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Publié par BALCHOY

Un mal de tête violent fut la première sensation du biologiste namurois à son réveil. Il lui fallut une énergie extraordinaire pour réussir à ouvrir les yeux. Le soleil déclinait déjà ; il devait bien être cinq ou six heures du soir. Devant lui, la TV allumée n'arrêtait pas de débiter son vacarme de couleurs et de paroles agressives.

En dépit de sa migraine, se sentant littéralement affamé, il se leva tout d'un coup et se précipita en vacillant vers la porte qu'il trouva fermée à clé. Aussitôt, il se retourna vers la fenêtre, mais en passant le long de la baie vitrée qui le séparait de la chambre voisine, il aperçut assise sur une chaise d'acier Marthe qui apparemment regardait ou plutôt fixait un programme de TV semblable à celui qu'on lui imposait depuis le matin. Il fut frappé par la pâleur de son visage hébété. Ses lèvres semblaient marmonner quelque message dont, bien entendu, à cause de la vitre de séparation, il n'entendit rien.
A l'aide de son alliance, il frappa violemment cette vitre pour attirer son attention.

Au bout de trois ou quatre essais, elle se tourna légèrement vers lui, l'aperçut et lui adressa un pâle sourire  blessé.
En articulant le mieux possible, Ghislain tenta le dialogue :

     -"Te souviens-tu, chérie, les moments merveilleux que nous avons vécu ensemble et ces magnifiques sculptures que tu m'as façonnées à Liège ?"

La jeune femme un instant sembla attentive aux propos de son ami, puis, en haussant les épaules, se remit en face de l'écran et reprit son monologue.

Ghislain réalisa tout d'un coup que Marthe lui montrait un stade ultérieur de ce processus de dégradation de la personnalité dont lui avait parlé le personnage masqué.

Bien que déjà atteint lui-même par les prémices de cette progressive dislocation de la personnalité, il était encore capable de l'analyser ; s'il ne rien, au bout de quelques jours, il resterait comme elle paralysé et passif devant ces messages de destruction et prêt à devenir avec Marthe un cobaye expérimental au service de quelque projet diabolique.

En attendant, il mourrait littéralement de faim et se décida à appeler en martelant autant qu'il le pouvait la porte de ses poings pour attirer l'attention de ses geôliers.

Au bout d'un temps qui lui parut très, très long, un pas se fit entendre à proximité de la porte ; celle-ci s'ouvrit et deux gardiens masqués le rejetèrent brutalement en arrière.

     -"Salaud, as-tu fini de nous emmerder ? Ce n'est pas nous qui avons été te chercher. Nous ne faisons que nous défendre ; c'est notre droit le plus strict. Sois content d'être encore en vie. C'aurait été facile pour nous de te faire disparaître, mais heureusement, en un sens pour toi, tu nous es plus utile vivant que mort."

     - " Si vous voulez que je puisse vous servir à quelque chose, messieurs mes frères, il serait temps que vous m'apportiez à manger."

     -" Ta gueule ! c'est à nous de décider quand tu dois bouffer et  ce que tu dois becqueter. En attendant, boucle-la ou tu te trouveras vite en un endroit qui te fera regretter amèrement cette pièce."

     -"Vous me décevez, messieurs, je me croyais dans une communauté de pacifistes de haut niveau intellectuel et moral et je me trouve au milieu d'une bande qu'Al Capone aurait pris plaisir à côtoyer."

Furieux des derniers mots de Ghislain, un des deux gardiens lui asséna un violent coup de poing qui le précipita sur le sol.

     -"Te voilà bien avancé maintenant, s'écria l'autre, tiens-toi tranquille et dans un quart d'heure nous t'apporterons de quoi te sustenter et même, si tu daignes coopérer avec nous, tu pourras passer un petit moment avec ta copine. Après tout, vous allez devoir oeuvrer bientôt ensemble, il est normal que vous approfondissiez ensemble votre nouvelle personnalité."

Et il se mit à rire grossièrement, tandis que Ghislain péniblement reprenait son souffle.

     -"Bon, je pense qu'il a compris, reprit la brute qui l'avait frappé, tu viens;"

Et ils repartirent en plaisantant.

Ghislain se recoucha sur son lit tout en jetant un coup d'oeil sur Marthe toujours assise sans réaction devant l'écran.

Cette fois, il s'agissait d'une sorte de feuilleton dont les acteurs semblaient maladroits et la caméra peu professionnelle : du travail; d'amateur !

Sa porte s'ouvrit de nouveau avec violence, mais cette fois un des deux sbires tenait en main un plateau couvert  de bière et de quelques sandwichs.

     -"Voilà de quoi tenir jusqu'à demain, camarade. Après, si le coeur t'en dit, tu pourras passer deux heures avec ta copine.

Le ton était cette fois détendu, presqu'amical mais Ghislain ne fut pas dupe ; violence ou gentillesse chez ces gens-là ne sont qu'un emballage différent de cette manipulation qui veut transformer des hommes et des femmes en instruments dociles de "LA FLEUR DE LOTUS".

(à suivre)

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