spirituelle.
     La faire changer d'avis ne sera pas chose facile; il lui faudra faire preuve de beaucoup de patience et d'adresse pour lui rendre par petites doses un minimum de sens critique sans lequel elle est perdue.

     Au bout d'une demi-heure, on vint rechercher leur vaisselle et Ghislain fut conduit dans la pièce où se trouvait Marthe.

     -"Mes petits amis, je vous laisse deux heures pour renouer contact. Je vous conseille vivement de ne rien tenter contre nous. Vous perdriez votre temps et cela pourrait se terminer très mal pour vous deux. De toute façon, regardez la caméra au-dessus de vos têtes, elle ne perdra aucune de vos attitudes et enregistrera tous vos propos.
     La TV vous présente, ce soir, un documentaire sur l'histoire de notre communauté. Je vous conseille vivement de la regarder, vous comprendrez ainsi le grand dessein qui anime notre Maître et qui, j'en suis persuadé, va transformer le monde en en chassant guerres et immoralités."

      Dès qu'ils furent partis, Ghislain prit Marthe dans ses bras et l'embrassa tendrement.
     Tout contre lui, il sentait le corps autrefois si souple de son amie devenu raide et maladroit, comme si elle avait perdu le sens des gestes les plus élémentaires de la tendresse.

     Son regard, autrefois si chaudement expressif, était vide où plutôt refermé sur elle-même ; ses lèvres, hier encore gourmandes demeuraient inertes.

     Elle n'était ni hostile ni opposée à ses caresses, elle était seulement  là étrangère et passive comme s'il n'existait pas.
     Il la déposa doucement sur la chaise et s'assit par terre à ses côtés.

     -"Dis-moi, Marthe, pourquoi es-tu venue ici ? Si je suis venu à ta rencontre, c'est rappelle-toi à ta propre demande. Tu m'as demandé de te contacter via la paroisse orthodoxe au cas où tu ne m'aurais plus fait signe avant la fin du mois. Si je suis donc ici, près de toi,  c'est parce que tu l'as voulu. Dis-moi, chérie, te rappelles-tu les heures que nous avons vécues ensemble ?"

     La jeune femme fronça les sourcils et tenta quelques instant de ressusciter un passé bien loin d'elle. Elle y renonca bien vite.

     -"Excuse-moi, je me rappelle bien sûr de toi, mais j'ai l'impression que ce que nous avons vécu ensemble date de plusieurs années si pas davantage. Ton souvenir flotte dans ma mémoire comme une sorte de fantôme bienveillant venu d'une autre planète.

     Puis sans transition, le mécanisme destructeur de son "moi"  reprit le dessus et son discours de plus en plus incohérent ne fut plus qu'une pâle copie des anneries de la propagande fanatique de la Communauté.

     "De toute façon, il ne sert à rien de remuer les miasmes du passé, nous avons ici tout ce qu'il nous faut pour prendre un nouveau départ dans la vie. Tu verras bientôt ; moi aussi au début je renaclais, je ne voyais que du négatif partout. Heureusement que le frère "Sagesse Persuasive" m'a prise en main avec patience et persévérance. Aujourd'hui, vois-tu, je ne me  pose plus de questions oiseuses, j'ai la chance d'avoir enfin découvert la Vérité avec un grand "V" ; finies les angoisses, terminées les questions constamment ressassées sur mon avenir, le sens de ma vie ; crois-moi, fais-leur confiance, tu connaîtras enfin la joie d'être dans le vrai."

     Que répondre à un tel raisonnement dont la logique est justement d'échapper à toutes les règles de la logique ?
     Ghislain se contenta de lui prendre la main et de la serrer tout doucement sans rien dire.

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