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Publié par BALCHOY

La rencontre de Dieu et des valeurs spirituelles conduit paradoxalement à une réestimation du prix de la vie. Ayant retrouvé celui-là seul qui peut dire : "Je suis celui qui suis", le jeune accusé reprend goût à la vie,  alors qu'un Kirilov et un Stavroguine ne se voulaient libres que pour dire "non" et mettaient apparemment toute leur énergie à nager à contre-courant de la vie, n'aspirant qu'à la mort et au néant.

C'est la joie au contraire qui jaillit ici, issue du fond du coeur et même de bien plus loin, puisqu'elle est essentiellement don de Dieu en qui seul elle règne parfaitement.
Entraînée dans le torrent de la vie, cette joie exclut toute appropriation exclusive. Elle n'existe que  dans et par le don de soi à autrui et meurt dès qu'on la rend captive de l'isolement du "moi". Elle conduit à l'engagement actif au service de ses frères : "J'irai vers eux, il faut que quelqu'un se dévoue pour tous." (1)

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(1) Les frères Karamazov, page 620
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En renonçant à l'autoaffirmation de leur "moi", Dmitri et Rodion découvrent plus ou moins explicitement le salut dans l'amour qui leur est donné ou rendu. Le sacrifice concédé par leur volonté est amplement compensé par la joie, signe d'un acquiescement plénier de leur être à la Vie et à Dieu et révélateur d'une liberté nouvelle, celle de l'amour.




b)  LE CHOIX TOURMENTE DE L'IDEAL DU CHRIST


L'analyse du destin de Raskolnikov et de Dmitri Karamazov débouche sur une aube de résurrection : "Resterait à écrire, note Dostoïevski au terme de Crime et Châtiment, l'histoire de la lente rénovation d'un homme, de son passage graduel d'un monde à l'autre, de sa connaissance progressive d'une réalité totalement ignorée jusque là. (2)

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(2) Crime et châtiment, page 609
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Quoi qu'on ait dit à ce propos, nous ne sommes pas tout à fait démunis à ce sujet (3) Deux autres héros de Dostoïevski :

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(3) Cf. notamment René Girard, "Dostoïevski, du double à l'unité" 1963, page 162
: "Jamais Dostoïevski ne tint sa promesse de décrire le positif" écrit Chestov dans sa "Philosophie de la tragédie" page 102 ; le même auteur ne voit en effet en Mychkine qu'une ombre pitoyable, un zéro et n'a guère d'Aliocha une idée plus élevée (page 111)
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le prince Mychkine de l'Idiot et surtout Aliocha, le cadet de la célèbre famille Karamazov, nous permettent de nous faire une idée assez précise des conceptions de l'auteur sur le sort de ceux qui prennent parti pour l'idéal du Christ. En les imaginant tous deux, Fédor Mikhaïlovtich songeait à rapprocher leur personnalité de celle du Christ ; non qu'il ait pensé à une réincarnation possible de l'unique Jésus de l'histoire, mais il désirait  que ces deux héros soient à ce point imprégnés en leur être intérieur de l'image du Christ, qu'on les voie rayonner la perfection de cette figure.




                                            1) LE PRINCE MYCHKINE

En créant le personnage de Mychkine, Dostoïevski avait pour but de réaliser un de ses plus vieux projets : représenter un homme "entièrement beau".  (4)
 Rien n'est plus difficile au monde, avoue-t-il, surtout en ce temps ou "chacun, croyant posséder à lui seul la vérité, les hommes sont devenus incapables de s'entendre sur des notions essentielles comme le bien et le mal. (5)

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(4) Correspondance de Dostoïevski (éd. franç.) tome III lettre adressée à Maïkov (31-1-1868)

(5) Carnets de Crime et Châtiment page 609
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L'écrivain a pourtant pour ambition de présenter non pas une ébauche incomplète - il en a déjà esquissé plusieurs dans ses oeuvres antérieurs - mais le BEAU ABSOLU. Tâche presqu'impossible que bien des auteurs sans doute ont voulu embrasser, mais qu'aucun n'a réalisée.






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